Le décès d’une jeune femme suite à une surdose ébranle la Première Nation d’Elsipogtog – anciennement Big Cove – depuis plusieurs jours. Cette disparition a poussé la communauté à prendre les grands moyens pour tenter de freiner la circulation de drogue au sein de la réserve.

Vendredi dernier, le chef Arren Sock a publié sur Facebook un message annonçant la préparation d’une «initiative agressive» contre le trafic de drogue, quelques heures après que Sarah Levi, une femme âgée de 28 ans, ait perdu la vie.

«Les élus et les citoyens d’Elsipogtog aimeraient donner un avertissement à tous les trafiquants de drogue qui choisissent d’empoisonner notre communauté, écrit-il. Cela suffit! Nous chérissons tous nos enfants y compris les vôtres et nous ne laisserons plus nos générations futures et notre existence en tant que Mi’kmaqs être mises en péril. Nous utiliserons toutes les ressources à notre disposition et ferons tomber les revendeurs qui mettent notre avenir en péril.»

La journée même, un groupe de citoyens s’est regroupé devant une résidence suspectée d’être une planque de drogue. La conseillère de bande Ruth Levi était du nombre ce soir-là.

«Nous leur avons demandé d’arrêter ce qu’ils faisaient», rapporte-t-elle dans une entrevue avec l’Acadie Nouvelle.

L’eau et l’électricité de la maison ont été coupées pendant plusieurs heures, poursuit Mme Levi, et les occupants ont finalement quitté les lieux vers minuit.

Selon la conseillère, un sac rempli de drogue aurait été saisi lors de l’incident et remis à la GRC.

«Nous avons décidé de prendre les choses en main. Nous sommes conscients que la police et la justice doivent suivre des procédures, mais cela prend du temps et nous ne voulions perdre personne d’autre. La communauté s’est rassemblée et nous avons fait ce qu’il fallait pour protéger nos enfants.»

Le porte-parole de la GRC au Nouveau-Brunswick, Hans Ouellette, confirme que le détachement d’Elsipogtog a répondu à un appel concernant une manifestation devant une résidence du chemin Army vers 16h, le vendredi 10 septembre.

«On nous a rapporté qu’il y avait des activités de stupéfiants qui se déroulaient à cette résidence», relate le gendarme.

«Nous sommes arrivés sur les lieux pour surveiller la situation et protéger le droit des citoyens de manifester pacifiquement tout en assurant l’ordre et en protégeant la sécurité de tous.»

Des manifestants se sont aussi rendus devant des résidences de la rue Bridge et du chemin Graham le matin du 11 septembre.

«Aucune arrestation n’a été effectuée au cours de ces incidents qui se sont terminés pacifiquement, indique Hans Ouellette. Nous continuons de travailler avec les dirigeants de la communauté sur des sujets de préoccupation de la communauté, notamment les activités liées à la drogue.»

Depuis l’incident, policiers, membres du conseil de bandes, travailleurs sociaux, conseillers en dépendance et d’autres intervenants se sont réunis plusieurs fois pour déterminer les réponses à apporter face à ce fléau. La dépendance aux drogues, en particulier le crystal meth, semble toucher plus durement la réserve depuis le début de la pandémie.

«Nous avons surmonté plus de 500 ans d’oppression»

Dans sa publication, le chef Arren Sock appelle les consommateurs à obtenir l’aide des services de santé mentale et de traitement des dépendances. Il demande aussi à quiconque ayant des informations concernant le trafic à les partager avec la GRC.

«Nous avons surmonté plus de 500 ans d’oppression. Nous avons vaincu de nombreuses maladies et maladies, nous avons repoussé les tentatives de génocide. Nous sommes toujours là. Ne permettons pas aux méthamphétamines, aux opioïdes ou à toute autre drogue ou à l’alcool de mettre fin à notre existence. Nous sommes en mesure de faire évoluer notre communauté vers un avenir meilleur et ce que font ces substances freine notre croissance. Ceci est inacceptable. Le message est clair: arrêtez immédiatement d’empoisonner notre communauté!!! Les conséquences incluront, sans toutefois s’y limiter, l’expulsion, la perte de services et finalement le bannissement.»

En 2016, le conseil de bande a voté une résolution lui permettant de bannir les individus suspectés de vendre de la drogue. Selon Ruth Levi, celle-ci n’a jamais été mise en application. Elle explique que la Première Nation, qui gère près de 450 habitations, pourrait sévir en procédant à des évictions.

«Nous allons informer chaque foyer du fait que si on vous suspecte, vous pourriez perdre votre maison», lance Mme Levi.

Manque de ressources

La conseillère, qui dirige le service du développement social de la Première Nation d’Elsipogtog, déplore le manque de ressources disponibles. Les centres de désintoxication les plus proches, situés à Moncton et à Miramichi, affichent tous deux des listes d’attentes.

«Cette semaine, une femme m’a demandé de l’aider à sortir de la drogue mais nous n’avons pas encore pu trouver de place pour elle. Il nous faut notre propre centre de désintoxication pour aider les personnes qui sont prises là-dedans.»

La problématique n’est malheureusement pas nouvelle. En 2016, le chef de guerre John Levi avait tenté d’endiguer l’entrée de substances illicites en organisant le blocage des trois routes menant à la communauté.

L’extrême pauvreté, les perspectives d’avenir bouchées et les traumatismes intergénérationnels poussent certains à considérer les drogues comme une façon d’échapper aux problèmes, déplore Ruth Levi.

«Nous ressentons encore les effets des écoles résidentielles. Nous manquons cruellement de logement si bien que plusieurs familles doivent partager une même maison. Il y a peu d’emplois disponibles et tout cela contribue à la détresse que nous constatons.»

Fatiguée, mais résolue, l’élue n’entend pas baisser les bras.

«Nous n’abandonnerons pas», promet-elle.

Reste que la tâche est considérable. À Elsipogtog, le revenu médian des ménages s’élevait à 24 960$ en 2015, soit moins de la moitié que dans l’ensemble de la province (59 347$ en 2015 selon Statistique Canada).

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