La centrale électrique à charbon de Belledune doit fermer en 2030. Pour compenser cette perte d’énergie, deux experts préconisent le recours à la Boucle Atlantique, un chantier qui permettrait à l’Est canadien de recevoir les surplus hydroélectriques du Québec et du Labrador.

Larry Hughes, un professeur de l’Université Dalhousie à Halifax, pense que ce projet pourrait aboutir dans huit ans, car le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse semblent motivés à le faire avancer.

Le spécialiste des politiques énergétiques croit aussi que les surplus hydroélectriques du Québec et du Labrador suffiront à couvrir les besoins créés par la fermeture de la centrale au charbon de Belledune.

«Ayant dit ça, il y aura peut-être des consultations publiques. Est-ce qu’il y aura des objections à davantage de lignes de transport de l’électricité?», interroge-t-il en référence au récent refus d’infrastructures d’Hydro-Québec par les citoyens américains du Maine.

Le professeur d’économie à l’Université de Moncton, Didier Tatoutchoup est moins optimiste que son confrère. Le spécialiste de l’économie des ressources naturelles et de l’environnement estime que la Boucle Atlantique a peu de chances d’aboutir d’ici 2030. Il préconise donc la combustion de gaz naturel de façon transitoire.

Or, ce carburant est hors de portée du nord du Nouveau-Brunswick, car les gazoducs se trouvent dans le sud de la province. Même reconvertie pour sauver les emplois des 300 travailleurs qui dépendent d’elle, la centrale de Belledune serait donc incapable d’utiliser ce combustible.

«Du gaz naturel liquéfié pourrait être envoyé au port de Belledune. On pourrait aussi allonger le gazoduc du Québec jusque là, nuance M. Hughes. Mais il y aurait des problèmes de coûts et d’émissions de gaz à effet de serre, donc ce n’est pas une solution à long terme.»

M. Tatoutchoup reconnaît par ailleurs le problème économique pour le nord de la province, mais fait valoir la portée globale de l’enjeu environnemental.

«Qu’est-ce qui va arriver aux employés qui vont perdre leur travail?, demande-t-il. Ils devront faire une reconversion ou partir à la retraite.»

Le PDG du port de Belledune, Denis Caron, suggère de convertir la centrale de Belledune pour lui permettre de fonctionner avec de la biomasse (du bois, par exemple). M. Tatoutchoup et M. Hughes pensent toutefois que ce projet nécessite une étude préalable.

«Si c’est fait correctement, c’est possible, croit le professeur de l’Université Dalhousie. Mais le gros problème est que la biomasse est susceptible de manquer à cause des événements climatiques extrêmes (ouragans, inondations, sécheresses), associés au réchauffement climatique.»

Nucléaire

Enfin, M. Hughes évoque les petits réacteurs modulaires (PRM) nucléaires promus par les gouvernements du Nouveau-Brunswick, de l’Ontario, de la Saskatchewan et de l’Alberta.

L’une des deux entreprises de ce secteur au Nouveau-Brunswick, ARC Clean Energy, a affirmé au début de l’année être en mesure d’entamer la construction de sa première centrale à Pointe Lepreau dès 2023.

«C’est une chose de montrer la voie en 2023, mais c’en est une autre de produire l’énergie et un nombre suffisant de réacteurs pour produire autant que la centrale de Belledune», fait toutefois remarquer M. Hughes.

M. Tatoutchoup balaie carrément l’option des PRM, qu’il assimile à des sources d’énergie polluantes, à cause des déchets nucléaires qu’ils génèrent.

Favoriser les énergies renouvelables du N.-B.

Le Conseil de conservation du Nouveau-Brunswick (CCNB) salue la décision du ministre fédéral de l’Environnement, Steven Guilbeault, d’interdire l’exploitation de la centrale au charbon de Belledune au-delà de 2030.

«Nous pressons la province de veiller à ce que les travailleurs de la centrale de Belledune obtiennent le soutien dont ils ont besoin pour passer à un travail concernant de nouvelles sources d’approvisionnement en énergie ou qu’ils puissent prendre leur retraite», réclame la porte-parole de l’association, Louise Comeau.

Le CCNB encourage par ailleurs le Nouveau-Brunswick à remplacer l’électricité de Belledune par de l’énergie éolienne, solaire et hydroélectrique produite dans la province. Le regroupement avance un sondage de 300 personnes suggérant que 70% des Néo-Brunswick soutiennent cette solution.

L’organisme croit aussi que la Boucle Atlantique et l’élaboration des petits réacteurs modulaires seront probablement prêtes après 2030.

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