Le Conseil consultatif des Premières Nations réclame de l’action de la part du gouvernement provincial pour améliorer les services en santé mentale dans les communautés autochtones, où le taux de suicide est trois fois plus élevé qu’ailleurs.

Ce conseil a émis 13 appels à l’action pour guider le gouvernement provincial à améliorer la prévention du suicide et les soins en santé mentale chez les autochtones.

Leur rapport, Aucun enfant abandonné, a été rédigé dans le cadre d’un examen déclenché par la mort de l’adolescente Lexi Daken, qui s’est enlevée la vie après avoir attendu huit heures dans un hôpital sans recevoir de soins en santé mentale.

Le Défenseur des enfants et des jeunes, Norman Bossé, présentera son rapport sur cet examen mercredi, mais la gravité du problème dans les communautés autochtones a poussé le Conseil consultatif des Premières Nations (CCPN) à émettre ses propres recommandations.

Des chefs autochtones issus de communautés ébranlées par de nombreux suicides ont exprimé leur frustration et leur tristesse lors du dévoilement de ce rapport mardi, dans la Première Nation de St. Mary’s, à Fredericton.

«J’espère que ce rapport forcera des changements dans le système de santé qui a échoué à aider Lexi», a dit le chef Ross Perley, de Neqotkuk (Tobique).

Le chef Ross Perley, de la Première Nation de Neqotkuk (Tobique). – Acadie Nouvelle: Alexandre Boudreau

L’homme âgé de 39 ans a lui-même témoigné du suicide de sept de ses amis au sein de sa communauté.

Bien que les communautés autochtones disposent de centres de santé communautaires, le chef d’Elsipogtog, Aaron Sock, a expliqué que plusieurs jeunes autochtones ne peuvent pas recevoir des soins dans leur langue.

«C’est le genre de problème auquel on fait face quand on veut obtenir des services, ce n’est pas notre langue. Dès le début, c’est une montagne, un mur», a-t-il expliqué.

Sa communauté, la réserve la plus populeuse au Nouveau-Brunswick, a connu environ 54 suicides en un peu plus de trente ans.

Il a déploré que d’autres chefs avant lui avaient fait des recommandations similaires aux gouvernements il y a quarante ans, mais sans succès.

Les auteurs du rapport réclament la reconnaissance officielle des langues Mi’kmaq, Peskotomuhkati et Wolastoqey, et leur préservation en tant qu’élément de la culture du Nouveau-Brunswick, avec du financement à l’appui.

Roxanne Sappier, directrice de la santé de la Première Nation de Tobique et coprésidente du conseil consultatif qui a rédigé le rapport, affirme que les cultures et les langues des peuples autochtones du N.-B. doivent faire partie de la solution.

Roxanne Sappier, directrice de la santé de la Première Nation de Tobique et coprésidente du Conseil consultatif des Premières Nations. – Acadie Nouvelle: Alexandre Boudreau

«On a besoin de psychiatres et de psychologues, mais on a aussi besoin de nos Aînés, de nos détenteurs de savoir autochtones et de nos terres pour faire des cérémonies, pour donner aux gens l’aide dont ils ont besoin.»

L’une des revendications mènerait à la création de centres de guérison dirigés par des autochtones, à la manière de la Ferme Lonewater, un établissement de soins des dépendances géré par le Réseau de santé Horizon.

Les membres du conseil demandent aussi la création d’un «forum tripartite» entre les communautés autochtones et les gouvernements fédéral et provincial pour se pencher sur la question des services de santé mentale et de bien-être.

Ils souhaitent également un examen distinct des services de santé mentale destinés aux jeunes autochtones, notamment des écarts selon les régions et de l’efficacité du financement et des services.

«J’espère qu’avec cet enjeu de santé mentale et de suicide, (le gouvernement) va répondre dans le temps de le dire», a dit Alan Polchies, chef de la Première Nation de St. Mary’s.

Où va le financement?

Les auteurs du rapport, dont Roxanne Sappier ainsi que l’ancien juge et lieutenant-gouverneur Graydon Nicholas, se sont interrogés sur les fonds dépensés par le gouvernement provincial en matière de soins de santé mentale pour les peuples autochtones.

Selon Christian Whalen, défenseur adjoint des enfants et des jeunes, le CCPN ignore toujours comment le gouvernement provincial dépense le financement en soins de santé mentale qui lui est fourni par le gouvernement fédéral en vertu d’un accord signé il y a quatre ans.

Christian Whalen, défenseur adjoint et conseiller juridique principal du Bureau du défenseur des enfants et des jeunes. – Acadie Nouvelle: Alexandre Boudreau

«On est à la recherche de réponses du gouvernement là-dessus, on aimerait avoir l’heure juste sur l’attribution de 40 millions $ depuis 2017: combien a été investi dans les communautés autochtones, et combien a été investi ailleurs au Nouveau-Brunswick? On est à six mois dans l’enquête et on n’a toujours pas de réponse là-dessus, même si on nous promet une transparence depuis les touts débuts de l’enquête.»

Le Bureau du défenseur des enfants et des jeunes appuie les 13 appels à l’action, selon Christian Whalen.

La transparence sur l’utilisation de ces fonds figure parmi les appels à l’action du CCPN.

Jusqu’à preuve du contraire, Roxanne Sappier craint que les communautés autochtones ne reçoivent pas leur juste part du gâteau.

«Je pense qu’on devrait avoir notre mot à dire sur ce financement, parce qu’il y a des lacunes dans les services, nos enfants meurent, ils se suicident, et on veut les aider. On a besoin de savoir ce qui est disponible.»

L’Acadie Nouvelle a contacté le gouvernement provincial mardi pour savoir si la ministre de la Santé s’engageait à mettre en place les 13 recommandations du rapport, mais notre question est demeurée sans réponse.

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