La réalité du manque de travailleurs frappe durement. Que ce soit à Moncton, à Saint-Jean ou plus encore dans la Péninsule acadienne. Que ce soit dans de grands commerces ou dans des PME. Les postes à pourvoir sont nombreux, mais les candidats se font rares. La situation est très préoccupante et la solution devra nécessairement passer par l’immigration permanente, selon deux analystes économiques.

Par exemple, une épicerie à grande surface de Caraquet requiert rapidement des caissiers à temps plein ou à temps partiel. Non loin de là, un autre petit commerce de services cherche désespérément quelqu’un pour permettre aux propriétaires de prendre quelques heures de répit.

«On a mis une affiche d’embauche devant notre magasin, mais on n’a personne. Et allez voir ailleurs, c’est partout comme ça», nous dit une responsable de commerce sous le couvert de l’anonymat.

Yves Bourgeois, doyen des études à l’Université de Moncton campus de Shippagan et PhD en économie, voit tout ça aller avec un œil inquiet.

On l’approche souvent pour lui dire que c’est difficile d’accéder au marché du travail dans la région. Parce que les entreprises demandent des employés ayant une certaine compétence. Parce qu’un salaire horaire de 15$ ne suffit pas pour acheter une deuxième voiture dans un ménage.

«On voit des initiatives d’amener des travailleurs étrangers sur une période limitée, spécialement dans les usines de transformation de poisson, parce que ces mêmes usines ont de la difficulté à trouver à proximité des travailleurs capables d’exécuter certaines tâches. C’est beaucoup plus complexe que de croire simplement que les gens de la Péninsule acadienne ne veulent pas travailler», estime l’économiste, en admettant que ce mythe est tenace.

Louis-Philippe Gauthier, directeur pour le Nouveau-Brunswick pour la Fédération canadienne des entreprises indépendantes, voit aussi cette réalité, cette pénurie de main-d’œuvre partout en Atlantique.

«Ce n’est pas nouveau, mais la pandémie a empiré la situation. Les entreprises affichent des postes et personne ne répond. C’est encore pire en période estivale ou pendant les Fêtes. Cela augmente le risque de voir fermer des PME», voit-il sur le terrain.

Une demande d’embauche parmi plusieurs affiches à l’entrée d’un restaurant à Caraquet. – Acadie Nouvelle: Réal Fradette

Un frein au développement

Ce manque d’employés a aussi un effet direct pour les propriétaires de petites ou moyennes entreprises. Selon un sondage mené récemment par l’organisation, l’accès à une main-d’œuvre qualifiée est le frein principal au développement.

Près de deux entrepreneurs sur trois disent qu’ils ne recommanderaient pas à leurs enfants de se lancer en affaires.

«La réalité est qu’une entreprise doit réagir si elle n’a aucun candidat pour un emploi. Si elle n’a pas assez de monde, elle ne peut pas faire rouler la business. Ajoutez à cela de jeunes diplômés universitaires qui se sont endettés pendant quatre ans pour une formation spécialisée et qui ne veulent pas avoir un emploi à 15$ l’heure, ça explique l’étendue du problème», fait-il mention.

Ramener les jeunes en région est un énorme défi, précise M. Bourgeois. D’un autre côté, les employeurs ont parfois des demandes démesurées, ajoute-t-il. Ils veulent des jeunes prêts, sans formation préalable et ils n’ont pas toujours la patience pour les garder, a-t-il remarqué.

«Nous faisons face à un mythe qui dit que la Péninsule acadienne ne veut pas travailler contre une réalité qui montre que les ambitions des jeunes diplômés sont décalées. Ils n’ont pas de réseaux, ils ne connaissent pas les employeurs et ils ne cognent pas aux bonnes portes. Il faut les exposer davantage aux entrepreneurs.»

Correction par défaut

Dans ces conditions, nos deux intervenants en arrivent à la même conclusion: l’immigration permanente viendra corriger par défaut une bonne partie du problème.

Ce discours est davantage présent dans les communautés. Saint-Isidore se prépare à dérouler le tapis rouge pour 40 familles marocaines qui viendront combler des postes libres chez l’usine d’Oxford Frozen Foods de Tilley Road.

«Il n’y a pas de solution simple ou rapide, consent Louis-Philippe Gauthier. À l’exception de demander au gouvernement fédéral d’assouplir les règles afin que les entreprises puissent bénéficier de l’immigration permanente. Actuellement, seule une entreprise de la taille d’Oxford peut avoir les moyens de le faire. C’est déjà un défi de les amener, mais c’est encore plus difficile de les garder. Quand on réussit, ça engendre un effet d’entraînement positif dans le milieu des affaires. Ces gens ne viennent pas voler des emplois; c’est un argument totalement farfelu.»

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