Propriétaire du dépanneur Restigouche Drive-Thru, Allison Metallic était soulagé, mercredi, de voir à nouveau des véhicules immatriculés au Nouveau-Brunswick stationnés devant son commerce.

«On est vraiment content de revoir nos clients du Nouveau-Brunswick. Ça fait longtemps qu’on attendait ce moment», indique le commerçant.

Cette impatience est amplement justifiée, car la fermeture du pont Interprovincial au cours de la dernière année lui a fait mal, très mal même. Et pour cause, on vient de partout au Nouveau-Brunswick pour acheter de l’alcool à Listuguj, réputé pour ses faibles prix, surtout en ce qui concerne la bière. Depuis mars 2020, les affaires tournent au ralenti.

«L’impact de la fermeture de la frontière a été terrible, car ça m’a coupé de la majorité de ma clientèle qui est néo-brunswickoise. Du jour au lendemain, mes ventes ont chuté de 90%, alors on peut imaginer ce que cela fait sur un chiffre d’affaires», explique-t-il.

Conséquence? Faute de travail, il a dû se départir momentanément d’une partie de ses employés. Les derniers mois ont donc été particulièrement difficiles pour l’entrepreneur autochtone et tous les autres commerces de sa communauté.

«Je ne suis pas le seul. Tous les commerces ici ont vécu sensiblement la même situation, et je sais que plusieurs entrepreneurs du Restigouche ont connu beaucoup de difficultés également parce qu’ils ne pouvaient pas profiter de la clientèle gaspésienne. Ça démontre à quel point on compte les uns sur les autres dans la région», soutient l’homme d’affaires.

La réouverture des frontières amène donc avec elle des perspectives encourageantes, l’espoir d’un retour à des ventes plus «normales» dans les commerces de Listuguj.

Reste néanmoins une méfiance et une certaine amertume envers le gouvernement néo-brunswickois, du moins de la part de M. Metallic.

«Ce fut une année terrible qui a démontré à quel point le gouvernement à Fredericton est déconnecté de la réalité du nord de la province, du Restigouche et de la Baie des Chaleurs», souligne-t-il.

Allison Metallic, propriétaire du commerce Restigouche Drive-Thru à Listuguj. – Acadie Nouvelle: Jean-François Boisvert

À l’aube du passage du Nouveau-Brunswick à la phase deux du plan de retour à la normale, il lance cette mise en garde.

«Cette séparation, cette frontière, ça ne doit plus jamais se reproduire. Et si jamais on pensait revenir à la charge, j’espère que les élus locaux, les gens d’affaires et la population des deux côtés de la rivière Restigouche se serreront les coudes et se lèveront pour l’empêcher. Il ne faut plus permettre de laisser nos liens et nos économies être compromis de la sorte», dit-il.

Alcool NB en profite

Le malheur des uns fait par contre le bonheur des autres. Et dans ce cas-ci, l’autre c’est Alcool NB.

L’absence de compétition québécoise au chapitre de la vente d’alcool a en effet fait exploser les ventes aux succursales de la région du Restigouche.

En 2020-21, celles-ci ont atteint plus de 5,7 millions $ à la seule succursale de Campbellton, un bond de 75% comparativement à l’année précédente (3,2 millions $). En chiffres, on parle d’une augmentation nette de 2,4 millions $.

À la succursale de Dalhousie, on parle de ventes dépassant les trois millions $, en hausse de 56,7% en comparaison à 2019-20 où il s’était vendu pour 1,9 million $ d’alcool.

Combinées, ces deux succursales ont effectué pour plus de 8,8 millions de ventes d’avril 2020 à mars 2021, soit 3,5 millions de plus que lors de l’exercice précédent (+68,2%).

L’année a d’ailleurs été bonne pour l’ensemble de la société d’État. Dans son rapport annuel, on note que les ventes totales pour l’exercice financier 2020-2021 qui se terminait le 28 mars dernier se sont élevées à 506,0 millions $. Il s’agit d’une hausse de 56,7 millions $ (12,6%) par rapport à l’année précédente (2019-2020).

Chez Alcool NB, on concède qu’il y a eu une augmentation des ventes significative dans les magasins de Campbellton et Dalhousie au cours de la dernière année. Cela dit, on tient à préciser que des augmentations ont été rapportées dans toute la province lors de la pandémie. Selon l’organisme, d’autres facteurs que la simple fermeture des frontières serait responsables de ces augmentations, notamment qu’il y ait eu moins de voyages et vacances à l’extérieur de la province et que les bars et restaurants ont restreint leurs activités.

«Cela dit, il est probable que les ventes diminuent quelque peu à Dalhousie et à Campbellton lors de la réouverture de la frontière. Il est difficile d’évaluer quel sera cet impact distinct des autres facteurs ayant une incidence sur les comportements d’achat», souligne la porte-parole, Marie-Andrée Bolduc.

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