Quatre districts de services locaux (DSL), quatre réalités différentes dans un même comté. La réforme de la gouvernance locale cause des maux de tête aux présidents de ces DSL qui ont beaucoup de difficulté à communiquer avec la population, entre autres en raison de la pandémie de la COVID-19.

Ces quatre DSL du comté de Kent, ce sont ceux de Saint-Charles, Saint-Louis, Pointe-Sapin et Saint-Ignace (autre texte).

«La première chose que j’aimerais dire, c’est qu’au niveau des changements proposés par le gouvernement, je trouve que ça fait du bon sens. Ça fait des années qu’on est sous-représentés», avoue le président du DSL de Saint-Charles, Paul Lirette.

Il fait partie du comité du DSL, soit comme président ou comme membre, depuis une dizaine d’années.

«On écrit des lettres au gouvernement et on a toujours la même réponse: il n’y a pas d’argent et on ne peut rien faire. Ça devient frustrant», avoue-t-il.

Il est aussi membre de la Commission des services régionaux de Kent.

«Là on dirait qu’on a une voix plus solide, car on travaille ensemble», fait remarquer M. Lirette.

Il n’a rien contre la réforme en tant que telle, mais plus contre la façon de la réaliser.

«J’ai trouvé que le gouvernement Higgs avait mal procédé parce qu’ils ont fait les consultations en pleine pandémie. En pandémie tu ne peux pas consulter la population, puisque tu n’as pas le droit de faire de rassemblements. On a fait des réunions zoom. La partie de la population qui comprend ça et qui sait comment adhérer à ça, ce n’est pas la majorité» croit-il.

En examinant les chiffres, il constate que moins de 1 % de la population a été consultée.

«Ce 1%, c’est surtout les comités consultatifs (DSL) et des gens qui font déjà partie du groupe», affirme-t-il.

Le président aurait aimé voir la tenue d’une réunion pour mieux informer la population sur les enjeux.

«Je n’étais pas à l’aise de répondre aux questions de la population de Saint-Charles concernant la réforme proposée. Je n’avais pas assez d’informations.»

En fait, il a pu organiser une réunion publique à Saint-Charles au cours de l’été. «Il y avait environ 75 personnes à la réunion.»

Il précise que ce n’est pas au comité consultatif d’ informer les gens.

«Même avec les consultations du ministre, on n’avait pas beaucoup d’informations que l’on pouvait transmettre. C’était des possibilités. On nous a demandé ce que nous allions faire. Ce que le gouvernement va faire, je ne peux pas vous le dire, a-t-il expliqué. Ça aurait été intéressant d’avoir le premier ministre Higgs ou le ministre Allain pour venir nous expliquer la situation. Eux auraient pu répondre aux questions des gens beaucoup plus facilement que nous.»

«Maintenant, on a pu se débrouiller un peu et faire des réunions, mais les réunions ont été houleuses parce que les gens ne savent pas ce qui s’en vient. Ensuite on ne peut pas leur donner de réponses précises.»

Lors de cette réunion, il a aussi été question de la possibilité de se regrouper avec une municipalité.

«Les gens de Saint-Charles ont dit qu’ils ne voulaient pas payer pour les égouts d’une municipalité, parce qu’il n’y a pas d’égouts qui passent à Saint-Charles.» De plus, les citoyens de ce DSL ne veulent pas payer pour les dettes des villes.

Les arrêtés municipaux semblent inquiéter les gens aussi, selon M. Lirette.

«Les gens ont une certaine liberté. Si tu te retrouves avec des arrêtés et certaines restrictions, les gens se sentent moins libres.»

«Apparemment dans le livre blanc, on va nous présenter des choix. On discute actuellement avec les municipalités pour voir la possibilité de s’agglomérer avec Saint-Louis ou Richibucto. Tu ne peux pas avoir quatre ou cinq DSL ensemble et avoir à payer pour la structure de ça, avoue-t-il. Il faut s’associer avec des villes ou des villages, mais c’est de voir comment.»

Tout en étant en faveur de la réforme, il ne voit pas la nécessité de précipiter les étapes.

«Après la pandémie, on aurait pu débattre de la question et il me semble que ça aurait été fait plus en douceur. Il y a des présidents et présidentes de DSL qui se sont fait éplucher durant les réunions, car les gens ont eu des réponses qu’ils ne voulaient pas entendre.»

M. Lirette attend la sortie du livre blanc à la mi-novembre.

«Selon les autorités du gouvernement, on devrait retrouver des choix à l’intérieur de ce livre blanc. J’ai hâte de voir ce que le gouvernement propose. Je ne sais pas comment la population va être consultée, j’ai hâte de voir ça aussi», dit-il.

Saint-Louis

La présidente du DSL de Saint-Louis, Gisèle Fontaine, était présente à une réunion tenue le 6 octobre dernier à Saint-Louis, en présence de représentants de la municipalité, ainsi que de quelques DSL voisins.

«On nous avait suggéré fortement d’établir le contact avec les communautés avoisinantes. On s’est tous réunis avec la mairesse aussi. Le gouvernement nous a dit que les choses allaient changer, qu’on l’aime ou qu’on l’aime pas. On a été fortement encouragés à se réunir et de discuter pour voir si on pouvait être d’accord sur une nouvelle unité. Je ne sais pas encore comment on l’appellerait.»

«Disons que je suis d’accord que les choses doivent changer», précise Mme Fontaine.

Tout comme son collègue à Saint-Charles, elle n’est pas d’accord avec le fait que la réforme soit «imposée durant une pandémie.» Elle déplore également que la population soit mal informée des enjeux.

