Les députés fédéraux ont adopté à une large majorité un projet de loi contre les thérapies de conversion le 22 juin. Parmi les opposants aux restrictions des modifications des attirances sexuelles et des identités de genre, se trouvent deux élus conservateurs néo-brunswickois.

Malgré l’acceptation du projet de loi C-6 par leur chef, Erin O’Toole, 62 conservateurs s’y sont opposés. Les membres de la Chambre des communes du Canada ont quand même adopté ce texte mardi en troisième lecture, à 263 voix contre 63.

Richard Bragdon et John Williamson, qui représentent les circonscriptions de Tobique-Mactaquac et de Nouveau-Brunswick-Sud-Ouest, font partie des députés conservateurs qui ont voté contre la restriction des thérapies de conversion.

«J’ai voté contre le projet de loi C-6 parce que la législation a échoué à clarifier les droits parentaux, déclare M. Williamson. Des amendements ont été proposés à de nombreuses occasions pour s’assurer que les discussions entre les parents et leurs enfants soient protégées et non criminalisées. Malheureusement, le gouvernement fédéral a refusé d’accepter ce changement très raisonnable.»

Discussions familiales autorisées

Le sénateur indépendant du Nouveau-Brunswick, René Cormier a fait une objection à cette opinion en Chambre haute le 23 juin. Il a estimé qu’en utilisant les termes «pratiques, traitements et services», le projet de loi fait référence à tout effort formalisé et systématique pour changer une personne.

«De plus, la définition précise que la thérapie de conversion n’est pas une intervention qui vise à aider une personne à développer ou à explorer une identité personnelle intégrée sans privilégier une quelconque orientation sexuelle, identité de genre ou expression de genre», a-t-il détaillé.

À la Chambre des communes, le député conservateur néo-brunswickois de Fundy Royal, Rob Moore a apporté son suffrage en faveur du projet de loi du ministre de la Justice, David Lametti.

Il a pour but de restreindre très fortement les thérapies de conversion. Ces pratiques visent à rendre hétérosexuel (pour qu’une femme soit attirée par les hommes, par exemple) et à rendre cisgenre (pour qu’un individu né avec un sexe d’homme se considère comme un homme, par exemple).

Le texte qualifie d’infractions les actes suivants: contraindre quelqu’un à subir une thérapie de conversion, envoyer un enfant à l’étranger pour qu’il en suive une, gagner de l’argent grâce à ce type de pratique et en faire la promotion. Les coupables pourraient écoper d’un emprisonnement maximal de deux à cinq ans.

Projet débattu au Sénat

À présent, René Cormier parraine le texte à la Chambre haute.

«J’ai manifesté mon intérêt pour ce projet, car c’est un peu mon centre d’expertise, raconte l’homme ouvertement homosexuel. J’ai la responsabilité de le faire avancer le plus loin possible.»

Les sénateurs ont fait une première lecture du texte le 22 juin. Ils en ont effectué une deuxième le lendemain. Certains d’entre eux mèneront ensuite, s’ils en ont le temps, un travail en comité puis soumettront un rapport à leurs pairs avant une troisième lecture du projet de loi.

«Je ne peux pas garantir qu’il sera adopté avant la fin de la session, car je ne sais pas si le Sénat siègera la semaine prochaine, a indiqué M. Cormier. Mais si les travaux ne sont pas terminés, ils se poursuivront en septembre. Je n’ai cependant pas de boule de cristal pour savoir si des élections se tiendront à l’automne.»

Le professeur à l’Université Simon Fraser en Colombie-Britannique, Travis Salway a estimé que 10% des hommes de la communauté LGBTQ ont fait l’expérience d’une conversion de thérapie au Canada, la plupart d’entre eux avant l’âge de 20 ans. Le chercheur rappelle dans son étude que cette pratique cause du tort, comme la honte, l’anxiété, la dépression, l’usage de drogue et le suicide.

Tentative avortée au N.-B.

«En Atlantique, c’est sûr qu’il y a aussi des citoyens qui ont subi des thérapies de conversion, a témoigné M. Cormier à Radio-Canada. J’ai eu une conversation dans le cadre d’Acadie Love l’année dernière avec Victor Szymanski qui en a subi une, qui l’a mené à des tentatives de suicide.»

Plusieurs provinces et municipalités du Canada ont des législations et des règlements qui restreignent les thérapies de conversation, mais non le Nouveau-Brunswick. La députée du Parti vert, Megan Mitton a déposé un projet de Loi à ce sujet en mars 2020. Il est cependant mort au feuilleton au moment des élections de l’automne dernier, sans avoir donné lieu à des débats et des votes.

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