L’armée américaine quitte l’Afghanistan tandis que les talibans menacent de reprendre le contrôle du pays. La situation ressemble à une défaite pour trois soldats néo-brunswickois, ainsi que pour la mère d’un caporal-chef d’Edmundston mort au combat.

L’ancien capitaine de réserve Steve Woodworth essaye de trouver des résultats positifs aux dix mois qu’il a passés en Afghanistan en 2008, comme négociateur des Forces armées canadiennes.

«Si je pense aux conséquences comme à un échec total, ça signifierait que beaucoup de gens, dont quatre amis, sont morts pour rien et que ma blessure à l’épaule ainsi que les sacrifices de ma famille ont été vains, explique-t-il. Ce serait très déprimant.»

Le vétéran de Moncton veut croire qu’il a fait du mieux qu’il a pu.

«Pendant un moment, j’étais là-bas et je pense sincèrement que j’ai changé quelque chose pour quelques personnes», assure celui qui échangeait des services contre des informations avec des villageois.

Le chef d’état-major de la Défense par intérim, Wayne Eyre, a ajouté sur Twitter le 13 juillet que les soldats canadiens ont contribué à donner du temps aux Afghans, pour que ceux-ci choisissent leur futur.

«On était là pour que les talibans ne rentrent plus, se souvient plutôt Terry Richardson, qui a contribué à former l’armée afghane en finance. Mais on a quitté le pays avant qu’il soit capable de s’organiser seul.»

Camarades disparus

L’actuel chef de la communauté autochtone de Pabineau exprime sa grande déception. D’autant plus qu’il a vu plusieurs amis et deux interprètes afghans mourir en mission.

«Je pense que la perte de leur vie aurait dû servir à quelque chose, dit-il. Mais ça va juste prendre un petit bout pour que les talibans soient à nouveau à la tête du pays. Je suis presque sûr que dans 10 ans, une autre coalition devra retourner en Afghanistan.»

En attendant, Gisèle Ringuette Michaud estime que les Canadiens ont fait tout leur possible dans leur plus grand déploiement depuis la Seconde Guerre mondiale, de 2001 à 2014. La mère d’Edmundston a perdu son fils, le caporal-chef Charles Philippe Michaud, et veut éviter cette douleur à quiconque.

«La vie n’est plus du tout pareille, raconte-t-elle à propos du vide dans sa famille. Ç’a laissé des séquelles. C’est un deuil tous les jours. Il avait seulement 28 ans et la vie devant lui…»

Comme M. Michaud, 157 soldats canadiens sont morts en Afghanistan, sur un contingent de plus de 40 000 militaires.

Objectifs perdus

Des milliers d’autres sont revenus au pays avec des blessures physiques et psychologiques. Scott Timpa vit par exemple avec un syndrome de stress post-traumatique.

«C’est difficile de comprendre ce qu’on faisait là-bas en tant que nation, lâche l’ancien policier militaire. Quand on regarde les résultats, les vies perdues… est-ce que ça en valait la peine?»

L’habitant de Sackville déplore que les talibans reprennent tout ce pour quoi les Canadiens se sont battus. Ils ont notamment récupéré le district du Panjwai, dans la province de Kandahar, difficilement stabilisée entre 2005 et 2011.

Le 2 août, ils contrôlaient au total plus de la moitié du territoire et des postes-frontière clés.

M. Timpa se révolte aussi contre le sort des Afghans qui ont collaboré avec les Canadiens et qui restent bloqués dans leur pays.

Collaborateurs menacés

Les interprètes, notamment, sont menacés de représailles par les talibans. Or nombre d’entre eux se sont butés à un processus long et compliqué pour déménager au Canada, malgré la mise en place d’un programme spécial par le gouvernement.

«Nous nous sommes retirés en 2014 et, nom de Dieu, nous n’avons toujours pas ramené nos interprètes, s’exclame M. Timpa. Qu’est-ce qui cloche dans notre gouvernement? Ça m’attriste, ça me rend malade et ça me donne presque envie de pleurer. Je suis furieux. C’est déchirant.»

M. Woodworth a travaillé quotidiennement avec des interprètes en territoire hostile.

«Nous savions la pression que ces gars et leur famille pouvaient subir à tout moment, donc nous avions toujours une confiance prudente en eux, raconte-t-il. Mais ils étaient partout avec nous et si quelqu’un nous tirait dessus, ils répliquaient.»

L’ancien capitaine pense que le Canada peut encore sauver ces collaborateurs et leur faire profiter de la démocratie. Il a cependant peur pour eux.

«D’anciens collègues m’ont dit que les interprètes ne vont pas bien, rapporte-t-il. Les talibans assassinent violemment tous ceux qui ont travaillé avec nous. J’aimerais que ceux-ci puissent venir au Canada. On les payait bien, mais c’était un emploi très, très dangereux.»

Retrait occidental

Depuis début 2021, 330 000 personnes ont dû se déplacer à cause du conflit, s’ajoutant aux 5 millions de réfugiés chassés par la guerre depuis 2012, selon le Kabul Times.

Aux États-Unis, le président Joe Biden a justifié sa décision de retirer ses troupes d’Afghanistan en faisant valoir qu’elles avaient «atteint leurs objectifs», soit de chasser Al-Qaïda du territoire et de neutraliser Oussama ben Laden. Les autres forces de l’OTAN se replient également.

«Avec ce retrait occidental, l’Afghanistan reprend le chemin du terrorisme, du désordre et de la désintégration, a tancé le journal britannique The Observer. Les récentes avancées, certes limitées mais bien réelles, en matière de démocratie, de liberté d’expression, de santé, d’éducation et de droits des femmes, sont menacées.»

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