Alors que la plupart des partis politiques fédéraux s’entendent pour dire que le coût élevé des services de garde représente une barrière au marché de l’emploi, les solutions retenues pour corriger le problème diffèrent.

Parti libéral du Canada

Le chef libéral Justin Trudeau veut investir 30 milliards $ dans un système de garde à bas coût. – Archives

Lors de la présentation de son budget en avril dernier, le gouvernement de Justin Trudeau s’était engagé à investir 30 milliards $ sur cinq ans afin de créer un programme national de garderies à 10$ par jour.

Les libéraux reprennent la mesure dans leur plateforme électorale qui permettrait potentiellement d’ajouter «240 000 travailleurs sur le marché du travail à la grandeur du pays.»

Avant le déclenchement de l’élection, le fédéral avait déjà réussi à conclure des ententes pour la mise en place du programme avec les gouvernements de la Colombie-Britannique, la Saskatchewan, le Manitoba, le Québec, la Nouvelle-Écosse, l’Île-du-Prince-Édouard, Terre-Neuve-et-Labrador et le Yukon.

Les libéraux souhaitent aussi augmenter le nombre de places en garderie, principalement dans le secteur sans but lucratif, offrir des occasions de perfectionnement professionnel aux éducateurs de la petite enfance ainsi que développer des grilles salariales pour ce secteur. Le parti de Justin Trudeau promet aussi des mesures pour améliorer l’accessibilité des enfants autochtones et enfants présentant un handicap à des services de garde, sans toutefois préciser comment il y arrivera.

Parti conservateur

Le chef conservateur Erin O’Toole privilégie les crédits d’impôt. – Archives

Plutôt que de financer un système de garderie public, le Parti conservateur souhaite plutôt aider les familles «en augmentant le financement de la garde d’enfants» chez les familles qui gagnent annuellement entre 50 000$ et 150 000$.

«Personne ne devrait être empêché de retourner travailler car la garde d’enfants est trop dispendieuse», peut-on lire dans la plateforme conservatrice.

Les propositions en matière de gardes d’enfants du parti d’Erin O’Toole visent avant tout à mettre de l’argent directement dans les poches des parents canadiens.

S’il est élu, le Parti conservateur promet de «convertir la Déduction pour frais de garde d’enfants en un soutien remboursable couvrant jusqu’à 75% des frais de garde d’enfants pour les familles à faible revenu.»

D’après des chiffres fournis dans la plateforme conservatrice, le programme ferait en sorte qu’une famille qui gagne 30 000$ pourrait réclamer jusqu’à 6000$ de remboursements. Une famille dont le revenu est de 120 000$ pour obtenir jusqu’à 4560$.

Nouveau Parti démocratique

Le chef du NPD, Jagmeet Singh. – Archives

La plateforme électorale du NPD reprend essentiellement les grandes lignes des promesses libérales en matière de service à la petite enfance en promettant de créer, grâce à une collaboration avec les provinces, un programme national à 10$ par jour.

Si le parti dit constater «une crise d’accessibilité financière dans tout le pays» et que les services de garde sont «inabordables dans de nombreuses villes», il se fait toutefois avare de détails sur la manière dont la mesure sera mise en place et combien celle-ci pourrait coûter.

Le NPD dit aussi vouloir enchâsser dans la loi «l’engagement du Canada à l’égard de services de garde d’enfants publics et de qualité.»

«Il est urgent de protéger les places en garderie existantes et d’en créer de nouvelles. Nous prendrons des mesures immédiates pour sauver les garderies sans but lucratif qui risquent de fermer, grâce à un fonds de secours destiné à rouvrir les places perdues pendant la COVID-19», est-il notamment écrit dans la plateforme du parti.

Parti vert

Puisque la plateforme électorale du Parti vert n’a pas encore été publiée, l’Acadie Nouvelle a demandé à la formation politique de préciser ses intentions en matière de services de garde à la petite enfance. Nos demandes sont restées sans réponse.

Services de garde: une réaction du gouvernement Higgs attendue

Il semble se dessiner un consensus au Nouveau-Brunswick chez les intervenants, qu’ils soient du secteur économique ou communautaire, quant à l’importance de la mise en place d’un programme national de garde à l’enfance. Tous les regards sont désormais tournés vers le gouvernement de Blaine Higgs qui tarde à souscrire à l’initiative.

