Et si l’amélioration du français écrit à l’Université de Moncton passait par une plus grande motivation? L’envie de progresser fait en tout cas partie de la solution, selon l’experte en didactique, Sylvie Blain, et un étudiant d’origine syrienne, Yasser Al Asmi.

Le malaise est chronique. Des membres du Sénat académique de l’Université de Moncton (l’U de M) et un avocat ont encore exprimé des inquiétudes au sujet de la qualité du français dans l’établissement.

«Ce sujet revient à l’avant-scène de façon périodique, constate avec lassitude l’experte en didactique du français, Sylvie Blain. Quand j’avais 20 ans, les ‘‘vieux’’ de 50 ans disaient déjà que les jeunes ne savaient plus écrire. Ma génération reprend ce discours aujourd’hui.»

Le problème, c’est que les études scientifiques prouvant ou infirmant cette impression sont inexistantes, en tout cas concernant les étudiants de l’U de M.

«En général, les adultes qui s’offusquent de la qualité de la langue des jeunes prennent un exemple: regardez, 23 fautes dans une lettre, c’est épouvantable! Mais c’est anecdotique! C’est une perception qu’on généralise, s’exclame Mme Blain, qui observe une maîtrise du français écrit chez la majorité de ses étudiants à l’U de M. Il faudrait une enquête conduite année après année.»

Insécurité linguistique

En plus de les juger inutiles, la chercheuse pense que les critiques au sujet de la qualité du français dans l’université francophone du Nouveau-Brunswick contribuent à accentuer le sentiment d’insécurité linguistique.

«Tout ce discours dévalorisant fait en sorte que les Acadiens se taisent. Ils font donc moins de progrès, car la compétence langagière s’améliore avec la pratique», fait-elle valoir.

Le jugement négatif du chiac, son cantonnement aux situations informelles et son exclusion des examens reproduit même une élite autour du français standard et creuse les inégalités sociales, selon deux études de sociolinguistes, Annette Boudreau et Samuel Vernet, publiées en 2019.

«Confiner les élèves à leur langue familière dans le contexte scolaire n’est pas la solution, a néanmoins écrit Mme Blain sur son site internet. Cela ne ferait qu’accentuer le sentiment d’insécurité linguistique si l’on ne leur permet pas d’accéder à un autre registre de langue, celui qui est socialement valorisé.»

Au lieu de prétendre que l’apprentissage du français est simple et d’humilier les locuteurs du chiac, il faut en revanche les motiver à apprendre une langue comprise dans l’ensemble de la francophonie, selon la chercheuse. Elle souligne qu’il est encore temps de le faire à l’U de M, qui impose à tous ses nouveaux étudiants des cours de français.

Règles de l’écrit

«Jamais je ne reprendrais un étudiant qui me parle en utilisant le chiac ou le brayon, assure M. Blain. À l’écrit, c’est très différent, il y a des normes universelles, même si on veut simplifier la grammaire.»

La didacticienne expose trois prérequis pour donner aux élèves l’envie de s’améliorer en écriture. Ils doivent percevoir l’utilité de l’activité (en commentant l’actualité, par exemple); leurs compétences pour l’accomplir (en suivant leurs propres progrès, notamment); un contrôle dans son accomplissement (en choisissant les thématiques à traiter, par exemple).

Mme Blain conseille aussi de faire écrire les étudiants souvent, dans toutes les disciplines et de leur donner des lecteurs de toute la francophonie (grâce à internet notamment).

L’étudiant en troisième année de médecine, Yasser Al Asmi, illustre l’efficacité de la motivation pour apprendre le français. Le jeune homme d’origine syrienne a intégré l’U de M avec une très faible connaissance de la langue en 2018.

«Pendant le premier semestre, je comprenais seulement 20% de ce que disaient les professeurs et les gens de la classe», raconte-t-il.

M. Al Asmi a suivi des cours de français destinés aux étudiants anglophones de l’université. Il affirme que ceux-ci l’ont aidé.

Importance du courage

«Ce n’est pas du tout ces cours qui m’ont appris le français, précise-t-il en revanche. J’ai appris grâce à mon implication active et parce que je faisais comme un enfant: je n’avais pas de peur ni de gêne à parler français, à faire des erreurs et à poser des questions.»

L’étudiant insiste sur l’importance du courage. Il ajoute qu’il ressentait la pression de réussir ses premières années universitaires, pour intégrer le Centre de formation médicale du Nouveau-Brunswick.

«J’ai effectué mon apprentissage principal sur internet, se souvient-il. J’ai traduit, chanté et mémorisé des chansons (Papaoutai de Stromae et Dernière Danse d’Indila, par exemple). C’était divertissant. Une langue, c’est aussi une culture.»

L’amateur de langues (maîtrisant l’Arabe, l’anglais, le français et apprenant l’espagnol) a aussi regardé des vidéos sur YouTube, utilisé des applications de téléphone cellulaire et participé à des activités du CAFi, un organisme accompagnant les immigrants.

«Et maintenant, juste en étant dans un milieu français tout le temps et en ayant cette exposition à la langue, je continue à l’apprendre», se réjouit-il.

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