L’idée de réduire certains services dans les hôpitaux de Campbellton et Miramichi pour consolider celui de Bathurst, tel que suggéré par le maire de Caraquet dans notre édition de jeudi, ne laisse pas les autres maires indifférents.

Le maire de Dalhousie, Normand Pelletier, appuie la suggestion de son homologue de Caraquet: «Bernard Thériault a raison, et je l’appuie à ce sujet-là.»

M. Pelletier constate que des sommes massives ont été investies à Bathurst depuis quelques années. Et il aimerait bien voir ces travaux cadrer dans une stratégie bien établie.

«De 300 à 400 millions $ ont été investis pour l’agrandissement de l’hôpital de Bathurst, et j’ai posé la question à Dr France Desrosiers (PDG de Vitalité) lorsqu’elle a remplacé Gilles Lanteigne: Est-ce que vous avez un plan? Si oui, quel est-il?»

Mais les réponses, pour lui, n’ont jamais été claires.

«J’aimerais que le gouvernement et Vitalité soient plus transparents» a ajouté M. Pelletier, qui n’accepte pas les récentes interruptions de service en obstétrique.

«Je trouve honteux qu’une femme doive aller jusqu’à Bathurst pour accoucher. Autrefois, les accouchements se faisaient aux maisons ou dans les petits hôpitaux.»

M. Pelletier reconnaît que le manque de personnel hospitalier doit donner bien des maux de tête aux dirigeants, et selon lui la solution miracle n’existe pas.

«On n’est pas la seule province qui tente de recruter des infirmières et des médecins. Les baby-boomers sont en train de se retirer, ce qui provoque une pénurie d’employés dans tous les domaines. C’est ça la réalité.»

À Shippagan: oui, mais…

Aux vues de Kassim Doumbia, Bathurst constitue, pour Shippagan comme pour le reste de la Péninsule, l’hôpital régional, et y maintenir des services de qualité est à son avis indiscutable. Par contre, il ne serait pas en faveur d’une réduction de services dans d’autres établissements.

«Il est primordial, comme le dit M. (Bernard) Thériault, d’avoir des services ininterrompus. Mais je ne suis pas de ceux qui seraient prêts à retirer des services à hôpital pour les donner à un autre. On a vu dans le passé ce qui se fait comme déchirement, dans la Péninsule acadienne, lorsqu’on transfère des services d’un hôpital à l’autre.»

M. Doumbia considère pourtant essentiel d’assurer les services de Bathurst.

«Il faut que l’hôpital de Bathurst puisse combler les besoins de la population. On voit des services être fermés, et la population doit chaque fois vérifier s’ils sont offerts à Bathurst ou ailleurs. Des efforts doivent être faits pour offrir des services continus.»

Dans leur quête de solutions, les réseaux de santé devraient travailler plus étroitement avec les municipalités, propose le maire de Shippagan. En cette matière, «Vitalité devrait se montrer plus proactive et rencontrer le Forum des maires (de la Péninsule acadienne). Et si la Péninsule acadienne met l’accent sur les services à Bathurst, ça renforcera ce discours auprès des dirigeants (de Vitalité).»

Les maires de Campbellton et de Miramichi désapprouvent

En entrevue, le maire de Campbellton, Ian Comeau, a déclaré d’entrée de jeu: «Aujourd’hui ça allait bien jusqu’à ce que je lise les commentaires de Bernard Thériault.»

«Je suis très déçu de la position du maire de Caraquet.» a-t-il repris.

L’hôpital régional de Campbellton. – Archives

M. Comeau s’est dit par contre conscient des problèmes éprouvés par Vitalité, lesquels ont conduit aux récentes fermetures de service.

«Avant, on avait des services de santé adéquats pour nos citoyens», mais le maire de Campbellton a indiqué qu’il est plus que nécessaire de maintenir les acquis.

«La population du Restigouche est assez âgée», a-t-il rappelé, en expliquant que les quatre hôpitaux régionaux (Edmundston, Campbellton, Bathurst et Miramichi) desservent un territoire qui s’étend sur près de 350 kilomètres. Et à lui seul, l’hôpital régional de Campbellton fournit des services à 40 000 personnes, dont 15 000 Québécois.

Réduire les services à Campbellton et Miramichi pour assurer ceux de Bathurst est une solution risquée, a-t-il confié.

«C’est une centralisation.» Celle-ci constitue selon lui la première étape vers une perte plus importante de services, car «quand on centralise on n’élimine pas un service, pour le moment, mais ensuite on le perd.»

Le maire de Campbellton s’est fait fort de rappeler que les problèmes qui ont alimenté la crise actuelle ne datent pas d’hier. Il y a longtemps que les gouvernements auraient dû agir, a-t-il ajouté, sans oublier de préciser que le maire de Caraquet était ministre autrefois.

«On savait ce qui s’en venait: ce n’est pas la COVID-19 qui a causé ça (la crise en santé).»

Miramichi et Horizon

Le maire de Miramichi, Adam Lordon, a tenu un discours similaire.

«Il faut que l’hôpital de Miramichi conserve son statut régional», a-t-il déclaré en expliquant que l’établissement en question dessert un territoire qui recouvre à la fois l’est et le centre de la province.

L’hôpital de Miramichi.

M. Lordon, qui est également le président de l’Association des cités du N.-B., a en outre expliqué que les huit cités sont des centres de service importants pour les régions au cœur desquelles elles se situent. En ce sens, l’hôpital régional de Miramichi est critique pour les quelque 50 000 personnes qui doivent s’y rendre périodiquement.

En plus, a indiqué M. Lordon, cet établissement contribue à maintenir la présence du réseau Horizon pour certaines populations du nord du N.-B.

Quand on lui a proposé l’idée du maire Doumbia, qui aimerait voir des discussions plus soutenues entre les régies de santé et les municipalités, M. Lordon s’est dit entièrement d’accord.

«Nous (les municipalités) voyons quels sont les besoins de la population et les problèmes tels que des attentes interminables aux urgences.»

Que pourrait-il proposer en guise de solution?

«Avant de parler de fermeture de services il faut recruter», a-t-il dit. Les régies doivent faire davantage d’efforts en ce sens, a conclu le maire de Miramichi, qui n’aimerait pas voir le problème de recrutement des deux régies servir d’argument au gouvernement pour réduire les services de manière définitive.

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