Un appareil photo et le sens de l’observation peuvent vous suffire à aider la recherche en biodiversité cet été. Entre les papillons monarques et les champignons, les appels aux recensements bénévoles se multiplient au Nouveau-Brunswick, mais peinent encore à convaincre hors des cercles de passionnés.

Cinq milles plantes recensées en une après-midi. C’est le résultat du recensement effectué à Moncton le 31 juillet, par une dizaine de volontaires.

«Vous imaginez si un scientifique devrait faire ça tout seul», interroge Roger Leblanc, ornithologue et membre du club naturaliste du sud-est, pour montrer l’importance de la participation citoyenne.

L’atelier qu’il encadre s’inscrit dans la campagne internationale de recensement du papillon monarque (le Blitz international). Du 29 juillet au 7 août, des milliers de bénévoles à travers le Mexique, les États-Unis et le Canada contribuent à aider les recherches scientifiques sur ce papillon qui vient tout juste d’être ajouté à la Liste rouge des espèces menacées.

Un appui essentiel

Face à l’extinction de nombreuses espèces et au bouleversement de la biodiversité, les scientifiques font de plus en plus appel aux citoyens pour mener leur recherche sur le terrain.

«Nous souhaitons observer les espèces maintenant et voir comment les choses changent 10 ou 15 ans après. Mais pour l’instant, nous n’avons pas ce catalogue d’espèces, nous ne pouvons pas couvrir tout le territoire», explique Alfredo Justo, conservateur de botanique et mycologie au Musée du Nouveau-Brunswick.

Chaque année, il fait appel aux passionnés de la province pour recenser une nouvelle espèce.

Cet été, n’importe qui peut ainsi contribuer à ses recherches sur les champignons du Nouveau-Brunswick en téléchargeant l’application pour smartphones INaturalist.

«Nous avons vu beaucoup d’intérêts de personnes attirées par l’activité en extérieur», se réjouit Alfredo Justo, en rappelant que cela reste compatible avec des emplois du temps chargés, puisqu’il suffit d’une promenade en forêt pour contribuer.

Des limites

«Une médaille, à deux côtés», nuance toutefois Roger Leblanc.

«Si la science participative amène la quantité, il faut se rappeler que ce n’est pas la qualité d’observation d’un scientifique formé.»

Pour faire face à cette limite, les organisations de préservation de la nature proposent régulièrement des ateliers de formation ou des cours en ligne. Mais la facilité d’une observation à portée de clics s’efface alors pour ne retenir que les plus passionnés, la majorité des contributeurs des recensements de Moncton et du Musée du N.-B.

«C’est une tendance depuis longtemps, mais on appelle ça “science participative” depuis une vingtaine d’années pour l’utiliser comme outil de promotion», considère Roger Leblanc, pour qui ces projets sont également tournés vers le public pour l’inviter à s’arrêter et à en apprendre sur l’environnement extérieur.

Au-delà de l’effet de mode, Guillaume Fortin, directeur de la maîtrise en études de l’environnement à l’Université de Moncton, pense que ce type d’observation est amené à se développer dans les années à venir en raison du manque de moyen pour la recherche notamment. Il revient d’un sommet européen, où certains chercheurs utilisent désormais le thermomètre des voitures ou des smartphones pour évaluer plus précisément la température.

«La beauté de l’étude de la nature, c’est que ça n’a pas de fin», souligne Roger Leblanc.

Il semblerait que les outils de cette exploration soient également infinis.

Controverse dans le milieu des conservateurs de papillons

«Nature NB ne recommande pas l’élevage des monarques et ne le considère plus comme une méthode de conservation bénéfique.» Avant d’assister aux recensements de papillons, l’organisation préfère clarifier sa position sur ce sujet clivant.

De nombreux passionnés ont l’habitude de recueillir des œufs de papillons pour les conserver l’hiver et les relâcher l’été, afin d’augmenter les chances de survie de ces espèces menacées.

De récentes études scientifiques viennent pourtant jeter le trouble sur les bienfaits de cette pratique. Selon les chercheurs, la densité des élevages augmente le risque de transmission de maladies et  la vie en intérieur des papillons leur fait «perdre de vue le sud» et les rend incapables de migrer vers le Mexique.

«Si j’élève 100 papillons, seulement 20 pourront se rendre au Mexique. Mais si je ne fais rien, il n’y en aurait que deux!», se défend Réhal Vienneau, conservateur de papillons depuis 20 ans.

«Dans la nature, il n’y a que 2% de papillons qui survivent alors je les aide en plantant des asclépiades et en les aidant à se reproduire», explique le retraité qui a longtemps utilisé ses élevages pour faire des présentations dans les écoles de Dieppe.

«La conservation évolue avec les recherches et la compréhension des espèces», insiste Nature NB, en rappelant que le plus important reste la protection et la restauration des habitats naturels.

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