Au lendemain de l’élection, Blaine Higgs se dit convaincu de pouvoir trouver un terrain d’entente avec le gouvernement fédéral sur l’établissement d’un système de services de garde d’enfants abordables. Après plusieurs années de relations houleuses entre les deux gouvernements, le premier ministre néo-brunswickois affiche sa volonté de mettre de côté les querelles du passé et de coopérer davantage avec l’équipe de Justin Trudeau.

En avril dernier, le gouvernement de Justin Trudeau s’est engagé à investir 30 milliards $ sur cinq ans afin de créer un programme national de garderies. Les libéraux souhaitent augmenter le nombre de places en garderie, principalement dans le secteur sans but lucratif et ils prévoient une réduction des frais de garde de 50% d’ici 2022, pour atteindre 10$ par jour, en moyenne, d’ici à 2025-2026.

Depuis, le fédéral a réussi à conclure des ententes avec les gouvernements de sept provinces. L’Ontario, l’Alberta et le Nouveau-Brunswick n’ont pas encore emboîté le pas.

Alors que le Parti libéral est reconduit au pouvoir, Blaine Higgs promet la reprise des négociations, interrompues depuis le début de la campagne, et s’attend à parvenir à un accord au cours des «six prochains mois».

«Nous voulons finaliser la formule pour les garderies», déclare-t-il en entrevue avec l’Acadie Nouvelle. «Je crois certainement que nous pouvons trouver des solutions.»

Lors du dépôt du budget fédéral, le dirigeant conservateur s’était montré peu enthousiaste quant au nouveau programme, jugeant qu’il vise surtout à obtenir des voix en Ontario et dans les grands centres urbains.

Blaine Higgs assure que ses hésitations n’étaient pas liées à la tenue d’une élection. Le parti d’Erin O’Toole avait l’intention d’annuler le programme national de garderies pour le remplacer par un crédit d’impôt pour les familles à faible revenu.

«Je voulais comprendre les implications pour nos opérateurs privés, explique le premier ministre néo-brunswickois. Nous voulons protéger les opérateurs privés et nous assurer qu’ils ne soient pas éliminés par la compétition du secteur public.»

Il rappelle aussi que la province a investi plus de 70 millions $ dans le financement des services de garde en 2021-2022, et qu’elle a notamment augmenté de 75 cents le salaire horaire des éducatrices et des éducateurs de la petite enfance.

Au Nouveau-Brunswick, plus des deux tiers des centres d’apprentissage et de garde sont à but lucratif et seulement un tiers sont sans but lucratif. La province ne dispose pas de services de garde publics.

Selon une analyse du Centre canadien des politiques alternatives publiée jeudi, le coût annuel de services de garde à Moncton est de 10 273$.

Une promesse applaudie

Préoccupés par la crise démographique et la pénurie de main-d’oeuvre, les partis d’opposition, de nombreuses associations, et un regroupement d’organisations économiques – composé par Manufacturiers et Exportateurs du Canada, le Conseil économique du Nouveau-Brunswick, le Conseil d’entreprises du Nouveau-Brunswick, les chambres de commerce des trois grandes villes – ont tour à tour fait pression sur la province pour qu’elle ne laisse pas sur la table plusieurs centaines de millions $. Si l’on prend l’exemple de l’accord signé par la Nouvelle-Écosse, la contribution provinciale représente 40 millions $ alors que le gouvernement fédéral injecte 605 millions $.

La présidente de la Coalition pour l’équité salariale du Nouveau-Brunswick, Krysta Cowling, se dit encouragée par l’intention déclarée du premier ministre Higgs envers en faveur d’une entente.

«Bien qu’on attende avec impatience que le gouvernement provincial conclue une entente sur les services de garde, le manque de soutien exprimé par le premier ministre Higgs à l’égard de l’expansion des services de garde dans le secteur sans but lucratif nous préoccupe», tempère-t-elle.

Actuellement, le taux de participation des femmes au marché du travail est de 57.9% au Nouveau-Brunswick, qui se classe en avant-dernière place au pays. Les frais élevés de garde se sont révélés une entrave au maintien d’un emploi, estime Mme Cowling.

«Il s’agit d’une occasion en or de négocier un système qui offrira des salaires équitables à nos éducatrices et éducateurs, ainsi que des services de qualité à nos enfants, et qui encouragera la pleine participation des citoyennes au marché du travail. Nous exhortons le premier ministre Higgs à conclure un accord sans plus tarder et à prioriser l’expansion des services de garde dans le secteur à but non lucratif.»

Blaine Higgs appelle à la coopération

Des divergences idéologiques et certains dossiers comme l’accès à l’avortement ou la taxe sur le carbone ont été des motifs de discorde entre les deux gouvernements au cours des dernières années.

En 2019, Blaine Higgs avait déclaré que les résultats électoraux n’étaient pas ceux qu’il espérait. Il fait désormais le voeu d’un partenariat apaisé.

«Alors que nous sortons de la pandémie, je me réjouis de poursuivre notre travail avec le gouvernement fédéral, dans un esprit de respect et de coopération, au profit de tous les gens du Nouveau-Brunswick et du Canada», souligne-t-il dans un communiqué.

«Il faut prendre ce résultat comme un nouveau jour. Le premier ministre Trudeau a reçu un nouveau mandat, il faut le respecter et aller de l’avant. Nous ne devons pas passer trop de temps à discuter des problèmes d’hier, nous devons échanger sur nos préoccupations actuelles et sur l’avenir. C’est mon intention.»

M. Higgs espère obtenir en particulier une hausse des transferts fédéraux en santé, et souhaite voir la participation d’Ottawa passer de 22% à 35% des dépenses dans ce secteur.

«Nous voulons maintenir la durabilité des services qui sont importants pour les gens», plaide-t-il.

«Pour avoir des services de santé équivalents au reste du pays, nous avons besoin d’un modèle de financement viable à long terme.»

Il continue également de réclamer une plus grande «flexibilité» des programmes d’investissements en infrastructures, pour que la province obtienne plus facilement du financement pour «préparer des structures existantes plutôt d’en construire de nouvelles».

Enfin, si Blaine Higgs se dit «inquiet du niveau des dépenses» prévues par la plateforme libérale, il reconnait la nécessaire action du gouvernement fédéral en faveur d’une transition énergétique. «Notre pays commence à se diriger vers une nouvelle économie et de nouvelles façons de fournir de l’énergie. Notre ancienne économie dépendait de l’énergie de l’Alberta, cela est en train de changer et il faut le gérer», concède-t-il.

logo-an

private

Vous utilisez un navigateur configuré en mode privé ou en mode incognito.

Pour continuer à lire des articles dans ce mode, connectez-vous à votre compte Acadie Nouvelle.

Vous n’êtes pas membre de l’Acadie Nouvelle?
Devenez membre maintenant

Retour à la page d’accueil de l’Acadie Nouvelle