La proportion d’écoliers francophones de 3e année réussissant l’examen de lecture de 2e année est de 57% pour l’année scolaire 2020-2021, alors qu’elle était de 77% cinq ans plus tôt et que la cible est de 90%.

Le ministre de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, Dominic Cardy s’inquiète de ces résultats.

«Quand on dépasse l’âge de 10 ans, c’est vraiment plus difficile d’apprendre les langues, explique-t-il. C’est à ce moment-là que si tu n’as pas réussi à être alphabétisé, ça demandera beaucoup plus de dépenses, d’efforts et de temps pour le rattrapage.»

L’élu ajoute que la capacité à lire conditionne la réussite dans les autres matières scolaires ainsi que dans la vie future des enfants.

M. Cardy évite toutefois de porter la responsabilité des mauvais résultats en littératie des élèves francophones. Il pointe la pandémie de COVID-19, la grève des membres du Syndicat canadien de la fonction publique et la position minoritaire du français au Nouveau-Brunswick.

Il souligne que les résultats des écoliers anglophones ont soit baissé de façon minime soit augmenté, même s’il estime difficile de comparer les résultats d’examens différents.

«Pendant la pandémie et la grève, il y a beaucoup de jeunes francophones qui sont restés à la maison et qui n’ont pas été poussés à regarder la télé en français et à parler avec leur famille et leurs amis en français», déplore M. Cardy.

La professeure de la Faculté des sciences de l’Éducation à l’Université de Moncton, Sylvie Blain, évoque aussi l’accueil récent de nombreux enfants immigrants non francophones dans les écoles des Acadiens.

Changement de méthode

M. Cardy affirme que son ministère fera son possible pour renforcer la formation en écriture et en lecture dans les écoles.

«Il y a eu une réforme en place dans quelques écoles l’année passée et dans quelques autres cette année. Ce sera universel l’année prochaine. Il s’agit d’un changement dans la manière de former les jeunes pour lire et écrire», précise-t-il.

L’élu soutient que le système scolaire des francophones et celui des anglophones ont utilisé pendant des décennies une méthode d’enseignement infondée scientifiquement: le modèle de littératie équilibré. Il veut imposer la littératie structurée à la place.

«Avec un programme qui utilise l’information scientifique, je suis certain que ça va augmenter le niveau d’alphabétisation des jeunes de la province», assure le ministre.

Formations des enseignants

Il admet par ailleurs que le gouvernement devra continuer d’embaucher des experts en littératie et d’acheter des livres pour les écoles, comme le conseille Mme Blain.

«En même temps, c’est clair que les enseignants auront besoin de prendre une responsabilité centrale. On ne peut pas seulement identifier trois jeunes en difficulté dans chaque école. C’est un problème beaucoup plus grand, observe M. Cardy. Pour ça, on doit donner aux enseignants et aux enseignantes du temps de formation professionnelle. J’ai hâte de savoir s’ils ont d’autres idées.»

Le ministre souhaite aussi renforcer l’éducation pour la petite enfance. Il insiste toutefois sur le fait que ses pouvoirs sont limités.

«Je vais faire tout ce que je peux pour m’attaquer au problème dans les écoles, mais nous avons aussi besoin que les familles renforcent l’utilisation du français chaque jour hors des établissements et lisent des livres en français aux enfants, plaide-t-il. Continuer à voir de l’assimilation serait épouvantable.»

M. Cardy encourage également les parents qui rencontrent des problèmes en littératie à contacter son ministère pour qu’il les guide vers des ressources d’apprentissage.

Une experte demande des dépenses gouvernementales

La professeure à la Faculté des sciences de l’Éducation à l’Université de Moncton, Sylvie Blain croit que les écoliers francophones pourront rattraper leur retard en lecture s’ils font preuve de résilience.

«Certains auront besoin de plus de ressources, souligne-t-elle toutefois. L’accès aux livres est notamment un facteur déterminant dans la motivation et le plaisir de lire, qui favorisent les apprentissages.»

Cependant, Mme Blain affirme que beaucoup d’enseignants doivent acheter avec leur propre argent des ouvrages pour leurs élèves.
«Les francophones du Nouveau-Brunswick lisent moins, rappelle-t-elle par ailleurs. Les Acadiens étaient scolarisés en anglais il n’y a encore pas si longtemps et les livres en français sont plus chers et plus rares.»

La spécialiste de l’enseignement et de l’apprentissage du français évoque aussi l’importance des spécialistes en littératie du système scolaire francophone, qui peuvent prodiguer une aide ciblée à des groupes de trois ou quatre écoliers en difficultés. «Pour diagnostiquer les élèves qui rencontrent des défis, les enseignants sont formidables», commente-t-elle.

Mme Blain suggère enfin un effort commun des familles, de la communauté et des écoles francophones pour mettre en place des stratégies pour favoriser la lecture et développer le goût de cette activité.

De meilleurs résultats en France

Le ministre de l’Éducation et du Développement de la petite enfance du Nouveau-Brunswick, Dominic Cardy, assure que chaque système scolaire dans le monde a souffert de la pandémie de COVID-19.

France TV indique cependant que les élèves français âgés de cinq à huit ans ont retrouvé leurs niveaux d’avant le premier confinement en français et en mathématique.

Par exemple, en français, 82% des écoliers de cinq à six ans ont obtenu un taux de maîtrise satisfaisant pour manipuler les syllabes, alors qu’ils n’étaient que 79% en 2020, et 81% en 2019, selon le média public.

En revanche, seulement la moitié des élèves français de 11 à 12 ans atteignent le niveau de lecture attendu, d’après France TV.

Le Courrier international indique que la France a tenu à laisser ouvertes ses écoles et ses crèches le plus possible, confinement ou non, grâce à une offre énorme en tests de dépistages gratuits.

logo-an

private

Vous utilisez un navigateur configuré en mode privé ou en mode incognito.

Pour continuer à lire des articles dans ce mode, connectez-vous à votre compte Acadie Nouvelle.

Vous n’êtes pas membre de l’Acadie Nouvelle?
Devenez membre maintenant

Retour à la page d’accueil de l’Acadie Nouvelle