Divers syndicats et associations d’infirmières s’insurgent contre l’organisation de manifestations hostiles aux consignes de la santé publique et à la vaccination obligatoire des fonctionnaires par un groupe baptisé «Canadian Frontline Nurses».

Le groupe Canadian Frontline Nurses a été fondé l’an dernier par deux infirmières de l’Ontario, Kristen Nagle et Sarah Choujounian, qui ont toutes deux été licenciées pour avoir pris part à des rassemblements contre les mesures de confinement.

Depuis plusieurs semaines, il organise des manifestations «pour la liberté en matière de santé» devant les hôpitaux des grandes du pays. Cindy MacDonald, qui se présente comme leur représentante des provinces de l’Atlantique, a initié deux rassemblements devant le CHU Dr-Georges-L.-Dumont de Moncton au cours des derniers jours.

Lundi après-midi, de 70 à 80 personnes sont venues écouter cette personne remettre en question la dangerosité du virus, s’alarmer d’une prétendue expérimentation vaccinale à grande échelle et dénoncer «l’abus gouvernemental». «Mon corps, mon choix», «Non à la ségrégation médicale», «Le masque est un abus d’enfants» pouvait-on lire sur les pancartes des participants.

«Ça n’a jamais été une question de santé, ç’a toujours été une question de contrôle», s’est exclamé Cindy MacDonald derrière son microphone, sous les applaudissements de la foule. «C’est pire que le communisme!»

Mme MacDonald avait déjà protesté en face de l’hôpital le mercredi 8 septembre, l’événement alors attiré plusieurs centaines de personnes qui se sont faites entendre dans le calme et sans heurts. L’instigatrice de la mobilisation avance que plusieurs professionnels de la santé la soutiennent, mais refusent de prendre la parole par peur de perdre leur emploi.

Ce mouvement alimenté Canadian Frontline Nurses a fait vivement réagir le Syndicat des infirmières et infirmiers du Nouveau-Brunswick qui a publié un communiqué pour s’en distancier.

«Le SIINB ne fait PAS partie de ce groupe ni ne sanctionne leurs actions», souligne-t-il dans un communiqué.

«Ce groupe a attiré des adeptes opposés à la science, anti-masques, anti-vaccination et anti-mesures de santé publique dont les convictions s’alignent sur les leurs.»

La présidente du syndicat, Paula Doucet, assure que de telles prises de position sont extrêmement minoritaires au sein de la profession.

«Bien qu’il soit regrettable que ce groupe détourne l’attention des importants efforts de vaccination déployés au Nouveau-Brunswick et dans l’ensemble du Canada, la grande majorité du personnel infirmier a vu de ses propres yeux les effets dévastateurs de la COVID-19 et comprend que la seule façon de sortir de cette pandémie est de respecter la distanciation physique, de porter des masques, d’avoir une bonne hygiène des mains, de se faire vacciner et de suivre les directives de santé publique fondées sur la science», écrit-elle.

«Nous tenons à assurer la population que la grande majorité des 6900 infirmières et infirmiers immatriculés et praticiens du Nouveau-Brunswick sont unis dans leur engagement à respecter un code de déontologie rigoureux, et qu’ils ont le devoir d’utiliser la science, les preuves et les faits dans la prestation des soins qu’ils prodiguent aux patients, aux clients et aux résidents. Cette démarche scientifique est une idéologie fondamentale des soins infirmiers modernes.»

Précisons que Cindy MacDonald n’est pas immatriculée au Nouveau-Brunswick mais à l’Île-du-Prince-Édouard. L’an dernier, le College of Registered Nurses of Prince Edward Island (CRNPEI) l’a sanctionné pour faute professionnelle à la suite d’une plainte de deux collègues basée sur une série d’allégations relatives à des violations du code de déontologie et des normes de pratique.

Contactée par l’Acadie Nouvelle, Dre Sheila Marchant-Short, directrice générale du CRNPEI, a elle aussi tenu à souligner que le Collège n’est aucunement associé au groupe Canadian Frontline Nurses.

«Nous n’approuvons aucune de leurs activités. Ils ne représentent pas la position du CRNPEI ou la profession d’infirmière à l’Î.-P.-É. Je tiens à préciser que les manifestations ne sont pas organisées au nom de la profession infirmière ou des infirmières de l’Î.-P.-É., mais plutôt par un groupe de personnes qui semblent avoir des opinions personnelles», mentionne-t-elle dans un courriel.

Quels jours auparavant, l’Association des infirmières et infirmiers du Canada montait au créneau pour condamner «l’attitude irresponsable d’une poignée de personnes discréditées qui s’identifient comme des infirmières et infirmiers».

Dans une déclaration titrée «Ça suffit» le président de l’association, Tim Guest, et le directeur général, Michael Villeneuve, réaffirment que toutes les opinions ne sont pas également valides en matière de santé publique et que la profession infirmière constitue une discipline qui se fonde d’abord sur la science.

«Pour une raison quelconque, des millions de scientifiques dans le domaine de la santé, des experts de la santé publique, des médecins et des infirmières et infirmiers parmi les mieux instruits dans le monde seraient tous passés à côté de quelque chose, selon ces protestataires. Leurs affirmations bizarres au sujet de la science seraient risibles si elles ne présentaient pas un danger», écrivent-ils.

«La désinformation en matière de santé publique menace de semer la confusion parmi les membres du public fatigués et déconcertés en présentant intentionnellement à tort des idéologies personnelles comme des faits, et la science comme une conspiration.»

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