Alors que les régions rurales cherchent à accueillir davantage de nouveaux arrivants, les experts s’entendent pour dire que l’immigration sera salutaire pour combler les besoins de main-d’œuvre. Comment les principaux partis comptent-ils s’attaquer à ce défi?

La crise de la main-d’oeuvre a été accélérée par la pandémie. Bien des commerces se cherchent des employés, que ce soit en région rurale ou urbaine.

Les gouvernements misent sur les nouveaux arrivants pour combler les lacunes de la main-d’oeuvre vieillissante du Nouveau-Brunswick.

Certaines régions rurales francophones, comme Saint-Quentin et Richibucto, ont pris les devants.

De grandes entreprises – le Groupe Savoie et Imperial Manufacturing Group, respectivement – ont accueilli plusieurs nouveaux arrivants pour renflouer leur force de travail.

C’est loin d’être une coïncidence, selon l’économiste Richard Saillant.

«L’immigration en milieu rural francophone est le lot des employeurs. Ce sont eux qui semblent faire le gros de l’effort pour attirer les gens dans notre collectivité», dit-il en entrevue.

Selon lui, l’accueil de nouveaux arrivants devrait plutôt être «un projet de société» des individus et de tous les paliers gouvernementaux plutôt que de se limiter à combler les besoins de certaines entreprises.

«La réalité, c’est que presque toutes les entreprises ont besoin de main-d’œuvre. Donc c’est notre responsabilité collective dans chaque communauté de s’assurer qu’on met en place de l’infrastructure pour attirer des gens.»

Saint-Quentin a récemment créé l’Association multiculturelle d’intégration des nouveaux arrivants, un organisme sans but lucratif pour favoriser la rétention d’immigrants dans la région.

«On regroupe des entrepreneurs et des nouveaux arrivants, on a créé une OSBL pour éventuellement avoir une association multiculturelle à Saint-Quentin, parce qu’on en a besoin», dit la mairesse de la ville, Nicole Somers.

Les promesses

Dans sa plateforme, le Parti libéral dit vouloir travailler avec les employeurs et les communautés pour accueillir 2000 réfugiés afin de combler les besoins de main-d’œuvre de secteurs mis à mal, comme les soins de santé.

Les libéraux veulent aussi lancer un projet pilote d’immigration dans les communautés rurales pour faire croître les économies locales et développer une stratégie nationale pour favoriser l’immigration francophone hors-Québec.

Le Parti conservateur entend travailler avec les régions pour leur confier davantage d’influence sur «l’immigration économique» sur leur territoire, tout en harmonisant les systèmes d’immigration provinciaux et fédéraux.

Le parti d’Erin O’Toole envisage aussi la possibilité d’offrir des visas accélérés payants si le besoin se présente.

Le NPD, quant à lui, veut s’assurer que les niveaux d’immigration «répondent aux besoins de la main-d’œuvre», tout en améliorant la reconnaissance des titres de compétence acquis à l’étranger.

Le Parti vert propose de réduire les frais de demande de résidence permanente en fonction du revenu du ménage et de débourser plus pour la formation linguistique et professionnelle des nouveaux arrivants.

Il veut aussi créer des incitatifs à l’embauche de nouveaux arrivants et de demandeurs d’asile, et prioriser les demandes d’immigration des personnes qui ont des compétences en soins aux personnes âgées et en soins de longue durée.

L’enjeu inévitable

Quand on parle d’immigration au Nouveau-Brunswick, invariablement, un autre enjeu est sur toutes les lèvres: celui du logement abordable.

Il s’agit de la priorité numéro un pour l’intégration et la rétention des nouveaux arrivants, affirme la mairesse de Saint-Quentin, Nicole Somers.

«Ici, c’est la catastrophe. Les gens et les entreprises attendent qu’il y ait du logement disponible pour faire venir les gens, parce qu’ils ont déjà fait les rencontres et tout cela. Mais le manque de logement fait qu’ils doivent attendre.»

Les incitatifs offerts par la Société canadienne d’hypothèque et de logement (SCHL) favorisent la construction de logements abordables dans les grands centres, mais ils ne cadrent pas vraiment avec les besoins des régions rurales, selon elle.

«C’est un gros besoin qu’on a, pas juste pour les immigrants, mais pour tout le monde», dit Stella Richard, mairesse de Richibucto.

L’économiste Richard Saillant estime que les gouvernements devront se munir d’une stratégie «beaucoup plus agressive» pour créer des logements au Nouveau-Brunswick, puisqu’il s’agit de l’obstacle principal à l’accueil de nouveaux arrivants, selon lui.

«Quand le défi était de créer de l’emploi pour une main-d’œuvre abondante, on n’hésitait pas à subventionner des entreprises pour qu’elles puissent créer des emplois. Maintenant, on devrait trouver des manières d’appuyer les collectivités pour qu’elles puissent mettre en place les infrastructures nécessaires pour accueillir les nouveaux arrivants qui vont occuper ces emplois.»

Si les partis sont quelque peu timides en termes de promesses chiffrées en ce qui a trait à l’immigration, ce n’est pas ce qui manque sur l’enjeu du logement abordable. En voici quelques-unes.

Les Néo-Démocrates proposent de créer au moins 500 000 logements abordables en dix ans, dont la moitié en cinq ans, et de renoncer à la TPS/TVH sur la construction de ces nouveaux logements. Ils veulent aussi offrir une aide aux familles qui peinent à payer leur loyer.

Le Parti conservateur s’attend à construire un million d’habitations au cours des prochaines années et promet de libérer 15% des bâtiments appartenant au gouvernement fédéral pour les convertir en logements.

Les libéraux se targuent de leur plan qui vise à poursuivre la construction de 1,4 million de logements d’ici 2025-2026. Ils visent aussi à verser 4 milliards $ pour créer 100 000 habitations de plus pour la classe moyenne dans les grandes villes du pays d’ici 2024-2025.

Le Parti vert entend pour sa part investir dans la construction et l’exploitation de 50 000 nouvelles habitations munies de services de soutien pour 10 ans, en plus de construire au moins 300 000 logements «très abordables» sans but lucratif et gérés par des coopératives sur une période de dix ans.

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