La commission chargée de définir les futurs contours des dix circonscriptions fédérales néo-brunswickoises propose plusieurs changements de taille, du Grand Moncton jusqu’au Madawaska.

Le premier jet présenté jeudi par la Commission de délimitation des circonscriptions électorales fédérales pour le Nouveau-Brunswick compte plusieurs choix forts. Celle-ci recommande que la circonscription de Moncton-Riverview-Dieppe devienne Moncton-Dieppe.

La petite partie de la Ville de Moncton qui se trouve dans l’actuelle circonscription de Beauséjour s’y rajouterait, tandis que la partie de la ville de Riverview qui s’y trouve actuellement serait intégrée à la circonscription de Fundy Royal-Riverview.

Si la commission se dit «consciente des liens qui unissent les trois communautés», elle explique que la circonscription a connu une croissance démographique forte et rassemble désormais 101 237 30 habitants, ce qui rend nécessaire ce redécoupage.

La commission propose que la ville de Riverview rejoigne la circonscription Fundy Royal – Riverview. – Gracieuseté

Cet exercice, qui a lieu tous les dix ans, se base sur le recensement de 2021. Créée par le Parlement, cette commission indépendante est présidée par la juge Lucie LaVigne de la Cour d’appel du Nouveau-Brunswick, accompagnée de Condé Grondin, professeur retraité en science politique à l’Université du Nouveau-Brunswick, et de Thomas Riordon, juge retraité à la Cour du Banc de la Reine du Nouveau-Brunswick

Le Nouveau-Brunswick, qui comptait 775 610 habitants lors du recensement, continuera d’être représenté à la Chambre des communes par dix députés. Cela donne un quotient électoral de 77 561 personnes pour chaque circonscription.

La loi prévoit que le chiffre de la population de chacune des circonscriptions doit correspondre au quotient électoral de la province dans la mesure du possible. La commission peut y déroger pour tenir compte des communautés d’intérêts, de la spécificité d’une circonscription ou pour éviter qu’elle ne soit trop vaste, à condition que l’écart ne dépasse pas plus ou moins 25%.

Moncton-Dieppe demeurerait la plus populeuse des dix circonscriptions néo-brunswickoises avec 91 333 résidents, ce qui représente un écart de 17,76% avec le quotient électoral de la province (contre 30,53 % pour l’actuelle circonscription de Moncton-Dieppe-Riverview).

La circonscription de Moncton – Dieppe demeurerait la plus populeuse des dix circonscriptions néo-brunswickoises. – Acadie Nouvelle: Simon Delattre

Nouveautés dans le Nord

La commission propose que la ville de Grand-Sault, le village de Drummond et la communauté rurale de Saint-André, qui font actuellement partie de la circonscription de Tobique-Mactaquac, fasse plutôt partie de la circonscription de Madawaska-Restigouche. Ses limites seraient également modifiées pour que la totalité du parc provincial Mont-Carleton et de la zone naturelle protégée de Nepisiguit soit incluse dans la circonscription.

«Ces communautés partagent des liens historiques et une communauté d’intérêts tant avec les communautés de Madawaska-Restigouche qu’avec celles de Tobique-Mactaquac. De 1966 à 1996, elles étaient dans la même circonscription que les communautés du comté de Madawaska. De plus, ces communautés font partie de la Commission de services régionaux Nord-Ouest, tout comme les communautés du comté de Madawaska», jugent les commissaires.

«La spécificité linguistique et culturelle de ces communautés les rapproche davantage de la circonscription de Madawaska-Restigouche que de celle de Tobique-Mactaquac. En effet, la population de cette région est à prédominance francophone.»

À l’est, la circonscription d’Acadie-Bathurst inclurait la partie de la municipalité régionale de Tracadie qui se trouve actuellement dans la circonscription actuelle de Miramichi-Grand Lake. Cela comprend les collectivités de Rivière-du-Portage, Haut-Rivière-du-Portage et de Brantville.

