Plusieurs pêcheurs de homards de la région de Caraquet et Bas-Caraquet s’affairent depuis quelques jours à larguer des tonnes de briques en béton au large de la côte.

Loin d’être de la pollution, il s’agit au contraire d’un projet avec un objectif environnemental, recréer artificiellement des récifs.

Depuis jeudi en fin de journée, des palettes contenant ces briques sont chargées sur des bateaux de pêches à Caraquet. Chacun d’entre eux peut contenir environ une dizaine de ces palettes. Si la météo collabore, tout devrait être terminé ce week-end.

Environ 20 000 briques seront ainsi déposées au fond de la baie dans l’espoir de revitaliser l’habitat du homard et faire en sorte d’en augmenter les populations. Coût du projet: près de 350 000$.

«C’est dispendieux, mais on doit voir ça comme un investissement à long terme pour la ressource», explique Yves Blanchard, pêcheur de homards dans ce secteur.

Celui-ci est fébrile. Il travaille sur ce projet depuis près d’un an maintenant. Qu’à cela ne tienne, le concept n’est pas nouveau en soi, il a même déjà été expérimenté – avec succès – à plusieurs endroits par le passé, dont à Caraquet même. Mais le sable, en raison du mouvement des marées, a fini par en reprendre le dessus à certains endroits, de là la nécessité de regarnir le fond marin. Car selon M. Blanchard, il y a très peu de récifs naturels dans cette partie de la baie.

«C’est planche au fond de l’eau par ici, le homard n’a rien à quoi s’accrocher. Ces récifs artificiels vont énormément aider. On l’a vu ici, mais également dans d’autres régions comme Val Comeau, Shippagan, etc. Ça fonctionne», souligne-t-il.

Celui-ci pense que l’on devrait voir une croissance des populations de homards aussi rapidement que d’ici deux ans. À preuve, le mois dernier, le groupe a effectué un test en déposant quelques briques au fond de l’eau.

«On est retourné voir et il y a déjà du homard, c’est donc très prometteur», dit le pêcheur.

Des pêcheurs de homards de la région de Caraquet ont pris le large avec, à leur bord, des blocs de ciment. Ceux-ci seront déposés à des endroits stratégiques afin de recréer des récifs artificiels. – Gracieuseté

Il faut dire que l’enjeu est de taille, car le homard est pour plusieurs de ces pêcheurs le principal gagne-pain.

«Lorsqu’on regarde ce qui se passe ailleurs, les pêcheurs récoltent en moyenne entre 60 000 et 100 000 livres de homards alors qu’à Caraquet on parle d’environ 25 000. On est loin en arrière et c’est pourquoi c’est impératif d’agir, de recommencer à mettre des roches au fonds de l’eau pour recréer un meilleur habitat pour l’espèce. On ne cherche pas à augmenter nos prises à 100 000 livres, mais il faut absolument stabiliser les stocks et faire en sorte qu’ils arrêtent de diminuer», estime M. Blanchard.

Deux sortes des briques qui sont utilisées pour le projet, soit une conventionnelle en forme de dalle, et une expérimentale en forme U. Du coup, cette expérience a piqué la curiosité des scientifiques du projet Homarus de l’Union des pêcheurs des Maritimes.

«Ce sont des briques d’un tout autre genre et ils vont tester si c’est meilleur que les blocs conçus par le ministère de Pêches et Océans Canada. C’est bien que l’on essaye de nouvelles choses, voir si ça pourrait être plus performant. On va certainement suivre cela de près», souligne Pierre Dupuis, directeur d’Homarus.

Dans l’ensemble, ce dernier estime que la création de récifs artificiels constitue une solution intéressante afin d’assurer la pérennité et la croissance de l’espèce.

«C’est quelque chose qui a démontré son efficacité par le passé. C’est une très bonne solution, ça fonctionne très bien lorsqu’ils sont installés dans les endroits propices. Il y a des récifs qui ont été posés il y a plusieurs années et on s’aperçoit qu’il y a de la vie», dit-il.

L’an prochain, les pêcheurs de Caraquet souhaitent poursuivre la confection de récifs artificiels, mais, cette fois, avec des rochers de bonnes tailles. Ayant l’avantage d’être beaucoup moins dispendieux que les blocs de béton, on a ainsi espoir de recréer un habitat plus vaste pour le même montant. Selon M. Dupuis toutefois, cette façon de faire est un peu plus compliquée, notamment en raison de la nécessité d’obtenir des autorisations spéciales de la part de Pêches et Océans Canada.

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