C’est le cauchemar de tous les employeurs… devoir interrompre ses activités en raison d’un manque de main-d’œuvre.

Qu’illustre mieux la pénurie de main-d’œuvre qui sévit dans la province qu’une entreprise fermée en plein cœur de la saison estivale due à un manque d’employés?

Mardi, c’était le cas du charmant petit café Stella Maris, à Bas-Caraquet, et il y a quelques jours, du restaurant-minute PFK à Edmundston.

Gina Cyr, la copropriétaire du Greco d’Edmundston, raconte qu’elle et son équipe ont aussi vécu la même épreuve, il n’y a pas si longtemps.

La pizzeria avait dû fermer plus tôt qu’à l’habitude ce jour-là puisque ses employés – pour la plupart des étudiants – avaient d’autres obligations.

«L’un de nos voisins a dû fermer lui aussi quelques jours par rapport au manque de main-d’œuvre. Ce n’est pas quelque chose qu’on aime voir, jamais»,a témoigné la gérante.

Caro Boutot, propriétaire du nouveau Snack Bar Chez Caro à Edmundston, n’est pour sa part ouverte que depuis quelques jours, mais envisage déjà de devoir fermer ses portes temporairement si elle ne trouve pas de renfort.

«Je suis ouvert du lundi au dimanche, mais dimanche prochain, si rien n’a changé, je ferme pour la journée. Ça n’a pas d’allure de faire travailler du monde comme ça. Je dois donner un break à mes employés.»

Le casse-croûte de style rétro était déjà bien occupé vers 11h, jeudi.

Si les employés ne laissaient rien paraître, Mme Boutot confiait qu’ils étaient encore plus dans l’eau chaude qu’à l’habitude en raison d’une absence pour maladie.

Caro Boutot, propriétaire du nouveau Snack bar Chez Caro à Edmundston. – Acadie Nouvelle: Allison Roy

Le retour des touristes

Le retour des touristes à Edmundston fait du bien aux commerces, mais accentue à la fois le manque de main-d’œuvre.

La copropriétaire du Greco explique que pendant la pandémie, la pénurie était en quelque sorte camouflée par le faible taux d’achalandage.

«Gardons en tête que l’année passée, nous étions juste la Bulle Atlantique, donc le tourisme était touché à l’extrême dans notre région. C’est certain que c’était difficile de recruter, mais nous avions aussi moins besoin de gens, donc peut-être que les deux s’équilibraient.»

Pour l’instant, le Greco et les autres entreprises gérées par Mme Cyr, soit le Burger King, le Edmundston Truck Stop Plus et bientôt le Capt Submarine et FROZU, s’en tireraient assez bien d’affaires en termes d’effectif.

C’est surtout le retour en classe qu’appréhende la gestionnaire.

«Septembre est toujours un mois difficile pour la main d’œuvre, et c’est le cas depuis que nous sommes propriétaires de ce type de restaurants», a-t-elle soulevé.

«L’hiver, l’achalandage diminue donc on se maintient, mais en septembre, dans la région, c’est un gros mois. Du moins, ce l’était avant la COVID.»

Le candidat parfait?

Mark Pineda, cogérant chez PFK à Edmundston, laissait entendre jeudi que le candidat «parfait», soit celui qui répond à tous les besoins de l’entreprise, est pratiquement introuvable ces temps-ci.

Pour cette raison, il dit être forcé d’embaucher des anglophones unilingues pour servir une communauté très largement francophone.

Et même s’il ne manque que techniquement deux personnes pour compléter l’équipe, M. Pineda affirme qu’il s’agit d’un véritable casse-tête pour trouver des salariés qui veulent travailler le soir et le week-end.

Une véritable crise pour l’industrie touristique

Le défi de main-d’œuvre que connaît l’industrie touristique depuis quelques années ne s’est pas amélioré durant la pandémie. L’Association de l’industrie touristique du Nouveau-Brunswick qualifie même la situation de crise.

L’industrie du tourisme n’est pas le seul secteur à connaître des défis de main-d’œuvre, mais le manque de personnel touche notamment les restaurants, l’hébergement et les attractions touristiques.

En 2019, près de 40 intervenants francophones provenant de divers milieux du tourisme se sont réunis à Bathurst pour aborder la question. Quelques jours plus tard, ils étaient environ 70 personnes à avoir assisté à une réunion en anglais à Fredericton.

À ce moment, on parlait d’environ 2800 postes à remplir avec le risque que ça monte à plus de 5000 en 2024. Évidemment, ces estimations ne tenaient pas compte de la possibilité de la perturbation d’une pandémie mondiale.

«J’étais justement sur un appel ce matin à ce sujet et tout le monde dit que le manque de main-d’œuvre pose problème. On est en crise. Il y a des restaurants qui ferment à la mi-journée à cause d’un manque d’employés. La responsable d’un hôtel à Fredericton m’a dit que l’hôtel est à 75% de capacité durant les week-ends, mais qu’elle ne peut pas aller au-delà de ça, car elle n’a pas assez de personnes pour faire le ménage», explique Carol Alderdice, directrice de l’AITNB.

Grâce à une subvention du gouvernement provincial, l’organisme travaille à la réalisation d’un plan pour s’attaquer au problème de la main-d’œuvre. L’organisme s’est notamment associé avec Magnet, une plateforme numérique de recrutement. Une employée a aussi été embauchée pour tout concrétiser.

«Elle travaille directement avec les différents exploitants, des représentants de chaque région et Travail NB», ajoute Mme Alderdice.

Période d’ajustement

Même si le rythme de vaccination s’est ralenti au Nouveau-Brunswick depuis quelques jours, le gouvernement provincial envisage toujours d’atteindre un taux de pleine vaccination de 75% vers le 2 août, ce qui signifie la levée des mesures sanitaires.

Mme Alderdice reconnaît que cela va prendre du temps avant que les gens œuvrant dans le tourisme s’ajustent encore une fois à une nouvelle réalité. Depuis près d’un an, le masque est obligatoire dans tous les lieux publics de la province.

«Surtout dans les lieux où il y a beaucoup de personnes, mais la décision de continuer de porter le masque appartiendra à l’individu. Si tout le monde est vacciné avec les deux doses, la science dit qu’on est bien protégé.»

Les chambres de commerce du Grand Moncton, d’Edmundston, de Fredericton et de Saint-Jean seront aussi appelées à jouer un rôle particulier dans un monde après confinement et post-mesures sanitaires. En juin, les quatre chambres de commerce ont annoncé un plan de distribution gratuite de trousses de dépistage rapide de la COVID-19 aux petites et moyennes entreprises et organismes de toute la province.

  • Avec la collaboration du journaliste David Caron.

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