Dans la région frontalière du Restigouche, la levée graduelle des restrictions sanitaires a été accueillie avec soulagement. Pour la région, cette nouvelle signifie le retour du jumelage avec la MRC voisine d’Avignon en Gaspésie.

Pour le maire de Campbellton, Ian Comeau, c’est une bouffée de fraîcheur pour les commerces de ces régions.

«J’entends déjà les commerçants déboucher le champagne à minuit ce soir», a-t-il lancé à la blague.

«Quand des entrepreneurs disent fonctionner avec 30% de moins de consommateurs qu’à l’habitude en raison des restrictions frontalières, c’est préoccupant. C’est donc une étape énorme que l’on vient de franchir et tôt en période estivale. C’est très positif pour eux, mais également pour les gens de la communauté», souligne M. Comeau.

De l’autre côté du pont interprovincial, le ton est tout aussi optimiste, sinon plus. Ce sont les communautés d’Avignon qui ont surtout fait les frais de cette politique du gouvernement néo-brunswickois au cours des derniers mois.

«C’est une excellente nouvelle, on l’attendait depuis longtemps. Oui pour des raisons économiques c’est certain, mais surtout pour la réunification des familles et des amis. Personnellement, ça fait depuis Noël que je n’ai pas serré ma mère (qui demeure au Nouveau-Brunswick) dans mes bras. J’ai vraiment hâte», souligne le maire de Pointe-à-la-Croix, Pascal Bujold, impatient de remplir son formulaire d’enregistrement de voyage.

Les deux dernières semaines ont été fortes en émotions. Le cheminement vers le chiffre magique de 75% de Néo-Brunswickois vaccinés a soulevé une vague de critiques et de cynisme des deux côtés de la rivière.

«Je crois que le Nouveau-Brunswick aurait pu faire preuve d’un peu de flexibilité lorsqu’on est arrivé à un ou deux pour cent près. Cette obstination n’aura servi qu’à permettre à certaines frustrations de refaire surface. Mais aujourd’hui, c’est oublié, on passe à autre chose. On a enfin une bonne nouvelle, une raison de célébrer», souligne-t-il.

Un peu plus à l’ouest, à Matapédia-les-Plateaux, l’annonce des assouplissements aux frontières était attendue avec impatience. C’est que l’accès au N.-B. y était encore plus difficile que pour les communautés de Pointe-à-la-Croix et de Listuguj.

«On n’avait pas tout à fait les mêmes privilèges que nos voisins, et ça passait encore beaucoup moins bien aux frontières depuis janvier. C’était aléatoire. Des fois c’était plus fluide, d’autres fois non. Ç’a été une source de grandes frustrations», souligne la mairesse de Matapédia, Nicole Lagacé.

Le déconfinement au Nouveau-Brunswick allégera grandement les choses pour ses citoyens qui, dans certains cas, devaient parcourir de grandes distances pour trouver certains items pourtant disponibles à moins de trente minutes de chez eux.

Il n’en demeure pas moins que tout ne redeviendra pas à la normale du jour au lendemain, estime Mme Lagacé.

«Je crois que cette situation a fait en sorte que beaucoup de citoyens ont changé leurs habitudes de consommation, ici comme au Nouveau-Brunswick. Il y a eu une prise de conscience sur l’importance de l’achat local. Bien que le Restigouche soit local pour nous dans un sens, on a redécouvert nos commerces et certaines habitudes vont certainement rester», souligne la mairesse.

Frustrations et guérison

Conscient que la mise en place de ces barrages aux frontières avec la MRC d’Avignon a été à la base de mécontentement au sein de la population gaspésienne, le maire de Campbellton dit maintenant espérer que sa communauté n’en fera pas les frais.

«On n’a jamais voulu de ces barrières avec nos voisins, elles nous ont été imposées par la province. Malheureusement, cette frustration a souvent été dirigée vers nous, les gens du Restigouche. Cette mesure a permis à la province de connaître beaucoup de succès dans sa lutte à la COVID-19, et on se doit de noter cette bonne performance. Mais elle a aussi entraîné des blessures. Là, l’heure est à la guérison, aux retrouvailles, et souhaitons qu’une fois partie, on ne revoie plus jamais de frontières être érigées entre nos communautés», espère M. Comeau.

Sur ce point, la mairesse de Matapédia se fait rassurante.

«On sait très bien que ce ne sont pas les gens du Restigouche qui prenaient les décisions. Oui, il y a eu quelques excès, des gens d’ici qui se sont fait crier certaines choses une fois de l’autre côté, mais on parle d’incidents isolés et il ne faut surtout pas juger une population entière pour cela», dit-elle.

Pour cette dernière, les liens entre sa communauté et celle du Restigouche sont tissés très serrés depuis des générations. Les 15 derniers mois ne seront pas suffisants pour les effacer.

«Les amis, la famille, les commerces, l’hôpital… On a besoin les uns les autres, on se complète bien. Je ne suis pas inquiète que les choses vont finir par se replacer», dit-elle.

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