Blaine Higgs et celui qui était alors maire de Caraquet, Kevin Haché, le 15 août 2018. - Archives
Blaine Higgs ne se rend pas souvent dans le Nord
Blaine Higgs a effectué seulement 12 visites officielles dans le nord de la province de novembre 2018 à janvier 2022. C’est trop peu, selon plusieurs élus de la région. À titre de comparaison, le premier ministre a effectué un total de 37 visites à Saint-Jean et à Moncton pendant la même période.
«C’est décevant, c’est la seule chose qu’on peut dire, soupire le maire de Campbellton, Ian Comeau. Il ne vient pas voir dans le Nord ce qu’on a besoin. Mais ça ne me surprend pas.»
L’élu indique que d’autres ministres provinciaux ont refusé de se déplacer jusqu’à sa ville du Restigouche afin de discuter de justice, d’éducation et de santé.
«Ils nous ont répondu, mais ils ne peuvent pas nous rencontrer alors c’est ça que c’est, le Nord. C’est une région oubliée par le gouvernement», lâche M. Comeau.
Il admet toutefois que le ministre des Gouvernements locaux et de la Réforme de la gouvernance locale, Daniel Allain, s’est rendu dans sa ville.
«Il se montre ouvert aux discussions concernant la réforme, mais tu sais, la réforme, c’est plus que le ministre Allain, c’est la province du Nouveau-Brunswick, relativise M. Comeau. Lorsque la réforme sera faite, je suis sûr que M. Higgs sera là pour des photos.»
L’agenda professionnel du premier ministre, obtenu par l’Acadie Nouvelle grâce à une demande d’accès à l’information, comporte en fait l’indication d’une visite à Campbellton, le 3 mai 2019, pour une table ronde. M. Higgs s’est rendu trois autres fois dans le Restigouche: à Dalhousie, à Kedgwick (au pavillon de pêche Larry’s Gulch) et à Saint-Quentin.
Le premier ministre a en revanche ignoré le Madawaska, particulièrement touché par la pandémie de COVID-19.

«Blaine Higgs est certainement venu une fois à Edmundston [en janvier 2020], dans le cadre d’un voyage en motoneige, accompagné de Robert Gauvin. Il est aussi venu durant les élections en 2018», temporise le maire du Haut-Madawaska, Jean-Pierre Ouellet.
L’ancien ministre de Richard Hatfield insiste néanmoins sur la nécessité pour un chef de gouvernement provincial d’aller en dehors des grandes villes. Des habitants et des groupes de pression ont ainsi la possibilité d’exprimer leur point de vue, selon lui.
«C’est certain que Blaine Higgs devrait consacrer un minimum de temps aux déplacements, affirme M. Ouellet. C’est important pour la population. C’est aussi important pour le gouvernement de comprendre les enjeux qui existent dans les régions. Je peux vous dire que le premier ministre Hatfield est souvent venu dans le Madawaska.»
Le maire de Caraquet, Bernard Thériault, croit que M. Higgs «a peur» de se déplacer dans le nord du Nouveau-Brunswick. Tous les candidats progressistes-conservateurs ont échoué à s’y faire élire durant le scrutin provincial de 2020.
«Les deux dernières élections se sont faites avec une perception très, très négative du premier ministre dans les régions francophones, rappelle M. Thériault. Mais on n’a pas l’impression qu’il fait quoi que ce soit pour sortir de cette image négative.»
L’ancien ministre de Frank McKenna dit que les communautés du Nord auraient besoin de rencontrer plus de membres du gouvernement provincial, même s’il se réjouit de la disponibilité des hauts fonctionnaires, notamment ceux du cabinet du premier ministre.
«Il y a quelques ministres qui sont venus et qui ont été bien traités, mais M. Higgs semble ne pas être trop friand de traverser la rivière Miramichi, alors qu’il aurait avantage à le faire», estime M. Thériault.
Gouverner de haut
Le maire Thériault avance que M. Allain assure presque à lui seul la représentation gouvernementale dans les régions francophones.
«Il est venu à plusieurs reprises à Caraquet. Il retourne nos appels dans les dossiers de fusion et de subventions. Il est à tous les événements. Lui, il mérite une bonne note pour sa disponibilité», félicite M. Thériault.
Daniel Allain s’est exclamé que la politique est «la business des gens», durant un entretien avec l’Acadie Nouvelle en décembre 2021. Il a précisé avoir parcouru 50 000 km dans la province en quelques mois afin de prendre le pouls des élus municipaux et des habitants des DSL.
«C’est un politicien beaucoup plus populiste que Higgs, dans le bon sens du terme. Il fait sa politique à partir de la base. M. Higgs est davantage un technocrate qui voit le gouvernement comme une agence de gestion», commente M. Thériault.
Les libéraux réclament de l’empathie
«Higgs est le premier ministre qui a le moins d’empathie que je connaisse», assène la cheffe adjointe du Parti libéral du Nouveau-Brunswick, Isabelle Thériault.
Elle avance que les précédents chefs du gouvernement provincial, y compris les progressistes-conservateurs, avaient tous un plus grand souci d’équité et d’attention envers les différentes communautés.
«On aimerait avoir un premier ministre pour toute la province, qui réalise que nos différences sont nos richesses et que notre diversité est notre force», clame Mme Thériault.
La députée de Caraquet a très peu vu M. Higgs dans la Péninsule acadienne. Elle en déduit qu’il manque d’une volonté d’apprendre à connaître les gens qui y vivent et de comprendre la pertinence de la vie rurale.
«On se sent constamment mis à part, se plaint-elle. Nous sommes des citoyens de deuxième classe et ça se décline de plusieurs façons.»
Elle cite en vrac le manque de communication en français pendant la pandémie, le remplacement du Fonds du Nord par le Fonds pour l’économie rurale et la tentative de fermeture d’urgences en milieu rural pendant la nuit, par exemple.
Le gouvernement blâme la COVID-19
«Je tiens à souligner que les déplacements étaient très limités après le passage de la pandémie de COVID-19, rétorque la directrice des communications du cabinet du premier ministre, Nicolle Carlin. Pendant cette période, des réunions virtuelles ont été organisées régulièrement avec des groupes et des individus dans toute la province, y compris dans la région du Nord.»
M. Higgs a assuré en décembre que son gouvernement considère toutes les régions de la province sur un pied d’égalité, en prenant l’exemple de la réforme de la gouvernance locale.


