Étant donné les nombreux défis auxquels fait face le Nouveau-Brunswick en raison de la COVID-19, le député fédéral de Beauséjour, Dominic LeBlanc, estime que le moment était mal choisi pour consacrer les excédents budgétaires au remboursement de la dette provinciale.

Lors de la présentation des états financiers du Nouveau-Brunswick, mercredi, le ministre des Finances, Ernie Steeves, a révélé que la province disposait d’excédents budgétaires de 408,5 millions $ pour 2020-2021.

«Sans les transferts fédéraux, nous ne serions pas dans cette situation», a-t-il alors déclaré.

La décision du gouvernement Higgs de consacrer les excédents de la province au remboursement de la dette en a fait sourciller plus d’un cette semaine.

Dans une interview avec le Telegraph Journal vendredi matin, le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, a dit être «fier» des excédents budgétaires annoncés cette semaine, malgré les nombreuses critiques dont a fait l’objet son gouvernement.

«Habituellement, un gouvernement recevrait des accolades pour avoir réussi à gouverner pendant une pandémie et en être ressorti plus fort. Or, on fait comme si c’était un faux pas et problème», s’est-il étonné.

Dominic LeBlanc, député fédéral de Beauséjour et ministre des Affaires intergouvernementales, est de ceux qui disent mal comprendre pourquoi le gouvernement Higgs a choisi d’utiliser ses surplus pour payer la dette provinciale.

«Le gouvernement fédéral n’a pas transféré cet argent au Nouveau-Brunswick pour que M. Steeves et M. Higgs puissent impressionner des banquiers», rage M. LeBlanc.

Les fonds auraient été mieux utilisés afin de venir en aide aux Néo-Brunswickois pendant la pandémie, ajoute-t-il.

«Je suis très déçu que le N.-B. continue essentiellement de se vanter d’avoir été la pire province quant à l’appui qu’elle a donné à sa population pendant la pandémie, dit-il. Je ne crois pas qu’il y a de quoi être fier de ne pas avoir aidé les Néo-Brunswickois qui font face à des augmentations de loyer inquiétantes et des augmentations astronomiques dans leurs évaluations foncières.»

«Franchement, c’est une aberration. Lorsque l’on regarde les autres provinces atlantiques, qui ne sont pas vraiment dans une meilleure situation financière, par exemple Terre-Neuve et Labrador, ils ont trouvé les moyens d’appuyer leur population.»

Un système de santé en crise

Blaine Higgs affirme aussi que la crise qui sévit dans les hôpitaux est attribuable à la COVID-19.

«Les hôpitaux ne ferment pas en raison d’un problème de financement, elles ferment à cause de la COVID. Il y a une pénurie de personnel à cause de la COVID», dit le premier ministre.

Pourtant, dit Dominic LeBlanc, les excédents budgétaires auraient pu servir à améliorer les salaires des travailleurs de la santé, ce qui aurait aussi servi d’incitatif pour en attirer davantage dans le milieu hospitalier, atténuant ainsi la gravité des pénuries.

«Les fonds fédéraux étaient précisément pour appuyer le système de santé au Nouveau-Brunswick dans le contexte de la pandémie, déplore le ministre LeBlanc. Il [Blaine Higgs] aurait pu recruter davantage de personnel et mieux payer les travailleurs de première ligne.»

Robert Gauvin, député provincial de Baie-de-Shédiac-Dieppe et critique libéral en matière de Développement social, partage son avis. Au Québec, par exemple, le gouvernement a décidé de délier les cordons de la bourse afin de combattre la pénurie d’infirmières qui sévit dans la Belle Province.

En effet, afin de recruter 4000 infirmières, Québec a annoncé il y a quelques semaines des primes d’embauche et de rétention pouvant atteindre 18 000$. La stratégie semble porter ses fruits et la province serait en bonne posture pour atteindre son objectif.

«Si on se coupe, on s’achète un plaster, illustre Robert Gauvin. Présentement, notre système de santé saigne, donc il faut essayer de l’aider. C’est le temps d’investir. Avoir des incitatifs pour débloquer le système, ce serait judicieux.»

Le député Robert Gauvin – Archives

Avec un excédent budgétaire de 408 millions $, alors que la province est secouée par plusieurs crises, c’est normal que les citoyens soient frustrés, croit M. Gauvin.

«Le prix des logements a augmenté, il y a de plus en plus de gens qui dorment en pleine rue. On manque d’infirmiers, d’infirmières, ça bloque dans les hôpitaux et il y a des opérations importantes qui sont reportées. Pareil dans les foyers de soins, il manque de personnel et on a des personnes âgées logées à l’hôpital en attendant leur place dans un foyer. En plus, on vient maintenant d’apprendre qu’il y a un surplus de 408 millions!», s’indigne-t-il.

Jamie Gillies, professeur de sciences politiques à l’Université Saint-Thomas, prédit que ce nouveau désaccord entre Ottawa et Fredericton ne sera pas sans conséquence pour les transferts fédéraux que pourrait toucher le gouvernement Higgs à l’avenir.

«Le gouvernement Higgs vise la modération financière à un moment où toutes les autres provinces dépensent afin de répondre à la pandémie, note M. Gilles. Puisque le fédéral estime que les transferts sont mal dépensés, je m’attends à ce qu’il y ait des répercussions, particulièrement dans le dossier de la justice reproductive et les transferts fédéraux en santé.»

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