Elle a eu l’occasion elle aussi de tenir une réunion publique avec les gens du DSL de Saint-Louis au cours de l’été. Au total, 21 personnes étaient présentes.

«La plupart des gens nous ont dit qu’ils ne voulaient pas que ça change. Ils ne veulent pas payer plus de taxes.»

Selon Mme Fontaine, la solution proposée par le gouvernement serait de former une nouvelle entité, incluant le village de Saint-Louis-de-Kent. Ce dernier serait dissous pour être inclus dans la nouvelle entité. À la question à savoir si cette option a été bien reçue lors de la réunion publique du DSL, Mme Fontaine répond: «Non. Pas du tout.»

«Si on ne s’organise pas, le gouvernement va nous organiser», prévient-elle.

Comité consultatif

«Nous sommes des bénévoles sur un conseil consultatif. J’ai été élu là par acclamation», explique le président du DSL de Pointe-Sapin, Jean-Charles Daigle.

Ils étaient trois à la réunion de formation d’un comité.

«Si moi et les deux autres n’avions pas été là, il n’y aurait pas de comité, explique-t-il. Quand le gouvernement dit qu’il a consulté la population, il a consulté trois personnes de la communauté», dit-il, en parlant de lui et ses deux conseillers.

M. Daigle aurait souhaité que le gouvernement lui vienne en aide.

«Ce qu’ils veulent, c’est que les gens se regroupent ensemble et se prennent en main. Comment veux-tu faire ça durant le temps de la COVID-19?»

Gisèle Fontaine mentionne elle aussi que le comité consultatif de DSL n’a aucun pouvoir.

Repousser le dépôt du livre blanc?

Le président du DSL de Saint-Ignace, Éric Tremblay, propose au gouvernement de Blaine Higgs de remettre la publication de son livre blanc à plus tard au printemps, le temps que les présidents de DSL puissent consulter davantage la population.

Éric Tremblay est le président nouvellement élu du DSL de Saint-Ignace depuis le mois de mai. Après avoir reçu et pris connaissance du livre vert du gouvernement en rapport à la réforme de la gouvernance locale, le comité a tenu une réunion le 7 juillet avec la population du DSL.

«On a eu 21 participants», dit-il. Pour notre petit DSL de 288 résidences, c’est une bonne participation. Sur ces 21 personnes, je leur ai demandé combien avaient entendu parler du livre vert, il y en avait deux. De ces deux personnes, aucune n’avait lu le livre vert.»

«On a passé les huit options qu’il y avait dans le livre vert, et à discuter de ça. À la fin de la rencontre, il y a eu un vote démontrant que Saint-Ignace était prêt à travailler avec d’autres DSL et la Commission des services régionaux de Kent pour faire un genre d’unité régionale.»

Selon M. Tremblay, il y avait vraiment une soif d’en savoir plus car les gens ont demandé une autre réunion pour avoir plus d’informations.

«On a senti qu’il y avait un terreau pour semer la graine d’une collaboration régionale et d’une réforme qui serait structurée, bien sentie, et surtout consensuelle, où les gens ont participé à cette réforme.»

Le comité de DSL a fait ses devoirs et a envoyé un mémoire au ministre de l’Environnement et Gouvernement locaux, Daniel Allain. «Ça fait partie des 120 mémoires qu’ils ont reçus», dit Éric Tremblay.

«La réforme actuelle, la manière que ça se fait, il n’y a pas eu de participation significative de la population du Nouveau-Brunswick sur cette réforme», commente le président du DSL de Saint-Ignace. Il explique ainsi son raisonnement: «Sur le site internet du gouvernement sur la réforme, ça dit qu’il y a eu 1100 participants, à 25 séances publiques et zooming. Cent vingt mémoires qu’ils ont reçu, 120 courriels, 1200 personnes de sondage. Maintenant, si tu prends la population active du Nouveau-Brunswick, soit 776 827 à peu près, ça fait 0,14 % de la population qui a été consultée. Ce n’est même pas un pour cent de la population qui a été consultée.»

Les quatre représentants des DSL ont indiqué unanimement que leurs populations respectives ne veulent pas payer pour des services auxquels ils n’ont pas droit. «On est prêt à payer pour les services qu’on reçoit, précise pour sa part Eric Tremblay. On veut une taxation équitable.»

Les DSL ont jusqu’à la semaine prochaine pour décider s’ils veulent faire un regroupement avec Saint-Louis et les DSL de la région. «On a eu une discussion il y a deux semaines passées, certains présidents de DSL et Saint-Louis. Tout le monde était d’accord pour parler avec notre population pour leur expliquer les tenants et aboutissants d’un potentiel regroupement.»

Ils auraient aimé avoir ce genre de réunion il y a deux semaines, mais ils n’ont pas pu en raison des conditions sanitaires. «On ne peut pas avoir de discussions avec nos citoyens. On ne peut pas se rencontrer. Le zoom c’est assez limitant. Ce n’est pas tout le monde qui a un ordinateur. Il y a encore des gens qui vont à la bibliothèque pour envoyer un courriel». explique Éric Tremblay.

«Moi ce que je demanderais au ministre, on est en pleine pandémie là! Donnez-nous du temps. On ne demande pas d’arrêter la réforme, pas du tout. Mais les gens ont le droit de savoir. Je demande au ministre de reporter la date du livre blanc au printemps. Laissons passer la quatrième vague, ayons des consultations et des dialogues avec nos citoyens», affirme le président du DSL de Saint-Ignace.

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