La requête provenant notamment de Keith Chiasson, député provincial de Tracadie-Sheila

«M. Chiasson a fait valoir que la population de ces collectivités est majoritairement francophone et acadienne, et qu’en raison de leur profil linguistique et de leur sentiment d’appartenance, ces résidents sont attachés à la Péninsule acadienne et à la circonscription d’Acadie-Bathurst, car c’est là où ils se rendent pour obtenir des services et pour exercer leurs activités quotidiennes. Nous constatons que la totalité de la municipalité régionale de Tracadie relève de la Commission de services régionaux Péninsule acadienne. La Commission estime que ces collectivités bénéficieraient d’une représentation plus effective dans la circonscription d’Acadie-Bathurst, car elles ont en commun une communauté d’intérêts ainsi que la spécificité linguistique et culturelle.»

Déception à Moncton

La Ville de Moncton, qui compte désormais 79 470 habitants, a fait valoir qu’elle aurait pu former une circonscription à elle seule.

Les commissaires ont toutefois estimé que transférer vers Beauséjour toute la Ville de Dieppe augmenterait trop la population de cette circonscription.

«Malgré le statut bilingue de la ville de Moncton, la Commission croit que la dilution de la masse critique francophone et la perte d’une municipalité francophone (Dieppe) mettraient en péril la représentation effective de la minorité francophone dans la nouvelle circonscription suggérée, car elles affaibliraient l’influence politique de cette minorité et diminueraient sa capacité à exprimer ses préoccupations efficacement», ajoutent-ils.

«Par ailleurs, les Acadiens et les francophones de Dieppe et de Moncton (dans la circonscription proposée de Moncton-Dieppe) forment une communauté d’intérêts intimement liée à l’important réseau institutionnel francophone de la région de Moncton.»

La Commission de délimitation des circonscriptions électorales fédérales pour le Nouveau-Brunswick a présenté en détails sa proposition de redécoupage. – Acadie Nouvelle: Simon Delattre

La mairesse de Moncton, Dawn Arnold, reste sur sa faim.

L’élue entend bien revenir à la charge et assure que la question sera à nouveau débattue au conseil. «Ces délimitations ne sont pas définitives», souligne-t-elle.

Elle fait remarquer que la population de Moncton représente désormais plus de 10% de celle du Nouveau-Brunswick.

«Nous souhaitons que notre ville soit représentée justement au niveau national», plaide la mairesse. «Nous voulons que les citoyens de Moncton bénéficient d’une représentation égale.»

Dawn Arnold estime qu’une circonscription n’incluant que Moncton n’empêcherait pas les partenariats avec Dieppe et Riverview.

«Nous travaillons avec eux de façon collaborative, bien plus qu’auparavant», assure-t-elle.

Saint-Jean divisée en deux

Autre grand chambardement dans le Sud: la ville de Saint-Jean serait divisée en deux. La partie est serait regroupée avec Rothesay et Quispamsis, tandis que la partie ouest rejoindrait un vaste territoire rural allant de Saint-Stephen jusqu’au nord du Sussex.

«La Commission est consciente du fait qu’en plus de séparer une ville dans deux circonscriptions, cette proposition rattache une petite partie de la ville de Saint John à une circonscription en grande partie rurale», peut-on lire dans le document.

«Des circonscriptions hybrides sont parfois nécessaires ou souhaitables pour rapprocher le chiffre de la population du quotient établi pour la province ou pour tenir compte de divisions topographiques naturelles.»

Des audiences publiques auront lieu dans chacune des dix circonscriptions entre le 7 et le 28 septembre, et une audience virtuelle est prévue le 29 septembre. Le grand public pourra y présenter des observations, à condition d’avertir la commission avant le 23 août.

Un rapport préliminaire sera ensuite remis à la Chambre des communes avant la fin de l’année, et les députés auront alors l’occasion de faire connaître leurs désaccords.

La commission décidera finalement du tracé définitif, et les nouvelles limites entreront en vigueur lors de la prochaine élection fédérale, pas avant le mois d’avril 2024.

Le poids politique des francophones n’est pas affaibli

La commission explique avoir voulu préserver le statu quo quant au profil linguistique des circonscriptions, à trois circonscriptions majoritairement francophones (Acadie-Bathurst, Beauséjour, Madawaska-Restigouche), une bilingue (Moncton-Dieppe), et six majoritairement anglophones.

