Acteurs précieux de la lutte à la COVID-19, les travailleurs de la santé ont tenu à bout de bras le système au cours des 15 derniers mois. Mais nombre d’entre eux se sentent floués alors que leur employeur leur impose des restrictions de voyages plus sévères à celles exigées par Fredericton pour le reste de la population.

Comme pour la population générale, le personnel hospitalier de la province a dû composer avec le stress de la pandémie au cours des derniers mois. Et stress est un mot bien faible.

Car outre l’inconnu, ceux-ci ont dû diagnostiquer et soigner les patients atteints de cette maladie, tout ça avec la crainte de contracter eux-mêmes le virus et de le ramener dans leur propre foyer.

Aujourd’hui, alors que l’ensemble de la province s’ouvre peu à peu au reste du pays, on leur demande un effort supplémentaire. Et ça ne passe pas.

À mots couverts, plusieurs travailleurs du Réseau de santé Vitalité ont fait part de leurs vives frustrations face à la directive reliée aux déplacements des médecins et du personnel médical à l’extérieur du Nouveau-Brunswick.

Annoncées d’abord jeudi à la suite de l’ouverture de la province au reste du pays, les consignes de Vitalité et d’Horizon étaient musclées et dissuasives.

Elles comprenaient une période d’isolement de 14 jours avant le retour au travail pour tous ses employés s’aventurant à l’extérieur de la bulle atlantique, et ce, peu importe le statut vaccinal du voyageur. Cette consigne a toutefois été rapidement diluée.

En date d’aujourd’hui, les employés ayant reçu deux doses de vaccin contre la COVID-19 peuvent voyager outre les frontières de la bulle atlantique comme le reste des citoyens.

Toutefois, ils doivent obtenir au préalable l’approbation de leur superviseur immédiat pour le déplacement.

Ils doivent ensuite surveiller l’apparition de symptôme à leur retour en plus d’effectuer trois tests de dépistage (jours 1, 5 et 10).

Les employés avec une dose seulement du vaccin ne pourront, eux, se présenter au travail que dix jours suivant leur retour. Ils devront également subir trois tests de dépistages.

«Mon employeur n’a pas à savoir ce que je fais ni où je vais durant mes temps libres. Ça m’appartient, et m’obliger à dévoiler cela ça empiète sur mon droit à la vie privée. En ce moment, on se sent tous un peu comme des prisonniers qui demandent des permissions de sorties. C’est injuste», témoigne une employée de l’Hôpital régional de Campbellton.

Prudence avant tout

Attribuée au départ au ministère de la Santé, la responsabilité de cette directive a depuis été reléguée aux deux réseaux de la santé vendredi. Mais pourquoi avoir des règles différentes pour les employés de la santé que pour le simple citoyen?

Johanne Roy, vice-présidente par intérim aux Ressources humaines du Réseau de santé Vitalité, s’est entretenue avec l’Acadie Nouvelle afin de préciser les raisons qui motivent cette décision.

«C’est une mesure de précaution», insiste-t-elle, notant que la situation des deux réseaux de santé est très précaire en matière de ressources humaines.

«Nous n’avons aucun excédent de personnel, et c’est notre devoir – comme organisation – de tout faire pour assurer les services ainsi que la sécurité des patients. C’est pourquoi on a jugé bon de se montrer un peu plus prudent que ce qui est demandé à la population générale en ce moment», explique-t-elle.

Elle prend soin de préciser que les deux réseaux de santé ont endossé cette vision.

En somme, on craint qu’un grand nombre d’employés soient contaminés par les virus de la COVID-19 au cours de leur voyage et que cela accentue les problèmes actuels de ressources humaines, voire même que cela compromette la livraison de services.

On se dit également inquiet que l’ouverture des frontières provoque une recrudescence du nombre de cas de la COVID-19 au sein de la population générale.

La présence du variant Delta – plus contagieux que ses prédécesseurs – n’aide en rien à apaiser ces craintes. Plus de malades, moins d’employés, un nouveau variant…

Le cocktail est trop dangereux estime Vitalité. C’est pourquoi on joue actuellement la carte de la prudence.

«L’objectif ultime, c’est de ne pas avoir de bris de service lié au virus», dit-elle.

Cas par cas

L’un des points qui agacent particulièrement les employés à l’intérieur de cette directive des deux réseaux, c’est la nécessité d’obtenir l’autorisation d’un superviseur avant de voyager. Selon Johanne Roy, de Vialité, bien que ce soit possible en théorie, il demeure peu probable qu’un super­vi­seur refuse un déplacement pour les personnes ayant reçu leurs deux doses.

«Ce que l’on souhaite surtout, c’est que les superviseurs soient au courant des voyages, surtout que cela implique des tests de dépistage», rassure-t-elle.

Puisqu’il s’agit d’une mesure officielle des réseaux, celle-ci pourrait néanmoins être suivie de mesures disciplinaires advenant son non-respect. Mais encore là, on espère éviter cette situation.

«Si on fait face à des situations problématiques, elles seront évaluées au cas par cas», dit Mme Roy.

Mesures impopulaires

Comme toutes mesures qui impliquent des restrictions, celle-ci est loin de faire l’unanimité. Johanne Roy dit d’ailleurs comprendre le sentiment des employés qui estiment que le réseau fait preuve d’une certaine ingratitude à leur endroit.

Qu’à cela ne tienne, au Syndicat des infirmiers et infirmières du Nouveau-Brunswick, on estime que les changements apportés à la seconde mouture de la directive demeurent insuffisants. On dénonce qu’il y ait toujours deux poids deux mesures, soit une règle pour les citoyens et une autre pour les travailleurs de la santé. «Les infirmières autorisées et les infirmières praticiennes méritent le même traitement que tous les autres citoyens du Nouveau-Brunswick», répète la présidente du syndicat, Paula Doucet.

Mme Roy se fait toutefois rassurante. La directive des voyages en est une dite «vivante», donc qui est appelée à évoluer en vertu de la situation sanitaire de la province.

«On va voir au cours des prochains jours qu’elle sera l’impact de l’ouverture des frontières au sein de la population générale et de nos services. Si ça se passe bien, il risque d’y avoir des assouplissements à nos règles», soutient-elle.

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