Alors que le premier ministre Blaine Higgs appelle les foyers du Nouveau-Brunswick à se doter de systèmes de chauffage plus performants, les acteurs de la biomasse se préparent à une explosion du secteur. Entre ambitions écologiques et intérêts commerciaux, les granules de bois n’ont pas fini de faire parler d’elles.

À l’image du poêle à granules, les yeux de Malcom Fisher s’illuminent au moment de mettre en marche son système de chauffage. Il y a près de dix ans, il a fondé l’entreprise BSB (Biomass Solution Biomasse), en partenariat avec le groupe Savoie, pour développer les systèmes d’énergie issue de la granule de bois dans toute la région.

Avec l’envolée des prix de l’énergie fossile et les ambitions de développement durable, il est convaincu que la biomasse peut faire partie de la solution.

Déjà bien positionné, grâce aux activités du bois et aux infrastructures portuaires, le Nouveau-Brunswick exporte des centaines de milliers de tonnes de granules chaque année. Mais depuis que la guerre en Ukraine a privé de nombreux pays européens de cette ressource (la Russie étant l’un des plus grands exportateurs de granules au monde), les perspectives économiques de la filière se sont élargies. Le port de Belledune s’apprête à construire un troisième entrepôt pour passer le cap du million de tonnes exportées par an et ainsi initier le remplacement du charbon.

Considérée comme une énergie verte, la granule est de plus en plus demandée en Europe pour remplacer les ressources fossiles dans les anciennes centrales, permettre à certains foyers de se passer du gaz et commence même à être utilisée dans l’industrie pour fabriquer du ciment ou de l’acier.

Développer la granule pour le marché local

«C’est l’ironie du sort», regrette Jonathan Levesque, membre du groupe BSB. «On a une ressource que tout le monde veut avoir…à part nous.» Après avoir étudié les meilleurs appareils en Europe, il souhaite maintenant équiper les foyers, entreprises et bâtiments publics de la province avec des systèmes de chauffage aux granules. L’ancienne résidence du président de l’Université Mount Allison à Sackville fait office de vitrine pour prouver les économies réalisées grâce à la biomasse.

De 13 000$ par an, la facture de chauffage du grand édifice serait descendue à 4000$, moyennant un investissement de 40 000$ pour les travaux.

«Le coût initial est très élevé, de trois à quatre fois plus important qu’une installation au gaz», reconnaît Jonathan Levesque, en mettant plutôt en avant le coût d’opération bénéfique au bout de cinq à dix ans.

Une comparaison systématique pour les consommateurs, selon Sarah Kerry, responsable des ventes d’un magasin d’appareils de chauffage au bois de Moncton. «C’est un marché qui a toujours été dépendant des prix de l’électricité et des autres combustibles. Donc cette année, comme les prix sont élevés, nous observons une augmentation des ventes de poêles à granules.»

Affronter les prix de l’énergie

Une tendance qui pourrait s’accélérer prochainement, selon le premier ministre Blaine Higgs qui appelait récemment les Néo-Brunswickois à installer des systèmes de chauffage plus performants pour faire face à l’augmentation des tarifs de l’électricité. S’il ne cite pas le chauffage au bois, les acteurs de la filière assurent en discuter avec le gouvernement.

«Il faut que la province prenne un côté parental avec la population, nous avons besoin de plus d’aides pour la biomasse», recommande Jonathan Levesque. Pourtant les 500$ proposés par Énergie NB aux foyers s’équipant d’un nouveau poêle à bois sont peu sollicités par les acheteurs, observe Sarah Kerry.

«Il y a un problème d’éducation», considère Norma Bourque, coordinatrice du programme WETT qui certifie les bonnes pratiques d’installation en matière de chauffage au bois.

Pour résoudre la situation, elle souhaite continuer les campagnes de sensibilisation organisées dans les foires ou par les pompiers au Nouveau-Brunswick avant la pandémie, notamment pour alerter les clients sur le fait qu’en choisissant des installateurs de poêles non certifiés, ils risquent de ne pas se faire rembourser en cas de sinistre.

La biomasse: une énergie verte?

«Le problème c’est que l’on veut avoir le moins cher maintenant et que l’on ne pense pas au long terme», analyse Malcolm Fisher. Le long terme c’est pourtant ce qui inquiète Mélanie Langelle, membre de l’association respiratoire du Nouveau-Brunswick.

«Le chauffage au bois est l’une des sources principales de la pollution de l’air, alors qu’un habitant sur cinq au Nouveau-Brunswick souffre d’une maladie des poumons.»

Si elle reconnaît des avancées majeures dans la technologie des poêles, ayant notamment pris part à l’élaboration de normes pour le chauffage au bois, elle s’interroge sur le côté écologique de cette ressource. «Cela risque de ne pas être un choix durable, le carbone stocké dans un arbre pendant très longtemps brûle en quelques minutes.»

Jonathan Levesque reconnaît que la solution qu’il propose est imparfaite, mais invite à prendre en compte les ressources avec le moins d’impact négatif.

«Nous récupérons les chutes de scieries et les branchages laissés par les industriels. On n’est pas en train de dire de couper plus de forêts», se défend-t-il.

Face aux ambitions de la filière et aux limites de la matière première, les organisations de contrôle appellent à la prudence. Nicolas Viart travaille à l’élaboration de normes internationales de durabilité au sein du Sustainable Biomass Program et conclut: «Il faut s’assurer d’une conversion durable qui puisse être accompagnée dans le temps, surtout pour les nouveaux entrants.»

Des boîtiers installés par des particuliers pour traquer la pollution de l’air

La pollution de l’air n’a pas de frontière, d’où la nécessité d’obtenir le plus de données pour en être informé. En lien avec Environnement et Changement climatique Canada (ECCC), l’association pulmonaire du Nouveau-Brunswick a pris part à un programme pilote pour mieux mesurer la qualité de l’air. Une vingtaine de bénévoles ont ainsi reçu des capteurs à installer chez eux, afin de compléter en direct le Réseau national de surveillance de la pollution de l’air (RNSPA).

L’association a ainsi pu se rendre compte que les émissions dues au chauffage au bois avaient lieu principalement le matin et a pu détecter des fumées d’incendies provenant d’aussi loin que la Colombie-Britannique. L’initiative s’inscrit dans la démarche de science participative et appelle les citoyens à s’engager, en se procurant un capteur ou en signalant des fumées anormales sur le groupe Facebook de l’association ou en utilisant le mot-clé #SurveillanceQA.

logo-an

private

Vous utilisez un navigateur configuré en mode privé ou en mode incognito.

Pour continuer à lire des articles dans ce mode, connectez-vous à votre compte Acadie Nouvelle.

Vous n’êtes pas membre de l’Acadie Nouvelle?
Devenez membre maintenant

Retour à la page d’accueil de l’Acadie Nouvelle