Les états financiers du gouvernement provincial présentés mercredi en ont estomaqué plus d’un. À commencer par l’économiste Richard Saillant. «Si on remonte jusqu’aux années 1990, on ne s’est jamais approché d’un tel surplus», s’exclame-t-il. «C’est le surplus plus important de l’histoire récente du Nouveau-Brunswick!»

En novembre 2020, le ministère des Finances et du Conseil du Trésor anticipait un déficit de 183,3 millions $ pour 2020-2021, en raison des lourds dommages causés par la pandémie. Ce déficit s’est finalement transformé en un excédent 408,5 millions $, qui a été consacré à la réduction de la dette provinciale.

«C’est la sous-estimation du siècle», s’amuse Richard Saillant.

Alors que les transferts fédéraux ont augmenté de 293 millions $ en 2020-2021, le gouvernement provincial a déboursé 276 millions $ de moins que ne le prévoyait son budget.

– Gracieuseté: GNB

«Le gouvernement Higgs a profité de la pandémie pour empocher presque 300 millions $ supplémentaires venus d’Ottawa. Dans le même temps, il est celui qui a le moins dépensé pour venir en aide à ses citoyens et à ses entreprises», analyse l’économiste.

«Ce qui a du sens, en temps de crise, c’est de participer à la reprise en stimulant l’économie. Le gouvernement a surfé sur les initiatives d’Ottawa.»

Le ministère attribue une partie des économies réalisées aux interruptions de services gouvernementaux, aux reports de projets d’infrastructure ou encore aux annulations de chirurgies.

Il s’agit du quatrième excédent annuel consécutif signé par le ministre des Finances, Ernie Steeves. Face aux journalistes, ce dernier s’est toutefois gardé de brosser un portrait rose de la santé financière de la province.

«On pourrait penser qu’un surplus signifie que beaucoup d’argent n’est pas dépensé. Ce n’est pas le cas, en réalité nous devons toujours des milliards de dollars», souligne-t-il.

«Sans les transferts fédéraux nous ne serions pas dans cette situation. Nous ne pouvons pas compter sur eux pour la suite, c’est un financement ponctuel. Pour le Néo-Brunswickois moyen, c’est comme si vous aviez reçu un avis de la banque vous informant que vous devez moins d’argent que prévu, ça ne signifie pas que vous allez vous livrer à une frénésie de dépenses, mais plutôt que vous êtes dans une meilleure situation que vous ne l’étiez.»

D’autres excédents à l’horizon

Alors qu’il anticipait un déficit de 245 millions $ pour l’année en cours lors du dépôt du budget, en mars, le gouvernement Higgs prévoit désormais un surplus de 38 millions $ pour l’exercice 2021-2022. Au terme du premier trimestre, la province enregistre déjà un surplus de 157,7 millions $ (soit 302,9 millions $ de plus que ne le prévoyait le budget).

Pour expliquer ces résultats bien meilleurs qu’attendu, le ministère mentionne que les recettes provenant de l’impôt sur le revenu des particuliers ont augmenté de 72 millions $, notamment du fait des mesures de soutien fédérales. Les recettes tirées de la taxe de vente harmonisée (TVH) sont en hausse de 48,6 millions $, et les transferts fédéraux en santé atteignent 82,2 millions $ de plus que ne le prévoyait le budget.

L’économiste Richard Saillant remet en question la fiabilité de ces prévisions, notant la tendance de l’équipe au pouvoir à systématiquement sous-estimer les revenus anticipés de la province depuis quatre ans.

– Gracieuseté: GNB

«Il semble clair et net que le gouvernement veut nous tromper quant à l’état réel de sa situation financière, assène-t-il. Il veut sans doute gérer les pressions sur les dépenses qui affluent de toutes parts au sein de notre société.»

L’universitaire voit mal comment le surplus enregistré au premier trimestre pourrait fondre alors que la conjoncture économique est favorable.

«L’économie est en reprise, l’inflation atteindra 4%, on reçoit encore de l’aide d’Ottawa… Il faut donc s’attendre à une croissance phénoménale des revenus», estime M. Saillant.

La plupart des indicateurs économiques sont au beau fixe, en effet. L’emploi a progressé de 3,9% comparativement à 2020, les institutions financières tablent sur une croissance de 4,5% de l’activité économique (PIB réel) pour 2021, les mises en chantiers sont en hausse de 60,2% sur les six premiers mois par rapport à l’année dernière et la valeur des ventes des industries manufacturières a augmenté de 41,2 % en comparaison avec les cinq premiers mois de 2020 (+130% dans le cas des produits forestiers!).

Malgré ses signaux encourageants, pas question pour le ministre Steeves de délier les cordons de la bourse, car le contexte lui semble trop incertain. Il n’entend pas non plus s’engager à de futures hausses ou réductions de taxes et d’impôts.

«On ne sait pas ce qu’il va se passer avec cette quatrième vague. Il y a beaucoup de personnes à l’hôpital et ça nous coûte beaucoup d’argent», note-t-il.

Un surplus «inacceptable en temps de crise»

La politique financière conservatrice du gouvernement Higgs est jugée sévèrement par les partis d’opposition.

Le député Rob McKee, porte-parole de l’opposition libérale en matière de finances, estime que signer un budget à l’encre verte est «inacceptable en temps de crise». À ses yeux, un surplus «ne peut être justifié» tant les besoins sont grands.

«Ce seraient de très bonnes nouvelles en temps normal mais nous vivons une pandémie, une crise des soins de santé et une crise des soins de longue durée. Les urgences ferment, les travailleurs de la santé, les infirmières sont épuisés et quittent la province», déclare-t-il.

«Je veux savoir si l’argent du gouvernement fédéral est utilisé adéquatement ou s’il ne sert qu’à payer notre dette.»

Sur Twitter, le député vert de Kent-Sud, Kevin Arseneau a lui aussi taclé les choix budgétaires du gouvernement.

«Higgs s’obstine à faire des surplus sur le dos des Néo-Brunswickois en refusant d’investir dans le logement, les congés de maladie payés, les employés du secteur public et notre système de santé», écrit-il.

Du côté du Syndicat de la fonction publique du N-.B., dont les négociations avec la province sont au point mort, ces bons résultats sont perçus comme un argument de plus en faveur d’un accord plus généreux pour les quelque 22 000 fonctionnaires qu’il défend.

«On tient encore un discours d’austérité alors qu’on a eu quatre surplus consécutifs. C’est un peu risible», lance Simon Ouellette, responsable des communications du syndicat.

«L’argent envoyé par le gouvernement fédéral est censé aller aux services de première ligne. Le gouvernement fédéral fait sa part, tandis que M. Higgs tente d’équilibrer les budgets sur le dos des travailleurs et des travailleuses. On ne fait pas le strict minimum pour prendre soin de notre population!»

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