Le Nouveau-Brunswick n’imposera pas à ses citoyens de présenter une preuve de vaccination pour participer à des activités ou fréquenter certains établissements, mais le gouvernement ne ferme pas non plus la porte aux entreprises privées qui souhaiteraient imposer de tels règlements à leur clientèle. Du côté de la communauté d’affaires, c’est en tout cas loin d’être la priorité du moment.

Montrer une preuve de vaccination pour s’attabler dans un restaurant ou pour assister à un concert ou un événement sportif: c’est le genre de mesures pour lesquelles ont déjà opté certains pays comme Israël, le Danemark ou encore l’État de New York, aux États-Unis.

Le Manitoba a annoncé cette semaine la création d’une fiche d’immunisation destinée aux Manitobains qui auront reçu leurs deux doses de vaccin contre la COVID-19 et qui leur permettra, entre autres, de ne pas avoir à se mettre en quarantaine après un voyage ailleurs au Canada, de ne pas s’isoler s’ils ont été en contact avec une personne atteinte de la COVID-19 ou de visiter leurs proches dans un centre pour personnes âgées

Le Nouveau-Brunswick n’entend pas prendre cette direction, a confirmé vendredi le premier ministre Blaine Higgs. Il laisse toutefois la possibilité aux propriétaires de commerces et aux employeurs d’imposer leurs propres restrictions aux clients et aux employés qui ne sont pas vaccinés.

«Un propriétaire a le droit de gérer son entreprise comme il l’entend, surtout dans un contexte où il veut assurer la sécurité des gens.»

Le chef du gouvernement assure qu’aucune législation supplémentaire n’est nécessaire pour encadrer de telles pratiques.

«S’ils exigent la vaccination, ce sera leur choix et je n’entends pas m’interposer, déclare-t-il, avant de nuancer ses propos. Nous ne voulons pas que quiconque prenne des libertés et ait recourt à des pratiques discriminatoires.»

Le chef du Parti vert, David Coon, n’est pas de cet avis. Il estime qu’un «cadre réglementaire» est nécessaire pour poser certaines balises.

«Ça ouvre la porte à des règles chaotiques différentes d’une entreprise à une autre. Cela pourrait mener à divers problèmes, des cas de discrimination ou de non-respect des informations personnelles», croit-il.

C’est également la position adoptée des commissaires à la protection de la vie privée fédéraux, provinciaux et territoriaux et les ombudsmans du Manitoba et du Nouveau-Brunswick qui ont exprimé leurs préoccupations quant à l’idée d’obliger les personnes à divulguer leur statut vaccinal ou immunitaire, en échange d’un accès à des biens et services.

«Bien que cela puisse en soi présenter de grands avantages sur le plan de la vie publique, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un empiétement sur les libertés civiles qui ne devrait être envisagé qu’après un examen attentif», écrivent-ils dans une déclaration commune publiée le mois dernier.

Ils suggèrent aux provinces de légiférer afin de déterminer quels secteurs peuvent exiger la vaccination et dans quelles circonstances.

«La nécessité, l’efficacité et la proportionnalité des passeports vaccinaux doivent faire l’objet de mesures de surveillance en continu afin de veiller à ce que leur utilité demeure justifiée. Il faudra également mettre ces passeports hors service si, à tout moment, il est établi qu’ils ne représentent plus une mesure nécessaire, efficace ou proportionnelle pour atteindre les objectifs de santé publique visés.»

Peu d’appétit dans le secteur privé

John Wishart, PDG de la Chambre de commerce du Grand Moncton, affirme que la communauté d’affaires attendait du gouvernement qu’il mette en place des règles plutôt que de faire reposer la responsabilité sur les épaules des entreprises.

«Ça crée un fardeau pour les commerces d’avoir à faire respecter leurs propres règles. Ça les exposerait au risque de poursuites judiciaires, note-t-il. Les entreprises ont toujours pu fixer leurs règles concernant certains comportements mais le cas des vaccins relève encore de la zone grise.»

Selon M. Wishart, la plupart des entrepreneurs n’ont pas envie d’avoir à se préoccuper d’instaurer de nouvelles exigences sanitaires.

«Ils viennent de passer 15 mois très difficiles. Ils attendent surtout de pouvoir accueillir leurs clients, et ça pourrait compliquer ce processus.»

Gaëtan Thomas, président-directeur général du Conseil économique du Nouveau-Brunswick, confirme également qu’il ne s’agit pas d’une préoccupation majeure actuellement.

«Ce n’est pas un sujet qui a été apporté à la table par nos membres. Ils sont plus soucieux de retourner à la phase verte. Le dossier le plus pressant pour nous, c’est la réouverture des frontières et la liberté de circulation.»

Le point de vue d’un expert en éthique

Dr Nicholas King, professeur en éthique biomédicale à l’Université McGill, reconnaît que réserver l’accès à des événements ou à des lieux aux personnes ayant reçu deux doses de vaccin est un enjeu délicat car certains ne sont pas éligibles à la vaccination en raison d’une condition de santé.

De plus, «l’hésitation face à la vaccination peut être plus forte chez les personnes moins instruites, chez les immigrants récents ou parmi certaines minorités visibles. Cela pourrait être discriminatoire involontairement de cette façon, et je pense que cela peut soulever une sorte de difficulté éthique», dit-il.

Cela reviendrait-il à créer deux classes de citoyens?

«De nombreuses écoles au Canada et dans les démocraties modernes exigent que les enfants soient vaccinés, rétorque le professeur. Dans de nombreux endroits, les travailleurs de la santé doivent également être vaccinés, ce n’est donc pas une nouveauté. Ce qui pourrait être nouveau, c’est que cela serait appliqué beaucoup plus largement. Les entreprises sont autorisées à imposer certaines exigences, tant qu’elles ne font pas de discrimination sur une base illégitime, comme la race, l’origine ethnique, le sexe ou le statut d’immigration. Exiger que les gens soient vaccinés est certainement légitime en soi, parce que vous exigez que les gens fassent quelque chose pour protéger les autres.»

Dr King estime enfin qu’un usage étendu du passeport vaccinal pourrait susciter des réactions diamétralement opposées parmi les gens non vaccinés.

«Il est possible que ça devienne un incitatif pour certains qui voudrait assister à leur partie de hockey ou voyage. Mais il y a une petite minorité de personnes qui se radicaliseront encore plus.»

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