Le Moncton Hospital. - La Presse canadienne: Ron Ward
Des critères trop flous pour justifier le retour en phase 2?
Les partis d’opposition dénoncent le flou entourant les critères établis par la province afin de justifier un retour à la phase 2 du plan de gestion hivernal de la COVID-19, une situation qui leur fait craindre un relâchement des mesures sanitaires pour des motifs politiques.
Il y a bientôt deux semaines, le gouvernement de Blaine Higgs décidait de faire passer la province à la phase 3 de gestion de la pandémie, une mesure visant à faire freiner les hospitalisations liées à la crise sanitaire.
Le jour de cette annonce, la province avait atteint un nouveau sommet avec 104 Néo-Brunswickois hospitalisés en raison de la COVID-19.
Selon les critères prévus dans le plan de gestion hivernal de la COVID-19, présenté par la Santé publique le 3 décembre, ce taux d’hospitalisation justifiait un passage de la phase 2 à la phase 3.
En effet, le plan prévoit notamment un passage de la phase 2 à la phase 3 lorsque Nouveau-Brunswick connaît une augmentation de la moyenne sur 7 jours du nombre de nouveaux cas, un taux de positivité de 15% dans la province ou dans une même zone, 100 hospitalisations actives ou 50 patients admis aux soins intensifs.
Le plan est toutefois beaucoup moins détaillé en ce qui a trait au retour vers la phase 2 ou la phase 1. Il prévoit simplement un retour à niveau de gestion moins élevé lorsque la province observe une diminution de la moyenne sur 7 jours du nombre de nouveaux cas et de nouvelles admissions à l’hôpital. Ces diminutions ne sont toutefois pas chiffrées.
Risque d’ingérence politique
Roger Melanson, chef par intérim du Parti libéral, s’inquiète de ce «flou.»
«Il y a des cibles très bien définies pour la phase 1, la phase 2 et la phase 3 alors que les cibles sont beaucoup moins précises pour revenir en arrière. Pourquoi? C’est très surprenant», s’étonne-t-il.
M. Melanson craint que le manque de détails du plan hivernal donne au premier ministre le loisir «de prendre une décision politique et non pas une décision de Santé publique.»
Le chef du Parti vert, David Coon, abonde dans le même sens.
«On peut se demander si ces critères ne visent qu’à justifier les décisions politiques du gouvernement. Or, en temps de pandémie, c’est très important que les citoyens aient confiance dans les mesures mises en place par la Santé publique», dit-il.
Alors que le premier ministre a récemment indiqué qu’il était déterminé à déconfiner la province à la fin du mois comme prévu, M. Coon estime que le gouvernement doit d’abord montrer patte blanche et rassurer les citoyens que c’est la bonne décision.
«On est passé à la phase 3 pour alléger la crise dans les hôpitaux parce que les dirigeants des réseaux de la santé l’avaient demandé. Qu’est-ce qui se passe maintenant? On ne le sait pas parce qu’en réalité, on ne nous donne plus beaucoup d’informations. Ce serait important que les PDG d’Horizon et de Vitalité parlent à la population pour faire le point sur la situation dans les hôpitaux.»
Des critères établis à titre indicatif
Invité à préciser pourquoi il existe aussi peu de détails sur le retour à une phase de niveau inférieur, le ministère de la Santé a indiqué que l’atteinte des critères définis dans le plan de gestion hivernal de la COVID-19 ne s’accompagne pas systématiquement d’un changement de phase.
Par exemple, si le Nouveau-Brunswick connaît une augmentation de la moyenne sur 7 jours du nombre de nouveaux cas ou atteint le seuil des 100 hospitalisations – deux des critères établis pour le passage de la phase 2 à la phase 3 – la Santé publique déclenche d’abord une évaluation de risques.
«Ces indicateurs ne sont pas utilisés pour déclencher le passage à une autre phase, a indiqué dans un courriel Bruce Macfarlane, directeur des communications du ministère de la Santé. Les indicateurs déclenchent une évaluation des risques qui permet de déterminer si la province ou la région doit passer de la phase 2 à la phase 3.»
D’après le ministère, l’évaluation des risques tient également compte de l’état de santé du système, notamment les ressources en personnel, l’évolution des données et la volonté et la santé mentale du public.
Lorsque vient le temps de passer à une phase d’alerte inférieure, les facteurs pris en compte sont la diminution du nombre de nouveaux cas et de nouvelles admissions à l’hôpital, ainsi que la stabilité globale du système de santé sur le plan des ressources.
«Nous continuons de surveiller le nombre moyen de cas sur sept jours et le nombre moyen d’admissions à l’hôpital sur sept jours, ajoute M. Macfarlane. Les critères existent pour indiquer quand une évaluation des risques peut avoir lieu; toutefois, le ministère de la Santé surveille la situation quotidiennement et peut prendre des décisions en tenant compte de nombreux autres facteurs.»


