Des experts américains en non-prolifération nucléaire s’inquiètent que le développement de petits réacteurs modulaires pourrait compromettre des années d’effort visant à éviter que d’autres pays se dotent de l’arme atomique.

Dans une lettre récemment envoyée au premier ministre Justin Trudeau, plus d’une demi-douzaine de scientifiques et experts en non-prolifération d’armement nucléaire remettent en question l’appui du fédéral au développement des petits réacteurs modulaires.

Ils s’inquiètent particulièrement du projet de recyclage de combustible usagé développé par Moltex Energy, l’une de deux entreprises à s’être installée à Saint-Jean afin de commercialiser un petit réacteur modulaire.

Le procédé de recyclage de Moltex vise à soumettre des déchets produits par des réacteurs traditionnels CANDU à une série de traitements chimiques pour en extraire du plutonium à être utilisé comme combustible dans de petits réacteurs modulaires.

Les gouvernements fédéral et provincial ont jusqu’à ce jour investi plus de 55 millions $ dans les projets de Moltex dans l’espoir de faire du Canada un chef de file mondial dans cette nouvelle filiale nucléaire.

Si l’entreprise réussit à commercialiser son projet, les gouvernements espèrent qu’il deviendra un important moteur économique pour le Nouveau-Brunswick, une technologie qui pourrait être exportée un peu partout sur la planète.

Or, c’est justement cette perspective qui inquiète. Les signataires de la lettre, dont plusieurs ont été conseillers du gouvernement américain en matière de non-prolifération nucléaire, estiment que la technique d’enrichissement proposée par Moltex pourrait être détournée afin d’extraire du plutonium pouvant servir à développer des armes nucléaires.

«En 1974, le Canada a été membre fondateur du Groupe des fournisseurs nucléaires, après que l’Inde eut fabriqué le plutonium nécessaire à ses premières armes nucléaires dans un réacteur de recherche fourni par le Canada et retraité ce combustible à l’aide de la technologie reçue des États-Unis», s’inquiètent les auteurs de la lettre.

Interrogé à ce sujet, Moltex a reconnu que le Canada se devait d’évaluer ses projets nucléaires en faisant appel à des experts indépendants. L’entreprise promet d’être transparente et collaborer avec la Commission canadienne de sûreté nucléaire afin d’assurer un développement sécuritaire de sa technologie.

«Les signataires de la lettre ont raison de s’inquiéter sur les risques des programmes de reconditionnement conventionnels qui peuvent être détournés afin d’en faire des matériaux pour des armes. Ils ne disposent toutefois pas de tous les détails entourant notre procédé, qui a été conçu de sorte qu’il soit impossible de produire les matériaux nécessaires pour fabriquer des armes», a écrit dans un courriel Erin Polka, porte-parole de l’entreprise.

Les auteurs de la lettre notent toutefois qu’une étude de 2009 concluait que la méthode sur laquelle s’appuie la démarche de Moltex est tout aussi vulnérable à la prolifération nucléaire que la technologie standard avec laquelle on extrait le plutonium civil et militaire dans le monde entier.

«Avant que le Canada n’appuie à nouveau le retraitement du combustible, nous vous demandons avec insistance de réunir les meilleurs experts internationaux pour examiner à fond toutes les conséquences de la proposition de Moltex pour l’environnement et pour la prolifération des armes nucléaires», concluent les auteurs.

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