Le premier centre d’injection de drogues supervisé du Nouveau-Brunswick a ouvert à Moncton le 25 novembre. Ce sont 49 personnes qui l’ont fréquenté durant le premier mois d’opération. Elles y ont effectué 174 visites au total.

«Ce n’est pas beaucoup pour nous, commente Debby Warren, la directrice d’Ensemble Moncton qui aide plus de 1100 individus. Mais c’est un nouveau service, qui fonctionne par le bouche-à-oreille seulement, grâce à notre équipe de distribution de seringues.»

La travailleuse communautaire se félicite en revanche du fait que les premiers utilisateurs du centre d’injection soient revenus plusieurs fois. Elle remarque cependant leur mauvaise répartition dans le temps, qui a causé des pics de fréquentation difficiles à gérer.

«Mercredi semble être le jour d’affluence, s’exclame M. Warren sans pouvoir en expliquer la raison. Quand il y a 20 personnes par jour, c’est presque accablant, parce que les visites se concentrent dans l’après-midi alors qu’elles durent au minimum 40 ou 45 minutes.»

Elle précise que le centre d’injection peut accueillir neuf personnes en même temps au maximum: trois dans la salle d’attente, trois dans le lieu de consommation et trois dans le coin détente.

La directrice pense que le centre d’injection a toutefois bien fonctionné de façon générale pendant son premier mois d’ouverture.

«Nous avons embauché l’équipe en septembre. Nous avons effectué des formations et beaucoup de préparation en observant des services similaires. Ç’a vraiment payé. Nous pensons seulement à ouvrir et à fermer plus tard en journée», précise-t-elle.

Réduction des méfaits

«Ce qu’on trouve, c’est que dans le coin détente, les utilisateurs sont plus à l’aise et s’ouvrent, souligne par ailleurs Mme Warren. C’est une possibilité de connaître les services de soutien qu’ils pourraient vouloir, en traitements, logement, etc.»

La directrice se félicite que plusieurs toxicomanes aient pris rendez-vous avec le travailleur social et l’infirmière praticienne affectés au lieu quelques heures par semaine. Elle déplore seulement que cette dernière doive se concentrer sur la lutte contre la COVID-19 pendant quelques mois.

«Grâce à l’infirmière praticienne, nous pouvons soigner tôt les usagers et prévenir des infections mortelles comme l’endocardite, qui coûte 55 000$ à soigner», explique Mme Warren.

Elle se réjouit en revanche de l’obtention d’une subvention de la Ville de Moncton pour l’embauche d’une personne de soutien pour les utilisateurs du centre d’injection.

«Elle peut se rendre avec eux en cour ainsi que les aider à prendre des rendez-vous et à s’en rappeler», détaille Mme Warren.

Voisinage tranquille

Elle affirme en outre qu’elle n’a pas reçu de plaintes de la part des voisins des locaux d’Ensemble Moncton, au coin des rues Weldon et Gordon.

Des conseillers municipaux ont soulevé des inquiétudes quant aux conséquences du centre d’injection sur la criminalité du quartier.

«Je m’implique dans ce projet depuis trois ou quatre ans, rappelle toutefois Mme Warren. Ce n’est pas comme s’il était apparu, pouf, comme ça. Il y a eu une grosse couverture médiatique et nous avons invité certains des voisins et les parties prenantes. Les gens ont donc été compréhensifs.»

Elle croit que c’est l’injection de drogue dans les lieux publics de Moncton, les parcs et les trottoirs par exemple, qui effraie la population.

La professeure en criminologie de l’Université de Moncton, Véronique Chadillon-Farinacci, a de toute façon affirmé que les centres d’injection supervisés réduisent les risques d’incivilités, en plus des risques d’infections et de surdoses.

Problème important

Le Nouveau-Brunswick a l’une des plus fortes proportions d’utilisateurs de drogues par injection au Canada.

Le problème empire peut-être dans le Sud-Est. Entre le premier avril 2020 et le 31 mai 2021, Ensemble Moncton a distribué plus de 625 000 seringues alors qu’elle en a donné 471 369 en 2019, soit 25% de moins.

Les problèmes sociaux causés par la toxicomanie dans la région de Moncton se font sentir jusque dans les réseaux de santé. Au Réseau de santé Horizon, 297 patients admis aux urgences de l’hôpital de Moncton en 2019 et 2020 l’étaient en raison d’une surdose.

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