Même s’il insiste sur le fait que les statistiques ne présentent pas un portrait complet de la réalité, un professeur en criminologie de l’Université de Moncton croit que la hausse du taux de criminalité et de l’indice de gravité de la criminalité au Nouveau-Brunswick, en 2021, est le reflet de problèmes de société importants dans la province.

Pour Hesam Seyyed Esfahani, les récentes statistiques dévoilées cette semaine par Statistique Canada donnent une image partielle de la réalité. Selon lui, ces chiffres sont tout de même alarmants.

«Il faut le voir d’une façon proportionnelle. Le taux de criminalité par 100 000 habitants est de 5897 au Canada tandis qu’au Nouveau-Brunswick, c’est 7143. À Moncton, c’est 9869. Ce qui est inquiétant, c’est de voir le taux des crimes violents et des crimes contre la propriété qui sont plus haut que la moyenne nationale, autant du côté du Nouveau-Brunswick que de la région de Moncton.»

Hesam Seyyed Esfahani croit que ces statistiques témoignent davantage d’un problème d’ordre sociétal, plus que d’un simple problème de criminalité.

Selon lui, ces problèmes de société comprennent les enjeux économiques, la pauvreté, l’accès aux services de santé, à l’éducation, etc.

«Ça ne veut pas dire que le Nouveau-Brunswick est plus criminel ni que les gens sont moins en sécurité, mais il y a des problèmes sociaux dans la province et à Moncton.»

«D’après moi, c’est alarmant, pas pour le public, mais pour le gouvernement qui doit mettre en place des programmes de protection sociale.»

Un total de 56 382 infractions ont été signalées au Nouveau-Brunswick en 2021, soit une hausse de plus de 3000 par rapport à l’année précédente.

Le Nouveau-Brunswick a vu son indice de gravité de la criminalité (IGC) – qui mesure les variations dans le niveau de gravité de la criminalité au Canada – (+6%) et son taux de criminalité (+8%) augmenter de 2020 à 2021.

Le Nouveau-Brunswick est aussi l’une des provinces ayant connu la plus forte variation de l’IGC au cours des 10 dernières années, avec 34% d’augmentation. Il se situe actuellement à 88,5, soit près de 15 points de pourcentage plus haut que la moyenne canadienne (73,7%).

Le taux de crimes déclarés par la police a augmenté de 22% de 2011 à 2021.

Au nombre des crimes déclarés par la police en 2021, le taux d’homicides a diminué de 22%. On note toutefois une augmentation du taux de tentatives de meurtre (+65%). On remarque également une diminution des vols qualifiés (-20%), mais une augmentation des voies de faits graves de 8% et des agressions sexuelles de 22%.

On note aussi une augmentation du côté des introductions par effraction et de vols de véhicules, mais une réduction de 23% des cas de conduite avec facultés affaiblies.

Le Nouveau-Brunswick a tout de même enregistré des diminutions de son taux de crimes en lien avec les drogues (-20%). L’indice de gravité de la criminalité chez les jeunes a aussi connu une diminution.

Finalement pour ce qui est des cas de fraude, la province a connu une hausse de 2020 à 2021. Les fraudes d’identité ont connu une augmentation de 73% alors que le vol d’identité a diminué de 33%.

Selon les données de Statistique Canada, les infractions ayant contribué à la variation de l’indice de gravité de la criminalité au Nouveau-Brunswick sont principalement l’augmentation des introductions par effraction, les vols de 5000$ ou moins et les agressions sexuelles portant atteinte à l’intégrité sexuelle de la victime, mais qui ne causent pas ou presque pas de blessures corporelles à celle-ci.

Pas qu’une question de prévention de la criminalité

D’après Hesam Seyyed Esfahani, l’amélioration du taux de criminalité ne se résume pas qu’à la prévention du crime avec l’aide de la police et du système de justice.

Selon lui, l’augmentation du nombre de policiers, le taux de surveillance ou les places en prison ne sont que des mesures à court terme.

Les gouvernements doivent donc réfléchir davantage aux facteurs sociaux susceptibles de causer une augmentation du taux de criminalité.

«Tant que le Nouveau-Brunswick aura des problèmes économiques, des problèmes de pauvreté et d’accès aux services de santé et d’éducation, qui ne sont pas récents, on aura toujours des problèmes de criminalité. Ils vont augmenter tant que l’on n’aura pas une réflexion de la société et surtout de nos gouvernements.»

«Quand on voit le prix des loyers, par exemple, ou les salaires qui sont gagnés par les gens du Nouveau-Brunswick, ça finit par faire en sorte que les personnes aux revenus modestes tombent dans la pauvreté. Ça pourrait être un facteur qui fait que les gens tombent dans la criminalité.»

Moncton est-elle victime de son développement fulgurant?

Hesam Seyyed Esfahani a été témoin de la croissance de Moncton. Malheureusement, ce développement n’engendre pas que du positif.

«Il y a beaucoup de travaux d’infrastructures et plusieurs choses économiques se sont développées à Moncton, mais, en même temps, les problèmes sociaux sont en train d’augmenter. On peut facilement voir le décalage entre les classes sociales à Moncton.»

Moncton est l’une des régions métropolitaines de recensement à avoir connu la plus grande augmentation de l’indice de gravité de la criminalité en 2021 (+9%), après avoir connu une diminution de plus de 5% en 2020. On a compté 16 870 infractions en 2021.

La municipalité compte également une augmentation impressionnante de son IGC de 2011 à 2021 (+66%). Elle se situe actuellement à environ 113%. Son taux de criminalité a augmenté de 54% au cours de la même période.

Selon Statistique Canada, les infractions ayant contribué à la variation de l’indice de gravité de la criminalité à Moncton en 2021 sont l’augmentation des introductions par effraction, ainsi que des agressions sexuelles portant atteinte à l’intégrité sexuelle de la victime, mais qui ne causent pas ou presque pas de blessures corporelles. Cela est contrebalancé en partie par la diminution des fraudes et des vols d’identité.

Même si elle est vue comme le grand centre du Nouveau-Brunswick, Moncton demeure petite par rapport aux grandes villes comme Montréal, Québec ou Toronto.

Selon le professeur en criminologie, il est d’autant plus inquiétant de constater que l’indice de gravité de la criminalité est plus que le double à Moncton, comparativement à ces grands centres urbains.

«Je crois que ces métropoles réfléchissent depuis longtemps à comment lutter contre les problèmes sociaux, tandis qu’à Moncton, on se développe, mais le problème social existe toujours et il empire.»

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