Difficile d’évaluer les conséquences du remplacement du système de numéros de facturation par un comité interne de recrutement des médecins depuis 2019. Une chose est sûre, des citoyens de régions rurales veulent une décentralisation.

«Dans le Restigouche, il n’y a pas de recrutement. Peut-être des essais, mais qui ne vont nulle part, assène le maire de Charlo, Gaétan Pelletier, à propos de l’embauche de médecins de famille. Ce qui manque, ce sont des personnes qui recrutent localement.»

Le responsable de la santé à la Commission de services régionaux (CSR) Restigouche indique qu’il travaille avec Vitalité et l’hôpital de Campbellton pour trouver une stratégie de recrutement. Il aimerait notamment intéresser les étudiants en médecine à la région de Campbellton.

Plus à l’Ouest, le président du comité consultatif du Centre de santé communautaire du Haut-Madawaska, Jacques LeVasseur, tente de recruter deux médecins de famille depuis 2019 avec une approche semblable. Il contacte des docteurs et prépare du contenu promotionnel pour les étudiants en médecine.

«Nous avons une bonne collaboration avec les gens dédiés au recrutement à Vitalité», raconte-t-il aussi.

Responsabilité gouvernementale

Le ministère de la Santé se charge pourtant du recrutement des médecins dans la province depuis mars 2020, en théorie. Il valide ensuite l’affectation des candidats retenus dans un comité regroupant des représentants de la Société médicale du Nouveau-Brunswick et des réseaux de santé.

«Nous n’avons pas d’initiatives conjointes avec le gouvernement, constate cependant M. LeVasseur. Mais notre petit centre de santé ne pèse pas lourd dans la balance provinciale. Il faut un peu de patience.»

Il croit en tout cas que l’abolition du système de numéros de facturation, permettant au gouvernement de limiter le nombre de médecins s’installant dans les plus grands centres urbains jusqu’en 2019, nuit à son travail pour en embaucher dans le Haut-Madawaska.

«On a commencé nos efforts de recrutement en 2019. Ce n’est pas facile depuis», témoigne M. LeVasseur.

Il pense en outre que les encouragements fournis par la province aux fournisseurs de soins primaires pour qu’ils s’installent en milieu rural l’aident peu.

Les médecins peuvent obtenir l’incitatif maximum de 80 000$ sur quatre ans s’ils s’installent à plus de 40 km de Moncton, de Fredericton ou de Saint-Jean. Or, le Haut-Madawaska se trouve dix fois plus loin.

Le gouvernement tente de se faire rassurant.

«Comme il est indiqué dans le Plan provincial de la santé, les communautés et les fournisseurs deviendront des partenaires officiels du recrutement, indique le directeur des communications du ministère de la Santé, Bruce Macfarlane. De plus, les équipes de recrutement communautaire seront soutenues par un nouveau programme de subventions.»

Il justifie le retard dans la mise en œuvre de ce plan en pointant l’arrivée du variant Omicron de la COVID-19 et ses conséquences sur le système de santé.

Cercle vicieux au Nord

L’accès aux soins primaires reste en attendant un défi dans le Nord. Au Madawaska, si 85% des citoyens ont un médecin de famille, 56% d’entre eux ont visité les urgences dans l’année parce que leur docteur était indisponible, selon un sondage de 2020 du Conseil de la santé du Nouveau-Brunswick (CSNB).

D’après ces statistiques, la situation est juste un peu meilleure dans le Restigouche. Si 87% des citoyens y ont un médecin de famille, 47% d’entre eux ont visité des urgences dans l’année parce que leur docteur était indisponible.

À titre de comparaison, la proportion est de 31% dans le Sud-Est et de 38% dans la région de Saint-Jean-Fundy.

Pourtant, le nombre de fournisseurs de soins primaires pour 10 000 habitants dans le Restigouche est de 19 contre 11 au Nouveau-Brunswick. Ils effectuent cependant deux fois moins de visites par an que dans la région de Saint-Jean-Fundy, par exemple.

«Les médecins de famille travaillent aussi à l’hôpital, explique M. Pelletier à propos de la zone 5. Mon épouse y pratique une semaine sur quatre et d’autres font une semaine supplémentaire dans la salle d’urgence. S’ils veulent avoir le droit d’envoyer leurs patients faire des tests, ils doivent se faire accepter la régie.»

Cette réalité crée un cercle vicieux dans tout le Nord, selon le CSNB. Si un fournisseur de soins primaires travaille seulement trois jours par semaine à son cabinet, ses patients iront peut-être aux urgences, dont les responsables feront peut-être davantage appel aux médecins de famille.

Les incitatifs financiers ne suffisent pas

«Ça sera intéressant de voir si le nouveau système permettra plus de recrutement et de rétention des médecins de famille dans les régions rurales du Nord», dit la professeure en gestion des services de la santé à l’Université de Moncton, Claire Johnson.

En attendant, la chercheuse étudie les stratégies pour attirer et retenir les fournisseurs de soins primaires hors des centres urbains. Elle constate que les recruteurs doivent prendre en compte de nombreux facteurs.

«Il est donc probablement bien d’avoir un comité qui se penche sur la question», estime l’universitaire.

Mme Johnson affirme que les incitatifs financiers ont des effets de courte durée seulement. Elle note par ailleurs l’importance chez un candidat d’un sentiment d’appartenance à la communauté ainsi que d’un goût pour la variété de cas, pour les longues relations avec les patients, pour les horaires flexibles et pour l’autonomie.

«Les études mettent aussi en évidence que les activités pour les enfants et un emploi pour les partenaires sont également importants pour la rétention en milieu rural», ajoute la professeure.

Elle souligne enfin l’importance d’un réseau de collègues pour un développement professionnel à long terme.

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