Un consultant en pêche du Nouveau-Brunswick ne voit pas d’un bon œil l’achat récent de deux usines de transformation de homard du Sud-Est par des intérêts étrangers.

ACON Investments, basée à Washington, aux États-Unis, a annoncé la semaine dernière l’acquisition simultanée de Northern Wind du Massachusetts, de Suncoast Seafood de Grande-Digue et de Raymond O’Neill & Son Fisheries (ROSF) d’Escuminac et fusionne les trois sociétés pour créer une nouvelle entité: Atlantic Sustainable Catch (ASC).

D’après ACON, les acquisitions combinées permettront à ASC de détenir cinq usines au Massachusetts et au Nouveau-Brunswick totalisant 600 employés. La nouvelle entreprise, dit-on, sera un important producteur de pétoncles et de homard.

Toujours selon ACON,  les «propriétaires et équipes de direction existants» des trois entreprises «assureront le leadership» et seront actionnaires et partenaires du nouveau regroupement.

Les deux usines du Nouveau-Brunswick qui font partie de la transaction transforment le homard.

Bien que la nouvelle semble réjouir les organisations concernées, elle ne semble pas faire l’unanimité dans le milieu de l’industrie locale. Le consultant en pêche Jean Saint-Cyr, pour un, n’est pas très enthousiaste face à cette transaction.

«Je suis un partisan de la propriété locale de notre industrie. Je souhaiterais que les Acadiens gardent les mains sur les leviers de développement économique de nos communautés, a-t-il expliqué. C’est clair qu’on perd un peu la maîtrise de notre économie.»

«Ce que je crains dans des situations comme celle-là, c’est que si un groupe possède 25, 30, 40 usines à travers le monde, en fermer une ou deux, ça ne dérange pas beaucoup leur plan d’affaires, mais sur le plan local, cela a un impact très important en termes de pertes d’emplois, de débouchés pour nos pêcheurs», a mentionné le consultant.

«Le phénomène de la concentration de propriétés, ça fait juste commencer ici, mais si on parle globalement, on a vu une concentration des propriétés des entreprises d’exploitation de pêche. En Asie et en Europe, ça fait déjà plusieurs décennies que c’est commencé. Les grandes sociétés achètent ce qu’elles peuvent pour étendre leur emprise.»

Le consultant croit que la tendance d’achat des usines acadiennes par des intérêts étrangers pourrait se poursuivre dans les domaines de la transformation du crabe et du homard.

«La crevette pour le moment, ce n’est pas très attrayant. C’est encore un marché plus ou moins intéressant où la demande n’est pas là où on le souhaiterait.»

Selon M. St-Cyr, il y a aussi des entreprises étrangères qui cherchent à acheter des bateaux pour approvisionner leurs usines.

«On a vu ça un peu partout et à l’échelle de l’Amérique. Ce qui va devenir vraiment important, c’est de protéger la propriété de nos bateaux. La politique du propriétaire-exploitant (qui concerne les bateaux de moins de 60 pieds où le capitaine-propriétaire est détenteur du permis de pêche et doit être à bord du bateau), il faut absolument que le ministère des Pêches la fasse respecter. Il doit déployer davantage d’efforts pour éviter qu’on perdre des permis aux mains des acheteurs étrangers qui utilisent des prête-noms ou des ententes secrètes entre des financiers et un pêcheur qui sert de prête-nom.»

M. Saint-Cyr déplore que cette pratique se fait déjà.

«Quand on perd de l’approvisionnement, on perd nécessairement les retombées socio-économiques qui viennent avec. Il faut absolument que le ministère déploie les moyens pour faire respecter les directives qui viennent avec la politique du propriétaire-exploitant.»

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