Un groupe de chefs mi’kmaqs du Nouveau-Brunswick voit d’un mauvais œil la revendication d’une identité de «Métis-Acadiens» par les familles des expropriés du Parc national Kouchibouguac.

En décembre 2015, les Vautour et plus de 120 familles expropriées se sont engagés dans une bataille juridique pour réclamer des titres métis ancestraux. Leur argumentation reposait sur le fait qu’en raison du métissage entre le peuple mi’kmaq et des colons français dans la région, ils sont les descendants d’un peuple «métis-acadien», ce qui leur confère un titre autochtone sur le territoire maintenant connu comme le Parc national de Kouchibouguac.

Ces efforts sont aujourd’hui condamnés par le groupe Mi’gmawe’l Tplu’taqnn Inc (MTI), qui représente les chefs des neuf communautés mi’kmaques de la province.

«Nous sommes préoccupés par les récentes tentatives de certains individus de revendiquer des droits autochtones sur notre territoire en tant que « Métis-Acadiens ». Ces revendications sont irrespectueuses de nos histoires et cultures respectives, elles ne sont pas étayées par les faits et ne sont ni reconnues par les tribunaux, les Mi’kmaqs ou la Nation métisse», proteste l’organisation dans un communiqué.

Le groupe souligne que le parc Kouchibouguac est situé sur le territoire traditionnel non cédé des Mi’kmaqs et que les chefs discutent depuis plusieurs années avec Parcs Canada pour la reconnaissance de certains droits, tels que la récolte de certaines plantes à l’intérieur des parcs nationaux de la province.

«Nous ne pouvons pas et ne continuerons pas à laisser des individus revendiquer notre héritage ou parler au nom de notre peuple. Nous avons été élus par la majorité des membres de notre communauté pour protéger et promouvoir les droits et les intérêts de notre peuple. Cette responsabilité dépasse les limites de nos réserves et nous la prenons très au sérieux.»

Non reconnus par les tribunaux

La réclamation des titres métis ancestraux par les expropriés a frappé un mur. Jusqu’à présent, le gouvernement fédéral nie l’existence historique d’une communauté métisse-acadienne, estimant que la culture et les coutumes des expropriés ne sont pas distinctes des autres Acadiens. Différents tribunaux ont également refusé de la reconnaître.

La Cour provinciale a statué que les expropriés ne représentent pas une communauté métisse distincte lors d’un jugement rendu en 2010. À l’époque, Jackie Vautour voulait obtenir le droit de pêcher dans le parc.

L’an dernier, le juge Jean-Paul Ouellet a radié Jackie Vautour et les familles de leur demande et le jugement a été confirmé en Cour d’appel. Le dernier plaignant dans cette affaire, Stephen Augustine, chef héréditaire mi’kmaq du district de Sigenigteouk, entend toutefois continuer à représenter les intérêts de ces familles devant les tribunaux et espère réussir à établir un titre ancestral mi’kmaq sur ce territoire.

De son côté, les Vautour n’entendent pas céder face à Parcs Canada qui leur demande de plier bagage et d’abandonner la roulotte et la petite cabane installées depuis presque 40 ans à l’entrée du parc Kouchibouguac. En mai dernier, la famille a érigé un tipi sur le terrain, a installé un «feu sacré» et a planté le drapeau du Grand Conseil Mi’kmaq, le drapeau Métis et le drapeau mohawk de La Société des Warriors.

Interrogé par l’Acadie Nouvelle, Stephen Augustine réitère qu’il existe une communauté métisse dans la région en raison des unions mixtes qui ont existé depuis des siècles. Il dit avoir indiqué aux Vautour qu’ils peuvent demeurer sur leur terrain alors qu’il continue de revendiquer un titre autochtone sur le parc.

M. Augustine fait valoir que les chefs de bande, dont le statut a été créé par la Loi sur les Indiens, n’ont pas d’autorité hors de leurs réserves.

«Leur autorité vient du gouvernement fédéral, ça n’en fait pas les détenteurs des titres et des droits ancestraux. Les négociations qu’ils ont entreprises ne leur permettent de construire une maison dans les limites du parc», exprime-t-il.

Le dernier mot reviendra aux juges, estime le chef héréditaire.

«Cette affaire doit être décidée par le système de justice, il ne faut pas qu’on se batte entre nous à travers les médias.»

C’est aussi ce que soutient Edmond Vautour, qui mène le combat des expropriés depuis plusieurs années.

«La cause est devant la cour et ce sont les juges qui décideront des droits sur le territoire», déclare-t-il.

Depuis le printemps, les Vautour affichent plusieurs symboles autochtones sur le terrain qui été occupé pendant des décennies par Jackie et Yvonne Vautour à l’intérieur des limites du parc. – Gracieuseté

«Métissage n’est pas synonyme de Métis», renchérit la SANB

La Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick se range du côté des chefs mi’kmaqs, estimant que le mouvement des «Métis-Acadiens» pourrait compromettre les «efforts continus de la communauté acadienne envers la réconciliation».

L’organisme conteste lui aussi l’existence d’une communauté métisse dans la province.

«En français, nous utilisons dans certains contextes le terme général métis, avec minuscule, pour désigner une personne dont le père et la mère ne partagent pas les mêmes origines ethniques. Toutefois, ce terme a un sens juridique bien particulier au Canada lorsqu’utilisé pour dénoter une collectivité ou une identité ethnoculturelle spécifique», rappelle le président de la SANB, Alexandre Cédric Doucet.

Les Métis désignent un peuple autochtone distinct et reconnu habitant principalement le centre du pays, souligne-t-il. Ils font partie des trois groupes autochtones reconnus au pays, au même titre que les Inuits et les Premières Nations, et ont leur propre langue, culture et traditions historiques.

«Bien qu’il y a eu et qu’il continue à y avoir des métissages entre des personnes et des familles acadiennes et autochtones, les historiens et les juristes ne reconnaissent pas l’existence d’une nation métisse distincte dans l’Est canadien. Prétendre ainsi représente une forme d’appropriation culturelle malsaine qui devient particulièrement problématique lorsqu’utilisée pour revendiquer des droits ou des fonds (ex. bourses d’études) qui devraient normalement revenir aux véritables peuples autochtones du territoire.»

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