Depuis un mois, le nombre de nouveaux cas de COVID-19 répertoriés chez des Néo-Brunswickois pleinement vaccinés ne cesse d’augmenter. Est-ce que la protection offerte par les vaccins commence à s’estomper? Pas tout à fait, selon des experts consultés par l’Acadie Nouvelle.

Le 10 septembre, 92% des nouvelles infections de COVID-19 au Nouveau-Brunswick ont été détectées chez des personnes qui n’étaient pas pleinement vaccinées. Une semaine plus tard, ce taux était descendu à 72% et lundi, il n’y avait que 57% des nouveaux cas qui ont été détectés chez des personnes qui ne sont pas pleinement vaccinées.

C’est donc dire que le nombre d’infections à la COVID-19 chez les Néo-Brunswickois pleinement vaccinés va en augmentant.

Le Nouveau-Brunswick n’est toutefois pas la seule région au pays où l’on peut observer cette tendance.

La semaine dernière, la médecin-hygiéniste en chef Kami Kandola tirait la sonnette d’alarme face à la flambée des nouvelles infections chez les personnes pleinement vaccinées dans les Territoires du Nord-Ouest. Entre la mi-août et le début octobre, 30% des 374 nouveaux cas dans cette région ont été découverts chez des gens doublement vaccinés.

D’après Dre Kandola, la situation s’explique par un affaiblissement de la protection contre l’infection qu’offrent les vaccins, une tendance qui a aussi été observée ailleurs dans le monde, que ce soit aux États-Unis, en Israël ou au Royaume-Uni.

Deux études publiées le 6 octobre dans le New England Journal of Medicine confirment d’ailleurs que la protection contre les infections offerte par le vaccin Pfizer diminue quelques mois après l’administration de la deuxième dose. Les chercheurs israéliens et qataris ont toutefois observé que le vaccin continue à offrir une protection contre les formes les plus sévères de la maladie jusqu’à six mois après avoir reçu sa deuxième injection.

Trop tôt pour une 3e dose

Même si la situation au Nouveau-Brunswick et aux Territoires du Nord-Ouest doit être surveillée de près, Caroline Quach-Thanh, qui était jusqu’à tout récemment présidente du Comité consultatif national de l’immunisation, ne croit pas qu’une troisième dose de vaccin s’impose au Canada.

«L’efficacité vaccinale est encore à plus de 85% contre les infections symptomatiques (variant delta) et à plus de 95% contre les hospitalisations», dit Mme Quach-Thanh.

Benoît Barbeau, professeur au département des sciences biologiques de l’UQAM, abonde dans le même sens. Les situations dans les Territoires du Nord-Ouest et au Nouveau-Brunswick «reflètent une tendance mondiale qui démontre un certain essoufflement de la protection offerte par les vaccins contre une infection à la COVID-19.»

«C’est quand même très rapide et soudain, il va falloir voir si la tendance se maintient, dit l’expert en virologie. Pour l’instant, la protection contre les symptômes graves demeure et c’est l’important. Ça ne veut pas dire qu’il n’y aura pas la nécessité pour l’administration de la troisième dose, mais il faut d’abord voir comment la situation va évoluer.»

Des chiffres diffusés par la Santé publique du Nouveau-Brunswick semblent lui donner raison.

En date de mardi, 76% des 63 personnes hospitalisées en raison de la COVID-19 dans la province n’étaient pas complètement vaccinées. Parmi les 27 personnes admises dans une unité de soins intensifs, 22 n’avaient reçu aucun vaccin.

«Ces statistiques démontrent clairement que les vaccins sont très efficaces pour prévenir des cas de maladie grave en raison de la COVID-19», dit Jennifer Russell, médecin-hygiéniste en chef du Nouveau-Brunswick.

Dre Russell ajoute que depuis le 1er août, les admissions dans une unité de soins intensifs pour les patients non vaccinés ont été de 33,4 cas par tranche de 100 000 Néo-Brunswickois non vaccinés. La proportion chez les personnes immunisées est très inférieure, avec 1,8 cas par tranche de 100 000 Néo-Brunswickois vaccinés.

Il faudra néanmoins surveiller la situation de près afin de s’assurer que les choses demeurent ainsi, croit Benoît Barbeau.

