Une pédiatre a quitté l’hôpital Dr-Georges-L.-Dumont à Moncton. Elle a décidé de démissionner afin de devenir médecin suppléante, pour des raisons personnelles. Au total, le centre hospitalier universitaire a perdu six spécialistes en un an.

Un gériatre et quatre oncologues ont également décidé de quitter l’hôpital Dr-Georges-L.-Dumont depuis l’été dernier.

Le réseau de santé Vitalité affirme avoir embauché sept spécialistes en 2021-2022. Il annonce qu’il en accueillera six autres en 2022-2023, dans la zone Beauséjour, dans le sud-est de la province. Néanmoins, le site internet de l’organisme affiche encore 11 offres d’emploi pour médecins à Moncton, dont un oncologue, un pédiatre remplaçant et un gériatre.

«Je peux vous dire que la ministre de la Santé est vraiment frustrée. Tout le monde est vraiment frustré», exprime l’agente de communication du gouvernement, Michelle Guenard.

Elle indique que le ministère de la Santé a organisé une réunion mercredi à propos du recrutement et de la rétention du personnel.

«Nous n’avons pas encore reçu de conclusions. Quand les initiatives seront finalisées, il y aura une annonce», précise Mme Guenard.

Elle annonce par ailleurs que le ministère de la Santé publiera la semaine prochaine une offre d’emploi pour remplacer son recruteur de médecins, qui a aussi quitté son poste récemment.

Crise nationale

Le président de la Société médicale du Nouveau-Brunswick (SMNB), Dr Mark MacMillan, juge chaque départ d’un médecin néfaste.

Dans le réseau francophone du Grand Moncton en l’occurrence, il y a seulement trois pédiatres à l’hôpital Dr-Georges-L.-Dumont et six autres au 667, rue Champlain à Dieppe, selon le Collège des médecins et chirurgiens du Nouveau-Brunswick.

Début juin, le Réseau de santé Vitalité a d’ailleurs annoncé une interruption des services de pédiatrie offerts au CHU Dumont pendant sept jours à cause d’un manque de personnel médical.

«Nous sommes au milieu d’une crise de main-d’œuvre en santé à l’échelle canadienne. Il y a eu une augmentation de plus de 95% des postes vacants dans tout le système de santé du pays. Ce nombre n’a jamais été aussi élevé dans le passé», déclare le Dr MacMillan.

Il ajoute que la pandémie a causé des difficultés chez les médecins depuis 2020.

«Les patients vieillissent. Ils présentent donc des cas plus complexes et des problèmes plus nombreux. Ç’a ajouté du stress. Certains ont choisi de quitter la profession, parfois en prenant leur retraite de façon anticipée. Certains ont aussi choisi d’aller dans d’autres régions pour travailler», poursuit le Dr MacMillan.

Le président de la SMNB attend aussi les conclusions de la récente réunion organisée par le ministère de la Santé.

«Les docteurs sont les meilleurs à recruter des docteurs, avance-t-il néanmoins. C’est très important que les médecins puissent parler avec un homologue de leur spécialité avant leur recrutement pour savoir exactement comment les choses fonctionnent et à quel point c’est merveilleux de travailler dans cette province.»

Dr MacMillan croit que la situation des ressources humaines en santé s’améliorera, mais lentement, à cause du faible nombre de médecins au pays et de leur mobilité.

Cercle vicieux

Dans le cadre d’une étude, la professeure en gestion des services de la santé à l’Université de Moncton, Claire Johnson, a découvert que 57% des médecins et infirmiers praticiens du secteur de santé primaire ont ressenti une détérioration de leur satisfaction au travail depuis la pandémie de COVID-19.

La chercheuse ajoute que 53% d’entre eux ont rapporté souffrir de symptômes d’épuisement professionnel (malaise, fatigue, frustration, cynisme, sentiment d’inefficacité). Elle précise que cette étude, menée avec un groupe d’étudiants, reste à publier (et à être revue par ses pairs).

«Elle explique peut-être pourquoi les professionnels de la santé quittent leurs emplois en plus grand nombre», avance Mme Johnson, qui a consulté 120 professionnels de santé en mars, pour son article.

Elle travaille aussi sur les défis de rétention dans le système de santé. Ses hypothèses: les relations de travail difficiles, la pression de la pandémie et de ses conséquences sur les demandes de soins ainsi que la pénurie de personnel, qui empirerait les conditions professionnelles et provoquerait des démissions dans un cercle vicieux.

Le Réseau de santé Vitalité a évoqué des relations de travail difficiles, selon Radio-Canada à la fin mai, quand deux oncologues ont annoncé leur départ.

«C’est vraiment des situations de relation de travail qui sont un peu laborieuses depuis quelques années et qui ont créé des insatisfactions quant aux conditions de travail et la rémunération», a expliqué la PDG du réseau, la Dre France Desrosiers.

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