L’annonce de la fin des opérations à la centrale thermique de Belledune en 2030 est accueillie avec une certaine résignation dans cette partie de la province. Cela dit, on y voit également l’opportunité d’entreprendre un réel virage «vert».

À la jonction des régions Chaleur et Restigouche, la centrale thermique de Belledune a fait son temps, du moins dans sa forme actuelle. Fonctionnant au charbon, elle avait encore plus d’une vingtaine d’années devant elle, sinon davantage. Elle devra toutefois fermer ses portes dans moins de dix ans, ce qui compromet du coup plus d’une centaine d’emplois bien rémunérés.

Il s’agit d’un autre coup de massue difficile à encaisser en l’espace de quelques années dans cette partie de la province frappée par le déclin du secteur minier.

Selon le député provincial de Bathurst-Ouest-Beresford, René Legacy, la fermeture de la centrale de Belledune risque d’empirer un équilibre déjà fragilisé dans le secteur industriel de la région Chaleur.

«On parle d’une centaine d’emplois directs, et encore davantage au niveau indirect. Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est qu’on part déjà avec un important déficit de plusieurs autres centaines de pertes d’emplois en raison de la fermeture de la fonderie et de la mine», souligne-t-il, non sans faire preuve de réalisme.

«Le charbon, ce n’est pas le futur, mais un carburant du passé. Il fallait commencer à penser plus loin, à songer à s’en débarrasser à un moment ou un autre, que ça soit en 2030 ou 2040. Là, on a une date sur ce moment. Elle est plus près que prévu, mais l’important c’est ce que nous faisons à partir de maintenant», dit-il.

Son collègue d’Acadie-Bathurst, le député fédéral Serge Cormier, comprend également la situation précaire dans laquelle se trouve cette portion de sa circonscription, surtout que l’exigence de l’abandon du charbon provient d’une décision soutenue par son gouvernement.

«C’est une nouvelle difficile pour toute la région, mais on n’a pas abandonné Belledune par le passé et nous n’allons pas l’abandonner aujourd’hui non plus. On a investi à l’intérieur de projets et on va continuer de le faire», promet-il d’emblée, non sans noter au passage qu’il existe un fonds fédéral destiné aux provinces en transition du charbon.

À noter que la centrale thermique de Belledune produit actuellement environ 15% des besoins en électricité de la province.

Virage inévitable

Le charbon arrivant par la voie maritime, la centrale est du coup une cliente majeure de son voisin immédiat, le Port de Belledune. Elle constitue en fait 20% de son volume et 40% de son chiffre d’affaires.

Malgré ces chiffres qui ont de quoi laisser songeur, le PDG de l’Autorité portuaire de Belledune, Denis Caron, ne cède pas à la panique pour autant.

«Cette annonce n’est pas une surprise pour personne, on s’y attendait. Le gouvernement du Canada a été clair, il ne veut plus de centrales fonctionnant au charbon. C’était donc prévisible, on savait qu’on aurait à effectuer ce virage éventuellement», avoue-t-il.

Dans les faits, celui-ci travaille depuis quelques mois déjà à trouver des alternatives afin de mitiger les impacts négatifs de la fermeture de la centrale. Il voit même une pointe de positif dans cette décision, soit l’accélération d’un virage vert. Et ce virage pourrait s’effectuer sans devoir fermer la centrale. M. Caron estime en effet que l’infrastructure pourrait être convertie pour d’autres types de carburant moins polluants, comme la biomasse.

«Actuellement, nous avons des entreprises dans la province qui exportent des granulés de bois à l’international afin d’être utilisés dans des centrales similaires. On pourrait très bien les imiter, faire cela ici. Ce serait vraiment malheureux de ne pouvoir utiliser cette centrale pour quelque chose d’autre», souligne ce dernier qui voit également l’endroit produire de l’hydrogène vert.

La clé du succès selon lui demeure par contre la volonté politique et du secteur privé.

«Pas de chèque en blanc»           

Aux dires du député fédéral d’Acadie-Bathurst, Serge Cormier, le gouvernement du Nouveau-Brunswick n’a jamais logé de demande formelle à Ottawa afin de prolonger la durée de vie de la centrale thermique de Belledune. La province aurait plutôt cosigné, en octobre dernier, une lettre avec ses homologues de l’Atlantique, Dans celle-ci, les provinces  expriment leur accord pour éliminer le charbon des centrales. En retour, elles exigent un montant de 5 milliards $ destiné à la transition énergétique.

«Il y a des fonds disponibles dans plusieurs programmes. Mais c’est clair que Blaine Higgs n’aura pas à nouveau de chèque en blanc de notre part, car on sait tous que personne ne verrait la couleur de cet argent. Ça ne se retrouverait pas dans le Nord du Nouveau-Brunswick ni dans les poches des contribuables. Qu’il se le tienne pour dit, ça n’arrivera pas de cette manière», soulève M. Cormier.

Les députés libéraux – tant provinciaux que fédéraux – reprochent au gouvernement Higgs d’avoir réalisé des surplus budgétaires records en encaissant les millions de dollars reçus du gouvernement fédéral pour faire face à la pandémie.

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