Le 5 avril 2020, le Réseau de santé Vitalité interrompait temporairement le service d’obstétrique de l’Hôpital régional de Campbellton, faute de spécialistes en nombre suffisant pour assurer le service. Deux ans plus tard, il est toujours impossible d’accoucher dans la région et les perspectives de réouverture à court terme sont peu encourageantes.

En avril 2020, Vitalité annonçait la fermeture de ce département à l’Hôpital régional de Campbellton (HRC). À l’époque, la direction du réseau imputait cette situation à un manque de pédiatres dans le nord de la province ainsi qu’à l’absence de médecins suppléants, notamment en raison de la pandémie de la COVID-19. La situation devait être réévaluée périodiquement.

Elle dure depuis maintenant deux ans.

Conséquence de cette décision, les femmes enceintes du Restigouche ont traversé le pire de la pandémie en devant accoucher hors de leur région, soit à l’Hôpital régional Chaleur, celui d’Edmundston ou encore l’Hôpital de Maria (pour les femmes enceintes de la partie ouest d’Avignon en Gaspésie).

«Non seulement la situation ne s’est pas améliorée depuis la fermeture temporaire du service, mais elle s’est détériorée au cours de ces deux années. En fait, on est loin, à ce moment-ci, d’avoir une équipe suffisante pour assurer la couverture de ce service et pouvoir le rouvrir», soutient la Dre Anick Pelletier, directrice médicale du service mère-enfant au sein du Réseau de santé Vitalité.

Elle note que la région a perdu l’un de ses deux pédiatres. Durant cette période, le réseau a également perdu des ressources infirmières spécialisées dans le secteur mère-enfant. Bref, les écarts se sont donc creusés entre les besoins et la disponibilité au lieu de rétrécir.

Selon elle, le réseau de santé a bel et bien tenté de pallier la situation au cours des 24 derniers mois, mais les efforts de recrutement n’ont pas été fructueux. La pandémie de la COVID-19 figure parmi les facteurs qui ont nui à ces efforts.

Aujourd’hui, bien que la situation soit encore plus complexe, Vitalité affirme ne pas avoir jeté l’éponge. On dit poursuivre les efforts afin de recruter des spécialistes et rétablir les services d’obstétrique à Campbellton.

N’empêche, la tâche, prévient-on, est colossale. Pour y arriver, il faudrait recruter, au minimum un pédiatre, un gynécologue, deux médecins accoucheurs, en plus de quelques infirmières formées en obstétrique. Tout ça, bien entendu, dans un contexte de pénurie. Si tous ces éléments tombaient en place du jour au lendemain, Vitalité assure que le service reprendrait.

Selon la Dre Pelletier, bien que l’acte d’accoucher ne puisse actuellement être offert à Campbellton (à moins d’une situation d’urgence), on précise que l’établissement demeure en mesure de proposer certains services d’obstétriques prénataux et postnataux en partenariat avec les spécialistes de la région Chaleur.

Manque de volonté

Avant la fermeture en 2020, le service d’obstétrique était passablement occupé. D’avril 2018 à mars 2019, 235 naissances ont été répertoriées à l’HRC. L’année suivante, durant la même période, on en dénombrait 162 (incluant un mois de fermeture complète du service).

Ces statistiques font dire au député de Campbellton-Dalhousie, Guy Arseneault, que le besoin pour ce département dans la région est essentiel. À plusieurs reprises, il s’est levé en chambre afin de dénoncer son retrait à l’HRC.

«C’est troublant et inacceptable. C’est le seul hôpital régional de la province à ne pas proposer ce service aux femmes enceintes», clame le député.

S’il concède que les temps sont difficiles en matière de recrutement, il n’achète pas cet argument de Vitalité comme seule excuse, surtout sur une période de deux années. Selon lui, le réseau a laissé traîner la situation. Du coup, il ne se surprend pas du fait qu’elle s’est détériorée.

«On dit souvent quand on veut, on peut. Et bien dans ce cas-ci, c’est clair qu’il y a eu un manque de volonté de Vitalité de doter la région de ce service. On ne veut simplement pas remettre ce service en place, ce n’est pas une priorité pour Vitalité. Ils ne sont pas créatifs et préfèrent prendre la voie la plus simple, celle de la fermeture», indique le député qui déplore le manque de considération du réseau envers la population du Restigouche, et particulièrement de ses femmes en attente d’accoucher.

Celui-ci dit également avoir interpellé personnellement la ministre de la Santé. Selon lui, le ministère a le pouvoir de forcer le réseau à être plus proactif.

«Si la ministre dit à Vitalité d’ouvrir le service, Vitalité devra trouver une façon de le faire. Peut-être y a-t-il alors aussi un manque de volonté politique d’agir dans ce dossier de la part de Fredericton», suggère-t-il.

«On joue avec la vie des gens!»

Au Restigouche, l’absence de développement dans ce dossier agace.

«C’est un service extrêmement important qui est absent et qu’on souhaite revoir être mis en place rapidement», exprime le maire de Campbellton, Ian Comeau, conscient des défis de recrutement dans le secteur de la santé.

«Je sais que ce n’est pas évident actuellement, qu’il y a des besoins partout. Mais on a aussi des besoins ici. Quitte à offrir le service quelques jours par semaine seulement, en attendant d’avoir les pleins effectifs pour le ramener en permanence. Ce serait déjà un début. Mais il faut que ça bouge, car là c’en est ridicule», mentionne M. Comeau, se disant prêt à s’asseoir avec Vitalité afin de faire progresser le dossier.

Plus à l’ouest, à Kedgwick, l’absence du service d’obstétrique à Campbellton se fait ressentir encore plus brutalement. Au lieu de rouler 45 minutes pour accoucher comme par le passé, les femmes enceintes de cette communauté doivent désormais se rendre soit à Edmundston, soit à Bathurst. Le maire de l’endroit, Éric Gagnon, fulmine. Il se sent littéralement oublié, sinon trahi par le Réseau de santé.

«Notre réalité n’est tout simplement pas prise en considération», déplore celui-ci.

«Ça prend désormais deux fois plus de temps pour se rendre à l’hôpital, et ça, c’est sans compter les conditions routières difficiles l’hiver et les risques de collisions avec les orignaux le reste de l’année. On n’a même pas d’ambulance fixe ici non plus, donc s’il y a un problème, c’est un délai supplémentaire. Ça ne peut pas fonctionner comme ça, on joue avec la vie des gens. Ce n’est pas correct», ajoute-t-il.

Les deux élus sont également catégoriques sur un point, il est beaucoup plus ardu d’attirer de jeunes couples dans un contexte où on ne peut proposer le service d’accouchement.

«C’est clair que ce n’est pas vendeur. C’est moins tentant pour un jeune couple qui désire avoir des enfants de s’établir dans un endroit où le service d’accouchement n’est pas disponible», explique M. Comeau.

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