«En Israël, ils ont observé l’apparition de symptômes plus graves chez des gens vaccinés, mais plusieurs facteurs peuvent expliquer ce changement. Par exemple, les protocoles d’administration des vaccins diffèrent d’un pays à l’autre. Israël a opté pour un délai très rapproché entre l’administration des deux doses, mais ici, nous avons décidé, pour différentes raisons, que ce temps serait plus long. Des études semblent maintenant montrer que cette approche nous a offert une protection plus élevée.»

Une question d’éthique

À l’international, l’éventualité d’une troisième dose de vaccin est source de débats. L’Organisation mondiale de la Santé demande par exemple un moratoire sur l’administration d’une troisième dose jusqu’à la fin de l’année, sauf aux personnes immunodéprimées.

Pour Benoît Barbeau, ce débat est fondé. C’est qu’avant d’administrer une troisième dose de vaccin aux gens doublement vaccinés, il vaudrait probablement mieux vacciner les régions de la planète qui ne l’ont toujours pas été.

«On a tendance à vouloir se protéger, c’est normal, mais la vaccination à l’échelle planétaire est bien plus importante qu’on ne pourrait le penser, dit-il. Si l’on ne vaccine pas les citoyens des pays où la campagne de vaccination progresse moins vite, le virus continue à circuler et l’on augmente les chances de voir apparaître de nouveaux variants.»

Avant de songer à une troisième dose, ajoute M. Barbeau, mieux vaudrait jouer de prudence et garder des mesures sanitaires simples en place afin de ralentir la propagation du virus, particulièrement à l’approche des saisons plus froides.

COVID-19 : 109 nouveaux cas et hausse importante des hospitalisations aucun décès

La Santé publique du Nouveau-Brunswick a annoncé 109 nouveaux cas de COVID-19, mardi. Pendant ce temps, le nombre de cas actifs et de personnes hospitalisées continue de croître pour atteindre des niveaux record.

Parmi les 109 nouveaux cas, 32 sont dans la région de Moncton, 22 dans le Grand Saint-Jean, 20 dans le Restigouche, 17 dans la région de Fredericton, 11 dans le Madawaska-Victoria, quatre dans la région de Miramichi et trois dans Chaleur/Péninsule acadienne.

La médecin-hygiéniste en chef de la province, Dre Jennifer Russell, prévoit que la quatrième vague se poursuivra pendant encore quelque temps au N.-B., même auprès des gens qui sont doublement vaccinés.

«Le nombre de nouvelles infections atteint des pics inégalés depuis le début de la crise et cette situation risque de se poursuivre pendant un certain temps, a-t-elle déclaré lors d’un point de presse mardi. Les mesures de la Santé publique en place vont ralentir les infections, mais en raison de la période d’incubation du virus, nous ne verrons pas les résultats des mesures pendant encore environ une semaine.»

Mardi, près du quart des 109 nouveaux cas concerne des Néo-Brunswickois qui avaient reçu leurs deux doses de vaccin.

Dre Russell a toutefois tenu à rappeler que les citoyens vaccinés avaient 18 fois moins de chance de tomber gravement malades que ceux qui ne bénéficient d’aucune couverture vaccinale.

128 000 Néo-Brunswickois admissibles à la vaccination ne sont toujours pas complètement vaccinés contre la COVID-19. De ce nombre, 69 000 n’ont toujours pas reçu leur première dose de vaccin.

Jennifer Russell se réjouit néanmoins de voir que les statistiques de vaccination ont progressé depuis quelques jours.

«Je suis très contente de voir que le nombre de personnes ayant reçu une première dose est à nouveau à la hausse, a-t-elle dit lors du point de presse de mardi. C’est une illustration de l’efficacité des mesures que nous avons mises en place afin d’encourager la vaccination.»

Au cours des sept derniers jours, la Santé publique a recensé 697 nouveaux cas de COVID-19.

Il y a maintenant 1092 cas actifs, ce qui constitue un nouveau record. Il y a un mois, la province ne comptait que 136 cas.

Le nombre de personnes hospitalisées se chiffre maintenant à 63. Parmi ceux-ci, 27 reposent aux soins intensifs. C’est la première fois depuis le début de la pandémie que plus de 60 Néo-Brunswickois sont simultanément hospitalisés en raison de la COVID-19.

Aucun décès n’a été rapporté, mardi. Le coronavirus a fait 75 victimes dans la province depuis le début de la pandémie.

  • Avec la collaboration de Patrice Côté

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