Pour le meilleur et pour le pire, le web est une source incontournable d’informations, à condition de bien savoir l’utiliser. Un professeur universitaire souhaite que les jeunes, dès le secondaire, se familiarisent davantage avec cet univers dans le cadre de leurs travaux et recherches.

Robert Levesque, chef du secteur Éducation, kinésiologie et récréologie à l’Université de Moncton, campus d’Edmundston, estime que la majorité des jeunes qui arrivent du secondaire n’ont pas développé beaucoup de notions en ce sens.

M. Levesque donne le cours d’initiation aux études universitaires. Ce cours aborde des éléments comme la gestion du temps, la prise de notes, la pertinence des recherches ainsi que la fraude et le plagiat.

«J’ai toujours le même commentaire des étudiants. C’est que l’on n’a pas assez mis l’accent sur le plagiat au niveau de la prise d’informations sur internet. Arrivé à l’université, on a un comportement qui est considéré anodin, mais qui peut apporter des conséquences plus sérieuses.»

«Il faut que les jeunes comprennent que même si ça peut sembler plus abstrait que de voler un objet qui est physiquement là, prendre la création d’auteurs ou de photographe sans leur donner le crédit qui leur revient, c’est du vol quand même.»

Le professeur est d’avis que le travail de sensibilisation doit se faire aussi tôt que le primaire.

«À partir du moment où l’enfant commence à faire des présentations orales avec PowerPoint, par exemple, ils vont chercher du texte ou des images sur internet la plupart du temps. Il faut prendre l’habitude de copier-coller la source et même d’avoir une bibliographie.»

«Ç’a l’air banal, mais c’est ce qui commence à protéger les enfants des risques de plagiat.»

La présidente du conseil d’éducation du District scolaire francophone du Nord-Ouest, Francine Cyr, abonde dans le même sens. Cette dernière dit croire à l’importance du développement de l’esprit critique dès un jeune âge.

«Évidemment, les élèves ne sont pas tous au même niveau à ce sujet, car certains ont eu l’occasion de développer cet esprit critique à la maison. Il y en a d’autres qui n’ont pas trop eu l’occasion de donner leur opinion.»

Sensibilisation à la désinformation

Selon Robert Levesque, cet esprit critique doit aussi englober aussi le phénomène de la désinformation, communément appelé «Fake News».

«On a même un cours à l’Université de Moncton qui traite de ça. Quand on est rendus là, ça démontre l’importance de développer l’esprit critique chez les élèves. Il faut qu’ils soient conscients de la pertinence de ce qu’ils lisent.»

«Les jeunes ont plus de responsabilités en ce sens, car ils sont exposés à des sources différentes qui n’existaient pas il y a 20 ou 30 ans. On a beaucoup d’informations au bout des doigts, mais il y a un prix à payer et c’est le développement d’un esprit critique pour évaluer tout ça (…) Il y a encore une certaine difficulté à évaluer la crédibilité des sources.»

Malgré tout, quelques cours sont offerts au secondaire afin de mieux préparer les élèves.

«On a un petit cours au secondaire qui s’intitule Préparation aux études universitaires. On parle un peu de ces choses-là. Je constate que ceux qui ont suivi ce cours-là, ça fait une différence de leur côté.»

Les cours de formation personnelle et sociale (FPS) abordent aussi ces thématiques.

De son côté, Francine Cyr estime que cette facette du développement de l’élève devrait se retrouver dans toutes les matières enseignées à l’école.

«Ce serait bien que les jeunes aient tous les outils pour détecter la mauvaise et la bonne information.»

De son côté, le directeur général du District scolaire francophone du Nord-Ouest, Luc Caron, soutient que les écoles essaient de travailler sur l’esprit critique des jeunes de façon large.

«Cela permet des échanges pour susciter cette réflexion chez nos jeunes pour développer davantage cette pensée critique-là face à des sources d’informations qui sont plus ou moins véridiques.»

«Cela ne se fait pas que dans un cours. C’est une culture qui doit se développer dans l’ensemble du système.»

Un travail difficile à évaluer

Une composante liée à la pensée critique se retrouve d’ailleurs dans le Profil de sortie d’un élève du système scolaire acadien et francophone du Nouveau-Brunswick.

Le document, publié en 2016, indique notamment que l’élève doit s’appuyer sur des arguments fondés, nuancés et réfléchis, doit construire ses savoirs en confirmant, infirmant ou modifiant ses représentations et doit favoriser un engagement citoyen et le développement d’un sens éthique.

Même s’il est conscient de l’importance de développer cette culture dans l’ensemble du système, M. Caron estime que l’évaluation de ces composantes n’est pas chose facile.

Ce dernier est donc d’avis que le développement de l’esprit critique des élèves passe par situations au quotidien afin de voir si les élèves ont développé des compétences.

Cependant, le district scolaire ne possède pas encore un outil quelconque d’évaluation à cet effet.

«Le fait d’intégrer ça davantage dans nos pratiques quotidiennes en enseignement est une chose, mais nos pratiques évaluatives ne suivent pas toujours le pas. Ça devient difficile d’évaluer des compétences du genre, car il faut vraiment sortir du cadre d’évaluation traditionnelle.»

Dans cette optique, M. Caron croit que la créativité des enseignants doit être mise à profit lorsque vient le temps d’évaluer l’esprit critique des jeunes.

«On le fait, ça se passe dans nos écoles. Mais dans le cas des pratiques évaluatives, c’est là que c’est plus complexe.»

Dans le contexte où la technologie fait de plus en plus sa place en milieu scolaire, surtout depuis le début de la pandémie, le directeur du DSFNO croit que ces nouveaux outils peuvent aider au développement de la pensée critique. Cependant, il soutient que la machine ne viendra pas remplacer l’enseignant.

«L’enseignant doit s’assurer que l’éducation est prise avec l’utilisation de ces outils pour capitaliser sur le développement de compétences comme la communication, la pensée critique et j’en passe.»

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