Malgré des averses et du temps maussade, plusieurs centaines de personnes se sont donné rendez-vous à l’entrée de l’ancien camp militaire de Tracadie dimanche après-midi pour se prononcer contre le développement d’environ 5000 acres de nouvelles bleuetières dans ce secteur, un projet mis en place par le gouvernement provincial.

Concrètement, la province sollicite d’abord des propositions portant sur des activités nouvelles ou de transformation à valeur ajoutée ou d’autres investissements commerciaux sur des concessions à bail d’environ 2051 acres pour l’aménagement de bleuetières sur des terres publiques.

La province accepte aussi les demandes de proposition des producteurs de bleuets locaux ainsi que celles des autres personnes intéressées par une concession à bail pour l’aménagement de terres publiques en bleuetières. Environ 2738 acres répartis en 28 parcelles seront disponibles sur l’ancien champ de tir et près de 667 acres répartis sur quatre parcelles seront disponibles à proximité.

D’après le ministère des Ressources naturelles et du Développement de l’énergie, des mesures ont été prises pour promouvoir la conservation de la nature, dont l’instauration de corridors fauniques forestiers dans les zones ciblées et la mise en place de zones tampons plus larges que celles requises autour des cours d’eau et des routes.

Jeff Rousselle, amateur de chasse et de pêche et administrateur d’une page Facebook dédiée à ces sports, a pris connaissance des intentions de la province plus tôt cet été par le biais des médias.

Inquiet, il a lancé une pétition sur Internet et il en a fait circuler une version papier dans la région afin de tâter le pouls de la population. Plusieurs milliers de citoyens ont apposé leur signature pour le soutenir.

Le Club chasse et pêche de la Grande rivière de Tracadie s’est rapidement associé à la cause.

«On manifeste aujourd’hui et c’est là où on en est rendu. On essaie d’avoir des consultations, mais il n’y en a pas eu. On voudrait un moratoire pour que tout arrête jusqu’à ce qu’il y ait des consultations publiques afin de déterminer ce que la population veut», dit M. Rousselle.

«Malgré la pluie, je suis agréablement surpris par la participation. C’est un signe que le monde tient beaucoup au camp militaire», ajoute-t-il.
Selon plusieurs personnes présentes, la région de l’ancien camp militaire, une vaste zone de 44 000 acres située à l’intérieur des limites de la Municipalité régionale de Tracadie, est déjà surexploitée par l’industrie forestière et elle compte déjà suffisamment de bleuetières.

«On veut un moratoire pour que ça s’arrête. Il y a déjà beaucoup de bleuetières sur le camp. On ne veut pas en avoir d’autres. On veut conserver ce qui nous reste», dit Mathieu Allard, président du Club chasse et pêche de la Grande rivière Tracadie.

«C’est du Big Business»

Le député libéral de Tracadie-Sheila, Keith Chiasson, figurait parmi les participants de la manifestation. L’homme politique a toujours affirmé que les intentions de la province, particulièrement en ce qui concerne les demandes de propositions portant sur la transformation à valeur ajoutée, visent à favoriser certains grands joueurs de l’industrie.

«C’est du Big Business. Ils viennent de l’extérieur pour exploiter nos ressources…», dit-il.

«J’ai dit à la ministre que le camp militaire est un lieu sensible. Il y a des cours d’eau, de la faune et des activités en plein air. Une fois que tu coupes ces 5000 acres d’arbres, ils sont partis pour toujours. Il y a déjà de l’exploitation forestière qui se fait. Ils devraient mettre l’énergie dans la conservation plutôt que dans l’exploitation. Il faut de l’acceptabilité sociale. Si les gens sont contre, qu’est-ce que ça donne de le faire?»

Un besoin criant

Donald Arseneault, directeur général de Bleuets NB, estime que les producteurs de bleuets sauvages ont besoin de ces terres supplémentaires afin de poursuivre le développement du secteur, qui génère plusieurs millions de dollars en retombées annuelles pour la province.

«À un moment donné, comme population, on dit qu’on veut plus de services et d’investissements dans nos services, mais à la fin de la journée, il faut aller chercher des revenus pour y arriver. Le secteur du bleuet sauvage au Nouveau-Brunswick, particulièrement dans le nord-est, a développé une belle économie et nos producteurs voient de belles occasions dans le secteur. Le fait que la province a décidé de prioriser le secteur est un positif», dit M. Arseneault, un ancien ministre des Ressources naturelles du Nouveau-Brunswick au sein du gouvernement de Shawn Graham.

Il croit cependant que la province a manqué une occasion de bien communiquer certaines nuances avec la population.

«Seulement, environ 11% du secteur est consacré au développement du bleuet sauvage. Ça veut dire que la vaste majorité du camp militaire est là pour le côté récréatif et ainsi de suite.»

Sécurité alimentaire?

Donald Arseneault estime également que plus de projets agricoles sont nécessaires pour atteindre l’autonomie alimentaire, un sujet qui est de plus en plus abordé dans la province.

«À un moment donné, lorsqu’on met des bâtons dans les roues de nos fermiers, ces entreprises vont fermer leurs portes et puis après, on va se demander pourquoi tous les produits viennent de la Californie ou de l’Amérique du Sud. À un moment donné, il faut regarder les façons dont on peut faire croître le secteur agricole.»

Agriculteur de métier, Kevin Arseneau, député du Parti vert dans Kent-Nord, croit que Donald Arseneault est dans le champ avec ses propos.

«On ne peut pas parler de souveraineté alimentaire dans ce cas-ci. C’est clairement un projet d’exportation de bleuets sauvages. On produit énormément de bleuets sauvages dans la province et ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas en produire plus, mais il y a des terres agricoles qui ne sont pas des forêts utilisées par les gens. À un moment donné, ce n’est pas parce que c’est de l’agriculture que c’est un projet d’autonomie alimentaire», dit Kevin Arseneau, qui s’est déplacé à Tracadie dimanche pour soutenir les manifestants.

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