Le rapport d’une organisation californienne recommandant aux consommateurs d’éviter le crabe et le homard péchés en Atlantique ne passe toujours pas auprès de l’industrie.

Seafood Watch, un programme de surveillance des pêcheries de produits de la mer développé par l’aquarium de Monterey Bay, estime que les mesures de gestion actuelles de la pêche au crabe et de la pêche au homard dans le nord-est du continent ne vont pas assez loin pour atténuer les risques d’enchevêtrement et favoriser le rétablissement de la baleine noire de l’Atlantique Nord. Le homard et le crabe des neiges pêchés au Canada dans la zone atlantique se retrouvent donc dans la catégorie «à éviter» du palmarès publié plus tôt ce mois-ci.

Depuis, les organisations de pêcheurs ne cessent de contester cette recommandation. Nathanaël Richard, directeur de l’Association des transformateurs de homard des Maritimes, ne cache pas sa frustration et interroge la méthodologie employée par l’organisation américaine.

Il rappelle qu’il n’y a pas eu une seule mortalité documentée liée à un engin de pêche au homard canadien.

«C’est une approche simpliste, toutes les pêcheries sont mises dans le même panier», peste-t-il. «Ça s’est fait sans nuance!»

Luc LeBlanc, conseiller aux pêches de l’Union des pêcheurs des Maritimes, abonde dans ce sens. Il fait valoir que les saisons de pêche ne durent qu’une soixantaine de jours contre douze mois par année aux États-Unis, et souligne le fait que les pêcheurs canadiens ne sont pas autorisés à mettre à l’eau autant de casiers que ceux de la Nouvelle-Angleterre.

La baleine ne s’aventure pas dans les eaux peu profondes où les pêcheurs de homards concentrent leurs activités, ajoute-t-il. «Il y a peu de risque d’empêtrement du côté des homardiers», avance M. LeBlanc.

Selon lui, les conclusions de Seafood Watch ne tiennent pas compte des efforts déployés ces dernières années pour assurer la cohabitation avec les mammifères marins, qu’il s’agisse des fermetures des zones de pêches ou de l’emploi de cordages à faible résistance.

Depuis la publication du rapport, Geoff Irvine, du Conseil canadien du homard, tente de faire entendre un autre son de cloche pour préserver l’image de l’industrie.

Les enjeux économiques sont de taille: la valeur des exportations canadiennes de homard a atteint 3,2 milliards $ en 2021, un niveau record. Faut-il s’attendre à des répercussions sur la mise en marché du crustacé?

«C’est trop tôt pour le savoir, répond M. Irvine. Mais jusqu’à présent aucun détaillant de taille n’a cessé ses approvisionnements.»

Il note que le homard des provinces maritimes fait partie des pêcheries certifiées par le Marine Stewardship Council (MSC), qui a pour but de garantir que celles-ci respectent les stocks de poissons et les écosystèmes marins.

Réagissant à la polémique, l’organisation délivrant le label de couleur bleue soulignait récemment que toutes les pêcheries certifiées sont soumises à un audit annuel, indépendant et transparent.

«Il soumet les pêcheries certifiées à une charge de preuve extrêmement élevée, exigeant qu’elles démontrent scientifiquement leur capacité et leur efficacité à répondre aux changements imprévus dans l’écosystème. Cela comprend la considération des impacts de la pêche sur les espèces vulnérables comme la baleine noire», peut-on lire dans le communiqué du Marine Stewardship Council.

Cette sortie rassure Nathanaël Richard pour qui la certification MST, qu’il juge plus rigoureuse, a plus de poids aux yeux des acheteurs.

Il aimerait voir davantage de décideurs soutenir publiquement les homardiers dans ce dossier, comme l’a fait le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador. «Notre gouvernement est trop réservé, il devrait privilégier une approche offensive et défendre le bilan canadien.»

«C’est un peu silence radio de la part des gouvernements, renchérit Luc LeBlanc. Nous sommes un peu surpris et déçus.»

L’aquarium de Monterey Bay n’a pas répondu à notre demande d’entrevue.

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