Le thermomètre descend et Moncton est toujours à la recherche d’une solution d’urgence pour aider les itinérants par temps glacial.

Trevor Goodwin, directeur du programme d’intervention de rue ReBrancher du YMCA, est préoccupé. Son équipe estime que plus de 400 personnes sont actuellement sans-abris et a dénombré une cinquantaine de campements à travers la ville.

Il ne veut pas voir la situation de l’hiver dernier se reproduire, lorsque les deux refuges de la ville ne pouvaient plus accueillir tous ceux qui tentaient d’échapper au froid.

Le révérant Canon Chris VanBuskirk constate la popularité croissante du programme de petits-déjeuners offert par son église. – Acadie Nouvelle: Simon Delattre

Au mois de janvier, les bénévoles de l’église anglicane St-George ont dû transformer le lieu de culte en refuge de fortune pendant près de trois semaines. La municipalité avait ensuite mis à disposition l’ancienne caserne de pompiers du boulevard Assomption, devenue un centre de réchauffement pour le reste de l’hiver.

Les intervenants du programme ReBrancher du YMCA et la direction du refuge Harvest House tentent depuis d’établir, avec l’aide de la province, un nouveau centre ouvert aux personnes dans le besoin cherchant à s’abriter lors des périodes de froid extrême.

Les deux organisations ont présenté leur plan opérationnel au ministère du Développement social et attendaient qu’une réponse leur soit fournie avant le 15 septembre.

Selon Trevor Goodwin, le gouvernement provincial leur a demandé d’étendre la date limite à la fin du mois.

Zineb Elouad, directrice générale de la Maison Nazareth, confirme qu’il n’y aura pas assez de lits pour accommoder tous ceux qui tentent de trouver un toit.

«Il doit y avoir un plan à long terme pour un centre de réchauffement qui serait opérationnel 24 heures sur 24», signale-t-elle.

Mardi, lors du conseil municipal, la mairesse de Moncton a d’ailleurs pressé le gouvernement de se prononcer au plus vite pour donner aux organismes suffisamment de temps pour embaucher le personnel et réaliser les préparatifs.

«Nous devons nous préparer à offrir un endroit chaud et sécuritaire pour les personnes vulnérables. Cette année encore, la communauté a demandé l’aide de la province bien à l’avance, car nous ne voulons pas nous retrouver dans la même situation que par le passé», a-t-elle déclaré.

«Bien que je me réjouisse qu’ils étudient sérieusement la proposition, je ne peux pas insister suffisamment sur le fait que le temps presse. Nous ne pouvons pas attendre jusqu’à la dernière minute. Il faut un lieu qui répondra aux besoins de la communauté, ce qui n’est pas le cas de l’ancienne caserne de pompiers.»

«Tout le système est brisé»

Le programme d’intervention dans la rue ReBrancher rapportait la semaine dernière 22 décès parmi la clientèle qu’il dessert. La majorité d’entre eux sont liés à la consommation de drogue.

Ce constat attriste profondément le révérend Chris VanBuskirk qui sert des repas aux personnes dans le besoin depuis plus de deux décennies. Avec l’aide de paroissiens de l’église anglicane St-George, il a lancé au printemps 2021 un programme de petits-déjeuners servis six jours par semaine.

Ces derniers mois, le nombre de personnes qui passent la porte du lieu de culte n’a cessé de croître et les fonds viennent à manquer.

«Avec la hausse des prix des aliments, avec les hausses du prix des loyers, on voit des personnes qui ne s’étaient jamais retrouvées dans une telle situation», observe le révérend.

Plus de 400 personnes sont actuellement hébergées dans les refuges ou dorment dans les rues de Moncton. – Acadie Nouvelle: Simon Delattre

Les bénévoles qui l’entourent s’activent désormais pour trouver gants, vêtements chauds et chaussettes en prévision du temps froid. Chris VanBuskirk est bien conscient que cela ne suffira pas à briser le cycle de la pauvreté.

«Nous sommes très inquiets pour la suite, confie-t-il. Nous comprenons que les refuges ne sont pas la solution, et tout le système est brisé: services de désintoxication, salles d’urgence, soins en santé mentale, logement abordable… Le système ne peut pas répondre au nombre de gens dans le besoin.»

Il est temps de s’attaquer au problème de l’itinérance à long terme, renchérit Zineb Elouad.

«Ça passera par le logement abordable et des services en santé mentale», croit-elle. La directrice de la Maison Nazareth note que le refuge tente de repenser son approche pour aider sa clientèle à trouver plus facilement un logement durable.

Moncton appuie le revenu de bas garanti

Les élus de Moncton sont d’avis qu’un revenu de base garanti serait nécessaire pour s’attaquer à la racine des problèmes sociaux. Mardi soir, le conseil a voté à l’unanimité en faveur d’une résolution appuyant une telle initiative.

La municipalité enverra donc une lettre au premier ministre du Canada, au premier ministre du Nouveau-Brunswick et aux députés provinciaux «pour demander qu’on déploie des efforts à ces différents paliers du gouvernement pour mettre en œuvre un revenu de base garanti visant à mettre fin à la pauvreté et à l’itinérance, de même qu’à assurer un revenu suffisant permettant à quiconque de subvenir à ses besoins fondamentaux».

«La crise sociale s’intensifie et la pauvreté entraîne des répercussions sur notre municipalité, ce qui entraîne une pression intenable sur nos ressources limitées pour offrir les services publics et les soutiens sociaux nécessaires alors que nous arrivons à peine à remplir les responsabilités qui nous sont transférées», expose la résolution, qui évoque les dépenses consacrées aux refuges, ou pour répondre aux problématiques liées au logement, à la sécurité alimentaire et à la santé mentale.

L’idée n’est pas nouvelle, mais elle fait son chemin chez de plus en plus de personnalités politiques. La sénatrice Pate et la députée Gazan ont toutes deux déposé des projets de loi visant à mettre en place un cadre national pour la création d’un revenu de base garanti, qu’elles définissent dans un communiqué comme «une forme de soutien du revenu qui pourrait remplacer des mesures telles que les paiements d’aide sociale actuels , et serait accessible à toute personne au Canada qui se trouve sous le seuil de pauvreté ou qui a soudainement perdu son emploi ou son revenu».

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