La centrale thermique de Belledune devra cesser de brûler du charbon en 2030. Le ministre fédéral de l’Environnement, Steven Guilbeault, écarte la possibilité de signer un accord qui aurait permis à cette centrale de production d’électricité de fonctionner jusqu’en 2040.

En vertu de la réglementation fédérale sur le charbon, la centrale de Belledune sera forcée de fermer en 2030.

Le gouvernement du N.-B. cherchait à conclure un accord qui aurait permis à Énergie NB de continuer à utiliser cette centrale, qui produit environ 15% de l’électricité de la province, pendant une décennie de plus.

La société de la Couronne visait à réduire ses émissions de gaz à effet de serre afin de pouvoir utiliser la centrale jusqu’à sa fin de vie utile en 2040 en produisant autant de GES, mais sur une plus longue période.

Jusqu’à présent, le ministre Guilbeault n’avait pas clairement écarté la possibilité de conclure ce genre d’accord, même s’il avait réaffirmé l’engagement de son gouvernement à l’élimination progressive des centrales au charbon d’ici 2030 lors de la conférence climatique COP26, à Glasgow.

«Je peux confirmer que le ministre ne signera pas un accord d’équivalence qui s’étendra au-delà de 2030», a tranché Joanna Sivasankaran, porte-parole d’Environnement et Changement climatique Canada, mardi.

La centrale est le deuxième plus gros pollueur de la province, après la raffinerie d’Irving Oil à Saint-Jean.

Cela signifie qu’environ 300 emplois dans le Nord, dont un peu plus d’une centaine d’emplois directs à la centrale de Belledune, sont remis en question beaucoup plus tôt que prévu, selon Daniel Guitard, député de Restigouche-Chaleur.

«On parle de 300 familles qui ont besoin de ça pour leur gagne-pain, et ça va disparaître.»

Il rappelle que le nord du N.-B. a déjà perdu plusieurs gros employeurs au cours des dernières années.

René Legacy, député de Bathurst-Ouest-Beresford, se demande aussi comment la province remplacera l’énergie produite par la centrale.

«D’après ce qu’on voit, ils ont tout misé sur le fait que le gouvernement fédéral accepterait (…) l’entente. Et on n’a vu aucun plan alternatif pour dire comment on va créer cette énergie-là.»

Énergie NB évalue ses options depuis belle lurette.

«Si on pouvait convertir Belledune à une autre source de carburant, ce serait une option. Belledune est très importante pour nous, non seulement pour notre production d’électricité, mais aussi pour le nord de la province en termes d’emplois», dit Marc Belliveau, porte-parole d’Énergie NB.

L’un de ces carburants, le gaz naturel, serait hors de portée pour le nord du N.-B. sur le plan financier. Il faudrait y acheminer le gaz à partir du sud de la province.

Les libéraux craignent que le gouvernement ne décide plutôt d’investir 1,5 milliard $ pour la mise à niveau de la centrale de gaz naturel de Bayside, à Saint-Jean, pour remplacer celle de Belledune.

Toutefois, selon le ministre des Ressources naturelles et du Développement de l’énergie, Mike Holland, le gaz naturel est un carburant «de transition», qui est également polluant, et qui coûterait très cher.

Il affirme que le remplacement de l’énergie produite par la centrale de Belledune ne se fera pas en un seul coup, mais pourrait comprendre une plus grande utilisation d’énergie éolienne.

Mike Holland reconnaît que le nord de la province «a eu plusieurs défis significatifs».

«On discute de plusieurs options pour utiliser le site de la centrale pour réduire les émissions de GES, mais aussi pour amener des emplois dans la région.»

Il est d’avis que le gouvernement fédéral devra venir en aide à la province pour trouver une solution et y contribuer financièrement.

Serge Cormier, député fédéral d’Acadie-Bathurst, affirme toutefois que ce financement ne sera pas accordé sans que la province n’ait un plan pour préserver des emplois dans la région et pour éviter une hausse fulgurante des tarifs d’électricité dans la province.

«Ce n’est pas vrai qu’on va donner des milliards de dollars au premier ministre Higgs pour qu’il fasse ce qu’il veut avec (…) sans remplacer les infrastructures dans le nord du N.-B. à Belledune.»

Il ajoute qu’il existe plusieurs options pour trouver d’autres sources d’énergie et qu’il voit l’avenir de Belledune «d’un très bon œil».

Le N.-B. pris de court?

Énergie NB gérait sa situation financière en prévoyant que cet accord d’équivalence allait bel et bien être conclu, selon ce qu’a affirmé son PDG Keith Cronkhite en septembre.

En juin, la province du Nouveau-Brunswick avait publié un projet de règlement pour recueillir les commentaires du public. Cela aurait servi de base aux discussions de la province pour conclure un accord d’équivalence avec le gouvernement fédéral.

Ottawa a déjà conclu deux accords similaires avec la Saskatchewan et la Nouvelle-Écosse qui dureront jusqu’en 2024. L’entente avec la N.-É. comprenait un engagement des parties à renégocier une extension jusqu’en 2040.

Pas plus tard que mardi de cette semaine, le ministre de l’Environnement et des Changements climatiques du N.-B., Gary Crossman, semblait indiquer qu’il avait toujours espoir de conclure cet accord suite à une rencontre avec le ministre Guilbeault.

«Nous avons demandé une certaine flexibilité (de la part du ministre), et nous avons hâte à notre prochaine rencontre», a-t-il répondu à la question d’un journaliste à savoir si le ministre Guilbeault s’était montré suffisamment flexible pour permettre à la centrale de fonctionner jusqu’en 2040.

Toutefois, le premier ministre Blaine Higgs semblait déjà être au courant qu’il n’allait pas obtenir cette entente le 25 octobre, lorsqu’il a demandé une contribution financière rapide de la part du gouvernement fédéral en vue de la fermeture des centrales au charbon d’ici 2030.

La lettre, obtenue par l’Acadie Nouvelle, a été envoyée au premier ministre Justin Trudeau par le Conseil des premiers ministres de l’Atlantique, dont Blaine Higgs est le président.

Un extrait de la lettre du Conseil des premiers ministres de l’Atlantique envoyée au premier ministre Justin Trudeau. – Capture d’écran

M. Higgs et ses homologues de l’Atlantique y confirment leur engagement à «la mise hors service de la production d’électricité au charbon existante dans la région d’ici 2030».

Ils s’engagent aussi à miser sur de nouvelles sources d’énergie renouvelables et à mettre sur pied le projet de la Boucle Atlantique, qui permettrait d’augmenter le partage d’électricité entre les provinces atlantiques et le Québec.

Ils exhortent aussi M. Trudeau à confirmer son appui financier à ces projets avant la fin de l’année 2021 «pour assurer que le travail soit complété en 2030 au plus tard» en précisant que ces projets s’étaleront sur plusieurs années et qu’ils ne doivent pas tarder.

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