La question de l’accessibilité à des services de garde mobilise de plus en plus de groupes au Nouveau-Brunswick, qu’ils soient à vocation sociale ou économique.

Plus tôt cette semaine, un regroupement d’organisations économiques – composé par Manufacturiers et Exportateurs du Canada, le Conseil économique du Nouveau-Brunswick, le Conseil d’entreprises du Nouveau-Brunswick, les chambres de commerce de Fredericton, du Grand Moncton, et de la région de Saint John – a notamment demandé aux partis fédéraux de mettre en place un programme national de services de garde, une mesure qu’il juge nécessaire afin d’accroître le bassin de travailleurs pour les entreprises de la province.

Johanne Perron, directrice générale de la Coalition pour l’équité salariale, n’est pas étonnée des demandes formulées par le regroupement, même s’il a fallu un certain temps au secteur «économique et aux entreprises à réaliser l’importance qu’ont les services de garde» pour l’économie.

«Il y a une importante pénurie de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs, dit-elle. Il y a beaucoup de femmes qui n’ont pas accès au marché du travail parce que les services de garde sont trop dispendieux, mais en ayant des services de garde publics bien financés, ça permet à cette main-d’œuvre de travailler.»

Tous les partis ne sont pas égaux dans ce qu’ils proposent, dit toutefois Mme Perron. Sans vouloir se prononcer en faveur d’une formation politique en particulier, elle estime qu’il est important de privilégier la mise en place d’un véritable service de garde public à l’échelle nationale, ce qui permettra de «contrôler les prix, assurer des salaires équitables pour les travailleuses et des services de qualité pour les enfants.»

Julie Gillet, directrice générale du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick, abonde dans le même sens.

«Depuis toujours, on veut un service de garde universel et gratuit, donc tout ce qui s’en rapproche, on est pour», dit Mme Gillet.

Une attente partisane?

Lors du dépôt du budget fédéral en avril dernier, le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, avait affirmé que le programme national de service de garde n’était rien de moins qu’une mesure électoraliste pour plaire aux citoyens de grands centres urbains.

D’après le ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, des négociations, suspendues depuis le déclenchement de l’élection fédérale, semblent néanmoins être en cours entre Fredericton et Ottawa afin de trouver une formule qui permettra de partager la note de ce programme national.

«Nous demeurons déterminés à négocier soigneusement un accord qui maximise les avantages pour les familles du Nouveau-Brunswick tout en veillant à ce qu’il tienne compte des réalités uniques du secteur des garderies éducatives de la province, peut-on lire dans un courriel du ministère. Nous surveillons de près les incidences que pourraient avoir les élections fédérales actuelles sur notre capacité d’accroître l’accès à des services de garde abordables et de qualité au Nouveau-Brunswick.»

D’après Mme Gillet, le discours voulant que la province souhaite négocier une entente «en tenant compte de toutes les réalités et les besoins spécifiques du Nouveau-Brunswick» est symptomatique d’une volonté partisane du premier ministre de ne pas se rallier à un programme fédéral libéral.

Elle a quand même bon espoir qu’un service de garde public canadien verra le jour puisque l’enjeu retient l’attention de plusieurs partis fédéraux et de nombreux organismes provinciaux.

«On verra ce qui arrivera avec l’élection, dit Mme Gillet. Si c’est un parti qui souhaite un plan national de service de garde, j’ai bon espoir que notre gouvernement provincial acceptera de conclure un accord étant donné que la plupart des autres provinces l’ont déjà fait et qu’il y a une pression qui est assez unanime de tous les acteurs communautaires et économiques du Nouveau-Brunswick.»

D’après des chiffres du Centre canadien des politiques alternatives, les frais annuels moyens pour les services de garde dans la région de Moncton s’élevaient à 10 273$ par enfant en 2020.

En 2021-2022, la province du Nouveau-Brunswick dit avoir investi plus de 70 millions $, en plus de 20 millions $ de fonds fédéraux, afin de financer les services de garde dans la province, «des investissements ont grandement contribué à maintenir les coûts des services de garde à un bas niveau pour toutes les familles de la province, y compris celles qui ne sont pas admissibles aux subventions pour la garde d’enfants.»

À titre comparatif, l’entente de partage de coûts négocié entre la Nouvelle-Écosse et le fédéral prévoit qu’au cours des cinq prochaines années, la province devra débourser 40 millions $ pour la mise sur pied du service de garde national alors qu’Ottawa y accordera 605 millions $.

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