Le président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB), Alexandre Cédric Doucet, est très content du résultat.

«À première vue, c’est évident que la Commission a suivi le principe de représentation effective des communautés linguistiques, observe-t-il. C’est exactement ce que la SANB demandait.»

Dans un pré-mémoire, le groupe de pression a réclamé le respect du contexte historique, géographique, social et linguistique du Nouveau-Brunswick dans le redécoupage des circonscriptions, en se fondant sur des décisions de la Cour suprême du Canada.

L’association a souhaité que la Commission évite de se concentrer trop sur le principe de l’égalité du pouvoir électoral entre citoyens, qui nécessite des circonscriptions d’un même poids démographique.

«En effet, les craintes d’une minorité de ne pas être adéquatement représentée par son député ne sont pas sans fondement, bien au contraire, puisque la réalité d’une démocratie est qu’un député, partagé entre les besoins de la majorité et ceux d’une minorité, choisira souvent de défendre les intérêts de la majorité», a noté l’organisme.

M. Doucet est également très satisfait de voir que Moncton et Dieppe pourraient être seules dans leur circonscription, sans Riverview (majoritairement anglophone).

«Cette nouvelle circonscription pourrait être un joueur majeur pour la communauté acadienne et francophone dans les prochaines années, espère-t-il. Ses prochaines personnes députées seraient peut-être mal vues si elles n’étaient pas bilingues. Elles pourraient jouer un rôle majeur en termes de bilinguisme au plan fédéral.»

Le professeur de sciences politiques à l’Université Mount Allison, Mario Levesque, pense aussi que les francophones auraient une voix plus forte si Dieppe était seule avec Moncton dans sa circonscription. Il remarque par ailleurs que Grand-Sault, Drummond et Saint-André pourraient rejoindre la circonscription de Madawaska-Restigouche.

«Ça renforce la voix des francophones dans le nord de la province», dit-il.

Celui qui se sent francophone et en même temps anglophone se demande toutefois si mélanger les communautés linguistiques de la province dans les circonscriptions pourrait encourager leur compréhension mutuelle.

«Si chaque communauté a sa circonscription, au lieu que les gens d’un même territoire se mettent d’accord ensemble, ils donnent leur pouvoir décisionnel aux chefs des partis politiques, qui vont entendre toutes les communautés linguistiques, analyse-t-il. On se divise et les choses importantes comme l’éducation, la santé, l’immigration, le climat, et on n’en discute pas ensemble pour mettre une politique publique sur pied.»

Surtout, M. Levesque pense que la proposition de la Commission de la délimitation des circonscriptions électorales fédérales pourrait amener des régions rurales à perdre leur identité.

Il remarque que Riverview pourrait joindre une partie de l’actuelle circonscription de Fundy Royal. Il craint que les 50 000 habitants de cette vaste région aient ainsi plus de difficulté à se faire entendre de leur député que les 20 000 habitants de la ville.

«Mais je ne sais pas ce que la Commission peut faire d’autre, réfléchit le professeur. L’endroit où la population grandit le plus, c’est à Moncton-Dieppe-Riverview. Comment diviser cette communauté pour avoir environ 77 000 électeurs? C’est difficile. Toutes les façons provoqueraient du mécontentement.»

M. Levesque croit que la population rurale habitant la nouvelle circonscription de Saint John-St. Croix pourrait aussi perdre sa représentativité (en faveur de l’ouest de la ville de Saint-Jean).

Le professeur souligne enfin que le vote d’un citoyen de Moncton-Dieppe vaudrait moins que celui d’un électeur de Miramichi-Grand Lake, selon les recommandations de la Commission de la délimitation des circonscriptions électorales fédérales. En effet, la première compterait 91 333 habitants et la seconde 59 725.

La Commission de délimitation des circonscriptions électorales fédérales pour le Nouveau-Brunswick a présenté en détails sa proposition de redécoupage. – Acadie Nouvelle: Simon Delattre
  • Avec la contribution du journaliste Cédric Thévenin

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