Le Front Commun pour la Justice Sociale du Nouveau-Brunswick présente six recommandations aux élus de la province pour établir un droit du travail plus favorable aux employés. L’association annonce une campagne de lobbying du 22 au 25 juin.

Le coordonnateur provincial du Front Commun pour la Justice Sociale (FCJS), Abram Lutes fait valoir les avantages de mieux protéger les travailleurs dans un communiqué de presse.

«[Ç’a] non seulement des effets économiques positifs en réduisant la pauvreté et en augmentant le pouvoir d’achat des Néo-Brunswickois, mais [ça] favorise également un milieu de travail et une société plus sûrs», assure-t-il.

Son groupe de pression réclame un salaire minimum de 15$ l’heure.

Ce revenu de 11,75$ l’heure depuis le 1er avril 2021 dans la province est le deuxième plus bas au pays, selon Emploi NB.

«En 2020, le Nouveau-Brunswick avait le deuxième pourcentage le plus faible d’employés touchant le salaire minimum (5%) au Canada», fait en revanche valoir l’organisme gouvernemental dans un rapport.

Ses analystes expliquent qu’un salaire minimum plus élevé se traduit généralement par un pourcentage plus grand des travailleurs qui le touchent.

«Augmenter le salaire minimum, c’est augmenter le revenu de beaucoup de gens, soit tous ceux qui touchent un revenu situé entre l’actuel salaire minimum et le prochain», objecte l’économiste Pierre-Marcel Desjardins.

Le professeur à l’Université de Moncton pense que cette mesure augmenterait le revenu annuel personnel moyen de la province, qui s’élève à environ 39 100$, loin sous celui du Canada, de 47 500$.

«Des incitatifs doivent être présents pour encourager le travail, plaide en outre M. Desjardins. Dans certaines circonstances, le travail peut être moins intéressant financièrement.»

Il estime par ailleurs qu’une augmentation du salaire minimum augmenterait la consommation.

«Jusqu’à un certain revenu, les gens le dépensent complètement dans des besoins de base, rappelle M. Desjardins. Ils épargnent très peu.»

Le FCJS souhaite enfin que le salaire minimum permette aux travailleurs qui le gagnent de subsister. Pour ça, il veut que d’autres augmentations suivent sa fixation à 15$ l’heure.

Le Conseil du développement humain de Saint-Jean estime qu’un salaire permettant de vivre (de payer son loyer, d’acheter sa nourriture, de se déplacer, etc.) doit dépasser 18,35$ à Moncton et 17,45$ à Bathurst, par exemple.

«Cela réduirait le coût des services communautaires et ajouterait environ 1,4 milliard $ à la croissance du PIB de la province», avance le FCJS.

Les autres propositions

Le groupe de pression réclame d’autres changements à la Loi sur les normes d’emploi. Cette législation établit les conditions de travail minimales de 70% des salariés du Nouveau-Brunswick. Seuls 30% des employés de la province sont couverts par une convention collective, selon Statistique Canada:

Une possibilité de 10 jours annuels de congé maladie payés, plutôt que cinq jours par an de congés sans solde par an.

Une augmentation des vacances de 2%. Un travailleur a droit pour l’instant à 6% de son salaire annuel brut sous forme d’indemnité de congés s’il a travaillé pour le même employeur huit ans. Le taux est de 4% avec une ancienneté moindre.

La suppression du plafond salarial de 17,63$ l’heure pour le paiement d’heures supplémentaires, qui empêche un salarié gagnant 18$ l’heure, par exemple, d’avoir droit à un revenu horaire supérieur s’il a travaillé 50h en une semaine.

Une compensation pour l’achat des uniformes et des vêtements nécessaires au travail.

Un processus contraignant les employeurs à informer deux fois l’employé par écrit lorsque son comportement n’est pas conforme au contrat de travail avant de le licencier à la troisième faute. Actuellement, un employeur peut licencier un salarié après un seul avis.

Une législation sur l’équité salariale dans le secteur privé, afin d’assurer des salaires égaux pour des postes de valeur égale ou comparable, entre les hommes et les femmes, ainsi qu’entre les Noirs, les Blancs et les Autochtones.

Réactions réservées

L’agente de communication, Leigh Watson a déclaré que le Ministère de l’Éducation postsecondaire, Formation et Travail a contacté le FCJS en vue de discuter des enjeux présentés.

«Le caucus libéral va prendre le temps de discuter des recommandations avec le FCJS avant de prendre position sur leurs propositions», a aussi indiqué le service des communications de l’Opposition officielle.

La Chambre de commerce du Grand Moncton reconnaît que la pandémie a été difficile pour tous les secteurs de l’économie et particulièrement pour certains travailleurs. Elle a précisé analyser les options concernant le salaire minimum et les jours de maladie payés ainsi que l’équité salariale et son impact sur les entreprises.

«Nous sommes ouverts à toutes les pistes qui permettront aux entreprises de la province de croître, comprenant des mesures qui assureront plus d’équité à toutes les travailleuses et les travailleurs», a assuré le PDG de l’organisme, John Wishart.

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