Depuis le début de la pandémie de COVID-19, en mars 2020, le coronavirus a fait 173 victimes au Nouveau-Brunswick. C’est 34 de plus que dans les trois autres provinces de l’Atlantique combinées, dont la population totale est pourtant deux fois et demie plus élevée. Analyse statistique d’un phénomène qui va en s’accélérant.

Selon les plus récents chiffres , le Nouveau-Brunswick compte une population de 777 000 habitants. La COVID-19 y a fait 173 victimes, dont 114 (soit les deux tiers de tous les décès) depuis le 1er octobre 2021.

Il s’agit d’un taux de 22 décès par 100 000 habitants.

Pris isolément, cette statistique n’a rien de bien inquiétante. Chaque décès attribuable à la COVID-19 est un décès de trop, mais pour vulgariser, ce ratio signifie que si la province était une petite ville d’environ 10 000 habitants, le coronavirus y aurait fait deux morts en 22 mois de pandémie.

À titre de comparaison, si la population entière du Canada (38 millions de personnes) était ramenée à la même petite ville de 10 000 habitants, huit citoyens y auraient perdu la vie aux griffes du coronavirus.

Dans cette perspective, le Nouveau-Brunswick s’en tire donc pas trop mal.

Là où la situation devient un peu plus inquiétante, c’est lorsqu’on analyse les chiffres un peu plus en profondeur.

Tout d’abord, comparer le ratio de morts du N.-B. à celui du reste du Canada est un peu malhonnête. La COVID-19 frappe beaucoup plus fort dans les grandes villes du pays, où les gens vivent davantage à proximité. Malgré leur taille, Moncton, Saint-Jean et Fredericton sont des naines à côté des mégapoles que sont Toronto, Montréal et Vancouver.

Juste en Ontario, on compte au moins 30 villes plus populeuses que l’agglomération la plus peuplée du N.-B…

On obtient donc un portrait plus révélateur de la situation néo-brunswickoise quand on la compare avec celle du reste de l’Atlantique, une région aux caractéristiques démographiques et socio-économiques semblables à celle de la province.

Et c’est là que la triste situation du Nouveau-Brunswick se révèle au grand jour, surtout depuis quelques mois.

Depuis le début de la pandémie, la COVID-19 a fait un total de 139 morts en Nouvelle-Écosse (116 décès), à l’Île-du-Prince-Édouard (0) et à Terre-Neuve-et-Labrador (23).

Ces trois provinces comptent une population totale de 1,7 million de personnes – soit un peu moins d’un million d’habitants de plus que le Nouveau-Brunswick. Le ratio de décès par 100 000 habitants s’y établit donc à 8.

Donc, pour résumer, le N.-B. compte deux fois et demie moins d’habitants que les trois autres provinces de l’Atlantique combinées, mais affiche un ratio de décès par 100 000 habitants deux fois et demie plus élevé…

Plusieurs facteurs peuvent expliquer un tel écart (qualité de soins, malchance, aberration statistique, proximité du N.-B. avec le très touché Québec, volume d’hospitalisations et de cas), mais un regard sur l’évolution dans le temps du ratio de décès démontre que les décisions du gouvernement Higgs y sont très certainement pour quelque chose.

En juin 2021, le N.-B. affichait un ratio de décès par 100 000 habitants identique à celui des trois autres provinces de l’Atlantique combinées, soit 5,7.

Cette similarité s’est maintenue jusqu’à la fin de l’été. Le 17 septembre, il était de 6,2 au N.-B. et dans les trois autres provinces. C’est une semaine plus tard qu’il s’est mis à augmenter de façon drastique au Nouveau-Brunswick.

Petit retour dans le temps: le 31 août, le gouvernement de Blaine Higgs et la Santé publique de la province ont aboli toutes les restrictions sanitaires en vigueur sur le territoire du Nouveau-Brunswick. Citant l’exemple de l’Alberta, les autorités ont pratiquement crié victoire sur le coronavirus, ce qui a mené à la tristement célèbre danse des canards de M. Higgs et de son entourage politique lors d’une fête à Fredericton.

Or, le dangereux variant Delta a débarqué au pays à la fin de l’été. Alors que les gouvernements de la Nouvelle-Écosse, de l’Île-du-Prince-Édouard et de Terre-Neuve-et-Labrador ont remis en place certaines restrictions, celui du Nouveau-Brunswick a prétexté le faible nombre d’hospitalisations pour maintenir le déconfinement – geste pour lequel Blaine Higgs a exprimé des regrets en fin d’année.

L’inaction du gouvernement n’a pas été sans conséquence: depuis le 17 septembre, le ratio de décès par 100 000 habitants a cru – pour ne pas dire exploser – de 254% au Nouveau-Brunswick (passant de 6,1 à 22), contre seulement 12% au pays (72 à 81) et de 32% dans les trois autres provinces de l’Atlantique (6 à 8).

Pour dire les choses autrement, depuis le 17 septembre, la COVID-19 tue 16 Néo-Brunswickois, neuf Canadiens et deux citoyens des trois autres provinces de l’Atlantique par 100 000 habitants.

Dire que le gouvernement Higgs a sous-estimé le variant Delta constituerait un euphémisme.

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