Blâmé d’être à l’origine d’une éclosion de COVID-19 dans le Restigouche au printemps 2020, le Dr Jean-Robert Ngola traîne à son tour la province du Nouveau-Brunswick en justice.

L’équipe du Dr Ngola a déposé, jeudi, un avis de poursuite à l’endroit du gouvernement du Nouveau-Brunswick, de la GRC ainsi que de Facebook.

En juin dernier, le Dr Ngola a vu l’accusation portée contre lui par le ministère public être abandonnée. Ancien médecin généraliste à Campbellton, il était accusé de ne pas s’être conformé à la Loi sur les mesures d’urgence du Nouveau-Brunswick. Plus précisément, on lui reprochait d’avoir omis de s’isoler à la suite d’un voyage effectué à l’extérieur de la province, soit à Montréal où il était parti chercher sa fille.

À son retour, il a testé positif au virus. Celui-ci a néanmoins toujours réfuté être le fameux patient zéro.

Au moment de l’éclosion par contre, son nom a rapidement fait le tour des médias sociaux, ce qui lui a valu plusieurs commentaires haineux et racistes. En point de presse à l’époque, le premier ministre du Nouveau-Brunswick lui-même (Blaine Higgs), avait fait référence à lui en le qualifiant – sans le nommer – de «professionnel de la santé irresponsable.»

Craignant pour sa sécurité et celle de sa famille, il affirme ne pas avoir eu d’autre choix que de quitter la province. Il pratique désormais à Louiseville, non loin de Trois-Rivières, au Québec.

À la suite de l’abandon de la poursuite, les avocats du docteur ont réclamé à quelques reprises des excuses de la part du premier ministre Higgs, mais sans succès. En concertation avec leur client, ils ont donc convenu de poursuivre à leur tour.

En point de presse jeudi, l’avocat Joël Étienne, qui représente les intérêts du Dr Ngola, a souligné que les gens du Restigouche sont fondamentalement bons et qu’ils ne sont pas en cause dans cette histoire. Selon lui, le principal antagoniste est plutôt le gouvernement du Nouveau-Brunswick, et particulièrement son leader, le premier ministre.

«La discrimination à laquelle a fait face notre client n’est pas venue de la base, mais directement d’en haut. C’est ce qui fait que ce dossier est très différent des autres. Les institutions qui se devaient de protéger le docteur ont failli à leur tâche», estime-t-il, clamant que le bureau du premier ministre s’est ingéré dans le processus judiciaire. Ces actions auraient ainsi contribué à l’instauration d’un climat toxique pour M. Ngola qui aurait mené à son départ.

Autre avocat de l’équipe, Christian Michaud a pour sa part qualifié le comportement du gouvernement Higgs dans ce dossier de digne de l’ère Duplessis, ce premier ministre québécois qui avait l’habitude de contourner les règles pour en arriver à ses fins.

«Il y a eu des dérapages commis par le premier ministre. Alors qu’il devait agir avec circonspection et ne pas tirer de conclusion hâtive, il a fait l’inverse. Il a créé de toute pièce un coupable. Lorsqu’on est un chef d’État, on ne peut pas abuser de nos pouvoirs de la sorte pour faire avancer ses propres fins politiques, comme l’a fait ici le premier ministre Higgs», soutient-il, disant au passage espérer que la population du Nouveau-Brunswick réalise la gravité des gestes commis par le gouvernement.

Présent au point de presse, le Dr Ngola a tenu à prendre la parole. «Je veux la justice», s’est-il empressé de souligner.

«Il s’agit d’une bataille pour nos droits, la dignité humaine et contre le racisme. J’ai été victime d’une grande injustice, d’une déshumanisation de ma personne. Je n’en veux nullement à la population du Nouveau-Brunswick, à cette sympathique population acadienne et autres Restigouchois. J’ose croire que plus jamais un citoyen de notre pays ne subira un traitement aussi dégradant», a-t-il ajouté, précisant que sa cible était le gouvernement provincial, la GRC et Facebook.

La poursuite a été déposée jeudi et sera traitée au cours des prochains mois. Elle portera sur des principes constitutionnels et de poursuite malveillante (de la part de la province).

En ce qui a trait à la GRC, on estime que le corps policier se serait acharné sur le cas du docteur et que leurs actions frôlaient le profilage racial. L’inclusion de Facebook (META) dans la poursuite touche pour sa part au fait que le média social aurait contribué à la propagation de propos haineux et diffamatoires à l’endroit du docteur.

Les avocats recherchent des mesures de redressement ainsi que des éléments de justice réparatrice, dont un énoncé du premier ministre qui reconnaît son erreur. Aucun montant d’argent n’a par contre été spécifié.

L’Association multiculturelle derrière le docteur

Dans sa bataille, le Dr Ngola peut compter sur de nombreux appuis. Ceux de nombreux collègues notamment, mais aussi celui de l’Association multiculturelle du Nouveau-Brunswick. Lui-même originaire d’Afrique, son président, Moncef Lacouas, s’est dit choqué du traitement réservé au docteur.

Pour lui, il s’agit d’une histoire à succès qui a malheureusement tourné au cauchemar.

«C’est une personne qui, comme plusieurs autres, a tout laissé derrière pour venir s’installer au Nouveau-Brunswick et faire de cette terre la sienne. Il a servi la population du mieux qu’il pouvait, avec son âme et son cœur. Il contribuait à sauver des vies, mais des préjugés sont venus ternir cette histoire, et ce qu’il a dû endurer, au cours des deux dernières années, je ne le souhaite à personne», exprime-t-il.

Celui-ci poursuit en avouant que la lecture de nombreux commentaires tirés des médias sociaux dans les heures qui ont suivi la diffusion de son nom comme étant le patient zéro – des captures d’écran contenant des messages haineux et racistes – l’a particulièrement troublé. L’organisation apporte son soutien inconditionnel au docteur dans sa croisade.

«Ce combat, vous ne le menez pas seul. La communauté est derrière vous», a-t-il assuré.

Selon celui-ci, il faut que les torts causés au docteur soient rectifiés, que des excuses formelles lui soient données et surtout il faut s’assurer que cette situation ne se répète jamais dans l’histoire du Nouveau-Brunswick.

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