Le député Kris Austin, le premier ministre Blaine Higgs et la députée Michelle Conroy. - Acadie Nouvelle: Alexandre Boudreau
Défection de la People’s Alliance: «un recul», selon l’opposition
L’accueil des deux députés qui ont quitté la People’s Alliance au sein du gouvernement a monopolisé la période de questions à l’Assemblée législative, jeudi. Des députés des partis d’opposition s’inquiètent des effets de ce changement de camp sur les droits linguistiques.
Kevin Arseneau, député du Parti vert, estime que la présence de Kris Austin et Michelle Conroy au sein du parti au pouvoir signifie que les droits linguistiques de la minorité francophone sont menacés.
«Ça signe au mieux une stagnation des droits, mais je garantis que ça va être un recul. Ça va être des reculs très subtils, mais ce seront des reculs quand même», affirme M. Arseneau.
Kris Austin et Michelle Conroy ont dissous la People’s Alliance et ont rejoint les progressistes-conservateurs de Blaine Higgs. Ils ont déjà réclamé l’élimination du poste de Commissaire aux langues officielles et la fin de la dualité en santé et en éducation.
Michelle Conroy a affirmé jeudi, à la radio de la CBC, que ses valeurs étaient toujours intactes.
Kevin Arseneau qualifie la décision des progressistes-conservateurs de «désolante». Il croit que les deux députés pourront maintenant exprimer leurs opinions «derrière les portes closes», au lieu de le faire sur la place publique.
«C’est là que je dis que j’aime mieux les voir venir et les forcer à prendre position. Ils vont pouvoir dire les mêmes choses et aller encore plus loin derrière les portes closes, d’influencer des politiques publiques camouflées.»
Roger Melanson, chef libéral, abonde dans le même sens.
«Ce qu’on peut croire, c’est qu’ils croient encore à ce qu’ils ont dit dans le passé. Ces deux personnes-là sont dans le gouvernement. (…) Il va y avoir encore plus d’influence sur les décisions du gouvernement», croit Roger Melanson.
Même si Blaine Higgs affirme le contraire, Roger Melanson croit que le premier ministre a promis un poste de ministre à l’ancien chef de la People’s Alliance.
«C’est une question de semaines ou de jours selon moi.»
Kris Austin a aussi affirmé à la CBC qu’il n’avait reçu aucune promesse de la part de Blaine Higgs, mais qu’il serait ouvert à un poste ministériel à l’avenir.
Des «patates pourries»
Roger Melanson s’en est pris aux deux députés pendant la période de questions.
«Ce qui est arrivé hier, c’est le concept de la patate pourrie. Lorsqu’on met une patate pourrie dans un hangar à patates, ça pourrit les autres patates», a-t-il lancé en parlant des deux transfuges.
Le premier ministre a exprimé son désaccord en défendant ses deux nouveaux députés.
«Nous avons travaillé de très près avec eux parce qu’ils voulaient généralement bien faire pour cette province, et je suis très fier des deux individus qui se sont joints à nous. (…) Ils ne renient pas les positions prises par le passé, mais ils acceptent aussi les principes de notre parti.»
Il a plutôt accusé le Parti libéral de semer la division sur l’enjeu de la langue.
D’après le premier ministre, la fin de la People’s Alliance devrait plutôt servir à «réduire les tensions linguistiques».
La People’s Alliance s’est attirée des partisans «de la frange» politique, d’après Higgs. Mais il estime qu’il existe «des extrémistes» dans tous les partis.
«Peut-être qu’on devrait essayer de comprendre ce qui a causé la création de ce parti, ce qui a causé ces points de vue extrêmes, et de trouver comment mitiger ça à l’avenir. En grande partie, il s’agit d’une démarche du gros bon sens pour ce que nous croyons, pour aller de l’avant», affirme Higgs.
Une journaliste a demandé au premier ministre s’il y a des changements à faire à la façon dont la dualité linguistique fonctionne au N.-B., comme l’affirme Kris Austin.
«Il y a place à des améliorations comme on l’a vu dans le rapport sur l’éducation», a-t-il répondu en parlant du fait que la majorité des jeunes anglophones reçoivent leur diplôme d’études secondaires sans être bilingues.
Sans aller dans le détail, il a aussi affirmé qu’il y a «un équilibre» à atteindre en matière d’exigences linguistiques pour l’obtention d’un emploi, particulièrement dans le secteur des soins de santé.
Il a ajouté que le bilinguisme officiel représente une opportunité pour le N.-B. d’attirer plus d’immigrants.
Les deux nouveaux députés progressistes-conservateurs ne se sont pas présentés en mêlée de presse jeudi avant-midi pour commenter sur le sujet.


