La vitesse à laquelle augmente le coût de la vie pourrait bientôt ralentir grâce à une probable révision à la hausse des taux d’intérêt.

Depuis le début de la pandémie, le coût de la vie connaît une tendance à la hausse à l’échelle du pays.

D’après Statistique Canada, l’indice des prix à la consommation (IPC) a augmenté de 4,7% d’une année à l’autre en novembre, une hausse identique à celle du mois précédent.

Le Nouveau-Brunswick n’y échappe pas. Le prix du logement locatif explose dans la province, tout comme le prix de l’immobilier, qui a connu une augmentation de 32,9% entre novembre 2020 et novembre 2021, selon l’Association canadienne de l’immeuble.

Les données de Statistique Canada montrent aussi que l’augmentation de l’IPC dans la province était de plus de 5% pour les mois de septembre, octobre et novembre.

Pierre-Marcel Desjardins, économiste et directeur de l’École des hautes études publiques de l’Université de Moncton, explique que la crise sanitaire mondiale et les taux d’intérêt historiquement bas ont modifié les habitudes de consommation, ce qui s’est traduit par une augmentation de l’IPC.

«Les consommateurs ont dépensé moins d’argent pour des voyages dans le Sud et plus sur autre chose comme des projets de rénovation. La demande pour certains biens, par exemple les matériaux de construction, a donc augmenté et parce que l’offre n’était pas au rendez-vous, les prix ont gonflé», précise-t-il.

L’inflation commence à inquiéter, si bien que les banques centrales de plusieurs pays songent à augmenter les taux d’intérêt. De nombreux analystes prédisent que ceux-ci connaîtront une augmentation de 1% au Canada en 2022 et en 2023.

«C’est pour ralentir l’inflation, dit M. Desjardins. En augmentant les taux d’intérêt, l’emprunt devient plus coûteux, on dépense moins et la consommation ralentit.»

En encourageant ainsi l’épargne, la demande est moins forte pour de nombreux biens, ce qui freine la croissance des prix de vente.

Pas une panacée

Il ne s’agit toutefois pas d’une panacée puisque d’autres pressions inflationnistes sont à l’œuvre, notamment de mauvaises récoltes et des usines qui tournent au ralenti à cause de la COVID-19.

«Des problèmes d’approvisionnement et l’augmentation du prix de l’énergie sont aujourd’hui aussi responsables de l’inflation. Les taux d’intérêt ne vont pas améliorer les chaînes d’approvisionnement et auront très peu d’impact sur le prix du pétrole», ajoute Pierre-Marcel Desjardins.

L’économiste prédit que les augmentations anticipées auront un impact économique limité dans la province, bien moindre que celui causé par le «variant Omicron, alors qu’on nous annonce aujourd’hui (jeudi) de nouvelles mesures sanitaires comme la fermeture des restaurants.»

Certes, la situation pourrait précariser les finances de certains propriétaires – qui se retrouveront soudainement avec des remboursements hypothécaires plus importants – mais elle contribuera peut-être à ralentir la surchauffe immobilière dans la province.

Les bourses réagissent

Sébastien Deschênes, doyen de la Faculté d’administration de l’Université de Moncton, note pour sa part que la perspective d’une augmentation des taux d’intérêt fait réagir les marchés financiers depuis quelques semaines déjà.

«Quand les taux d’intérêt augmentent, les marchés réagissent à la baisse, dit-il. Tant et aussi longtemps que l’on prévoit une augmentation des taux d’intérêt pour ralentir l’inflation et ralentir l’économie en 2022 et 2023, on ne devrait pas espérer récupérer le terrain perdu.»

Cette chute n’a pas de quoi inquiéter le professeur puisque les taux de rendement de la bourse ont été de plus de 20% au cours des deux dernières années. Les régimes de retraite des travailleurs devraient donc être épargnés.

«On a pu observer des gains importants sur les marchés alors que l’activité économique était stagnante, une situation causée par les stimulus économiques des gouvernements et des banques centrales qui ont injecté beaucoup d’argent dans l’économie. Au lieu de la dépenser, les investisseurs ont acheté des actifs avec cet argent, ce qui explique notamment la forte performance de l’immobilier et de la bourse.»

Le professeur ajoute que, pour l’instant, ce sont surtout les actions du secteur technologique – comme celles de Google, Apple, Facebook et Amazon – qui connaissent les baisses les plus marquées.

«Les investisseurs, tant aux États-Unis qu’au Canada, se tournent davantage vers des secteurs plus traditionnels, comme le secteur bancaire, parce qu’il va probablement profiter d’une hausse du taux d’intérêt», précise M. Deschênes.

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