Sous le soleil de mardi après-midi, des propriétaires de maisons, de roulottes et de chalets de Grand-Barachois ont examiné les dégâts causés par la tempête Fiona. D’autres ont partagé les souvenirs d’une nuit d’épouvante.

Murielle Léger s’est crue à bord d’un bateau battu par les flots, dans la nuit du 24 au 25 septembre. Elle était dans son chalet de Grand-Barachois. Mais la tempête Fiona a envoyé les vagues de l’Atlantique directement dans ses fenêtres.

«Pendant la nuit, on entendait des sifflements et des chocs, se rappelle l’enseignante à la retraite. Mais vers 5 heures du matin, j’ai vu le monstre qui nous frappait, les vagues de 12 pieds qui heurtaient le chalet, les fenêtres bombées qui bougeaient. C’était horrible, cauchemardesque. J’ai paniqué.»

La quinquagénaire a reçu un message de sa voisine, Julie Thebeau, qui voyait les vagues et souhaitait la faire sortir de sa maison. Mme Léger a cependant constaté que la mer entourait son chalet, formant des torrents sur lesquels tout flottait: meubles, cabanes, planches…

«J’ai réalisé que j’étais coincée, se souvient l’habitante d’Ottawa. Derrière, j’ai vu l’eau rendue aux portes de ma voiture. J’ai eu peur qu’elle parte avec le courant. Toutes mes affaires étaient à l’intérieur, prêtes pour le retour.»

Mme Thebeau a voulu appeler les pompiers. Mais avant qu’elle le fasse, son mari et son fils se sont portés au secours de Mme Léger.

«Nous n’avions pas les idées claires, lâche Mme Thebeau. Nous ne pouvions pas attendre plus longtemps, nous devions faire quelque chose.»

Être coincé

Elle décrit son fils, Ben, attachant un tuyau à son père, Roland, afin de l’assurer dans son trajet vers la maison de Mme Léger. Avant de le lâcher à cause de la force du vent. Heureusement, Roland avait atteint l’entrée du chalet.

«Je ne pouvais pas ouvrir la porte, s’exclame cependant Mme Léger. Il y avait trop de pression. Je me suis dit, okay, je vais sortir par le sous-sol. J’ai mis un maillot de bain à cause des quatre pieds d’eau, j’ai garroché des vêtements et un téléphone cellulaire dans un sac à dos et je suis partie comme ça.»

La cave de Murielle Léger à Grand-Barachois, après le passage de la tempête Fiona. – Gracieuseté

«Mon fils est venu pour l’aider à marcher avec mon mari jusqu’à la maison, complète Mme Thebeau. Nous sommes restés là cinq minutes, puis nous avons rejoint un voisin qui nous a offert du café et de la chaleur, grâce à sa génératrice. Nous étions tous sous le choc.»

Vouloir rester

Mme Léger ignorait que l’océan pouvait monter si haut, même après avoir vécu le passage de l’ouragan Dorian en 2019. L’application sur les zones inondables du Nouveau-Brunswick, GéoNB, montre pourtant que le lieu où se trouve son chalet est très vulnérable aux tempêtes.

Malgré tout, l’Acadienne originaire de Moncton souhaite conserver le sanctuaire qu’elle a préparé pour ses vieux jours.

«Cette maison, c’est notre rêve devenu réalité au bord de l’eau, exprime-t-elle. J’ai passé toute ma vie à économiser et à trouver l’endroit parfait. Nous ne voulons pas partir, c’est sûr. Nous allons acheter une génératrice au printemps et je pense que je bloquerai les fenêtres avec du contreplaqué (plywood) pendant les futures tempêtes.»

Elle espère aussi trouver une assurance qui puisse couvrir les pertes causées par les futures inondations de sa cave. Samedi, elle a presque perdu tout ce qui s’y trouvait: des meubles, deux vélos, un congélateur, des matelas, des outils, etc.

L’océan a été trop puissant pour deux chalets sans fondation, un pavillon et une roulotte situés un peu plus loin, sur le chemin Beausoleil. Et ce, même si un enrochement était censé les protéger.

À côté, comme par miracle, le chalet de Claire LeBlanc tient encore debout. L’extérieur a souffert (un perron, quelques tuiles et un bout de revêtement mural manquent, notamment) ainsi que la fondation. Mais l’intérieur est seulement un peu fissuré.

Les restes de deux chalets déplacés par les eaux sur le chemin St-Joseph à Grand-Barachois. – Acadie Nouvelle: Cédric Thévenin

«Le chalet est un peu surélevé, explique Mme LeBlanc. Mon père a toujours été prévoyant. C’est d’ailleurs lui qui a commencé à mettre des roches dans la communauté, pour conserver le terrain [contre l’érosion].»

L’habitante de Dieppe admet toutefois que l’enrochement systématique du littoral depuis Dorian a moins protégé les habitations de son quartier qu’elle le pensait.

«On ne s’attendait certainement pas à ce que l’eau bouge les chalets, lance-t-elle. Ça fait mal au cœur.»

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