Les difficultés éprouvées par l’industrie du crabe des neiges cette année pourraient avoir des conséquences sur le prix payé aux pêcheurs de homard pour leurs prises dans la zone 25.

Mardi, environ 400 pêcheurs néo-brunswickois prendront la mer dans le détroit de Northumberland alors que commence la pêche de homard d’automne.

Même si la saison de l’an dernier a été exceptionnelle grâce aux prix de homard historiquement élevés, c’est plutôt un sentiment d’inquiétude qui habite aujourd’hui les homardiers.

Et il n’y a pas que l’augmentation de leurs dépenses en carburant et en appât qui les inquiète. C’est que les difficultés éprouvées par l’industrie du crabe cette année pourraient avoir des répercussions sur le prix que les pêcheurs de homard recevront pour leurs prises, explique Luc LeBlanc, conseiller aux pêches à l’Union des pêcheurs des Maritimes (UPM).

«Les gars sont un peu nerveux, lance M. LeBlanc. Les usines de transformation de crabe se sont fait prendre à acheter du crabe des neiges à un prix relativement élevé en début de saison et la faible demande sur les marchés américains a fait en sorte qu’elles ont de la difficulté à écouler leur produit.»

Puisque certaines usines de transformation de crabe transforment aussi du homard, M. LeBlanc craint que plusieurs d’entre elles n’aient pas les liquidités afin d’acheter du homard.

En plus, une grande partie du crabe transformé est toujours entreposée dans des congélateurs. Ces usines pourraient donc ne pas avoir l’espace nécessaire afin de stocker le homard qu’ils vont transformer, s’inquiète Luc LeBlanc.

Des défis pour les transformateurs

Nathanaël Richard, directeur de l’Association des transformateurs de homard des Maritimes (ATHM), confirme que les craintes éprouvées par les homardiers ne sont pas infondées. Les défis s’annoncent nombreux pour les transformateurs de homard cette année.

Environ le tiers des membres de l’ATHM transforme aussi du crabe des neiges.

«Indirectement, les difficultés dans le crabe minent les deux industries. Elles ont de gros problèmes pour faire passer les stocks de crabe. Ce n’est plus possible pour les usines d’acheter, transformer sans pouvoir vendre leurs produits. À un moment donné, ça cause un problème de liquidités», dit M. Richard, précisant que toutes les usines n’ont pas ces défis.

Le problème entourant l’entreposage est lui aussi bien réel, confirme-t-il. Le crabe est habituellement vendu au fur et à mesure qu’il est transformé et la question de l’entreposage ne se pose donc pas. Cette année, certaines usines pourraient avoir du mal à acheter du homard faute d’espace pour l’entreposer une fois transformé.

«Depuis avril ou mai, j’entends sans cesse parler de problèmes d’entreposage, tant localement que sur nos marchés d’exportation, comme aux États-Unis. Ce n’est pas un problème qui va se régler de si tôt», raconte Nathanaël Richard.

Une demande à la baisse?

Et si cela ne suffisait pas, plusieurs indicateurs laissent croire que l’appétit habituel des Américains pour le homard pourrait ne pas être au rendez-vous. De semaine en semaine, le prix de vente du homard ne cesse de diminuer, constate M. Richard.

En 2021, 86% des exportations canadiennes de homard ont trouvé preneur aux États-Unis. La valeur totale des exportations avait atteint 3,2 milliards cette année-là.

«Cette année, on a vu une bonne demande pour le produit congelé – cuit ou cru dans la coquille – en Europe et en Asie, mais dans l’ensemble, c’est une petite part de nos exportations, précise Nathanaël Richard. Malheureusement, quand le marché américain, notre marché dominant, s’essouffle, ç’a un impact sur tout le monde.»

Face à cette demande moins importante, qui pourrait selon toute vraisemblance s’accentuer, plusieurs usines de transformation ont d’ailleurs choisi de temporairement cesser leurs activités entre les saisons de pêche de la zone 23 et de la zone 25.

«Certaines usines n’ont pas le choix d’être prudentes parce qu’elles font face à des défis importants, explique M. Richard. Si quelqu’un n’est pas prudent pendant une année comme celle-là, ça pourrait avoir de graves conséquences.»

Malgré le ralentissement observé depuis ce printemps, Luc LeBlanc espère que les pêcheurs sauront tirer leur épingle du jeu.

«Est-ce que ce sera la catastrophe? Probablement pas, mais ça va dépendre du prix. Au niveau de la ressource, on a bon espoir. Il n’y a pas d’indicateurs qui suggèrent qu’elle n’est pas en santé, mais on ne le saura pas avec certitude avant de sortir les casiers de l’eau. C’est surtout au niveau des marchés qu’on a des inquiétudes.»

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