Le nouveau programme provincial d’incitatifs fera-t-il décoller les ventes de véhicules électriques et hybrides? Les vendeurs s’accordent sur le fait que les freins à l’achat sont encore nombreux et que la transition ne se fera pas du jour au lendemain.

Après l’Île-du-Prince-Édouard et la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick emboîte le pas et offre désormais un rabais alléchant: jusqu’à 5000$ pour l’achat d’un véhicule électrique à batterie ou un véhicule électrique hybride rechargeable à grande autonomie neuf, jusqu’à 2500$ pour un véhicule électrique à batterie d’occasion, mais aussi 750$ pour l’achat et 750$ pour l’installation d’une borne de recharge à domicile.

Énergie NB administrera d’abord le programme et offrira des remises rétroactives, puis, plus tard cet automne, les concessionnaires accorderont le rabais directement aux clients. En le combinant au rabais proposé par le gouvernement fédéral, le client peut réduire sa facture de 10 000$.

Malgré un réseau de bornes de recharges plutôt développé (196 bornes de recharge de niveau 2 et 87 bornes de recharge rapide), la part de marché des véhicules hybrides ou entièrement électriques neufs demeure dérisoire au Nouveau-Brunswick. Ils ne représentaient que 2,3% des ventes en 2020.

Certains sont toutefois convaincus que la nouvelle subvention pourrait changer la donne. Les incitatifs ont déjà fait leurs preuves au Québec et en Colombie-Britannique, où s’est concentrée l’immense majorité des ventes de véhicules dits «écologiques» ces dernières années.

Jonathan Brawn, le trésorier de l’Association des concessionnaires du Nouveau-Brunswick, constate déjà un engouement naissant.

«Depuis que le programme a été lancé, notre concessionnaire à Fredericton a déjà vendu huit véhicules électriques. Beaucoup attendaient ce rabais. Un 10 000$ de moins, c’est certain que ça va pousser beaucoup de gens à réellement considérer un tel achat.»

Il faut dire que les modèles ne sont pas à la portée des petits budgets: il faut compter au moins 40 198$ pour la Chevrolet Bolt, 44 298$ pour la Nissan Leaf et 47 600$ pour la Tesla Model 3, la moins dispendieuse de la famille.

L’objectif fixé par Fredericton de 20 000 véhicules électriques d’ici 2030 est-il facilement atteignable?

«On a un très bon incitatif. Je crois que ça fera une différence, répond Michel Cormier, propriétaire du Generation Hyundai d’Atholville. Mais c’est certain que l’adoption sera plus lente dans notre petit coin de pays que les grandes villes. Il ne faut pas oublier que les distances sont grandes. On voyage plus que d’autres régions.»

Une disponibilité limitée

Le concessionnaire n’a pas encore de véhicule électrique en inventaire, mais prévoit des livraisons d’ici la fin de l’année. La transition implique des investissements non négligeables, explique M. Cormier.

«Il faut d’abord que nos mécaniciens soient certifiés. Il faut installer une borne de recharge. Le programme m’incite à me dépêcher, à me préparer.»

Un rapport publié l’an dernier par Dunsky Energy Consulting soulignait que l’offre limitée – à la fois en termes de nombre de véhicules et de diversité des modèles disponibles – demeure un obstacle à leur adoption à travers le pays. En février 2020, seulement un concessionnaire automobile canadien sur trois disposait d’un véhicule électrique en stock.

«Je suis convaincu que la demande augmentera, souligne Jonathan Brawn. À travers la province, les concessionnaires ont été hésitants à stocker ces produits par peur de ne jamais pouvoir les vendre. Ils devront maintenant s’assurer d’avoir davantage d’inventaires pour éviter que la clientèle n’aille voir ailleurs. Je ne crois pas que l’offre sera un obstacle. L’intérêt ne fera qu’augmenter mois après mois, année après année.»

Si le gouvernement souhaite accélérer encore davantage l’électrification des moyens de transport, il aurait la possibilité d’imiter le Québec et la Colombie-Britannique qui ont instauré des cibles obligatoires. Elles obligent les constructeurs à mettre sur le marché une part minimum de véhicules non polluants ou à faible émission, sous peine de se voir imposer des pénalités financières.

Cette législation a notamment poussé le japonais Mazda à offrir son premier véhicule électrique le MX-30 uniquement dans ces deux provinces, à partir de septembre.

François Martin, propriétaire de Mazda Edmundston, indique que ce modèle tout électrique ne sera pas disponible dans sa région avant 2023.

«La tangente s’en va vers ça et les manufacturiers n’auront pas le choix de revoir leur offre», assure-t-il cependant.

Des consommateurs encore indécis

Le développement de ce marché implique un changement d’habitudes de la part des consommateurs.

«Je pense que la plus grande barrière actuellement est le manque de connaissances. Beaucoup de personnes sont timides ou manquent d’intérêt parce qu’elles ne savent tout simplement pas comment la technologie fonctionne, estime Jonathan Brawn. Elles vont préférer s’orienter vers ce qu’elles ont toujours connu. Je crois que les vendeurs ont un rôle à jouer pour faire cette éducation.»

Selon un sondage mené cet hiver par KPMG, les principales raisons invoquées par les Canadiens qui envisagent d’acheter un véhicule, mais qui n’opteront pas pour un modèle électrique sont avant tout le coût élevé (60%), l’autonomie limitée (50%) puis l’insuffisance des infrastructures de recharge (50%).

M. Brawn confirme qu’il s’agit là de questionnements récurrents.

«Les clients se demandent à quoi ressemblera la maintenance, qui est en fait moins importante que pour un moteur traditionnel. Les freins durent plus longtemps également. On nous demande aussi quelle est la durée de vie de la batterie et combien cela coûtera pour la remplacer. L’autre question qui revient souvent c’est l’autonomie, la distance que l’on pourra parcourir à pleine charge. Le VUS KONA électrique par exemple, peut parcourir jusqu’à 415 kilomètres. Mais cela dépend notamment de l’usage que vous faites des accessoires.»

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